Editoriaux - International - Politique - 26 février 2019

Référendum à Cuba, entre fierté insulaire et menaces américaines

Les conséquences du désengagement américain au Proche et Moyen-Orient n’ont pas fini de bousculer le fragile déséquilibre planétaire. Et voici les USA, passant d’une ancestrale tentation universaliste à leur tropisme isolationniste de toujours, de se reconcentrer sur leur traditionnelle zone d’influence : l’Amérique latine. Ça chauffe donc au Venezuela, l’une des premières réserves mondiales de pétrole oblige ; n’oublions pas ce menu détail, tel que rappelé en ces colonnes par notre cher confrère Jean-Marie Beuzelin.

Ainsi Donald Trump veille-t-il, désormais, plus à ses propres frontières qu’aux marches d’un empire lointain, naguère théorisé par ces néoconservateurs qui, chassés par la grande porte de la Maison-Blanche, n’en finissent plus d’y revenir par le soupirail. Ironiquement, la frontière du Rio Grande n’est que récente, tous les actuels États du sud de l’Amérique du Nord ayant été arrachés au nord de l’Amérique du Sud. Les simples noms, hispano-catholiques, des villes de Los Angeles, San Francisco, El Paso – sans oublier Alamo et son héroïque réduit – en témoignent. Après tout, pourquoi pas, à l’origine d’une nation, il y a souvent une spoliation. Ce qui n’empêche pas le même président, intraitable quant au viol de ses frontières mexicaines, de s’en aller bousculer d’autres.

Pour le moment, celles du Venezuela ne l’ont pas été, mais quand Moscou et Pékin disent non, c’est non. Même pour Washington. Fort d’un lourd passé en matière de survie politique, de sa position stratégique en mer des Caraïbes, Cuba maîtrise évidemment cette situation mieux que d’autres. D’où le récent référendum tenu, ce lundi 25 février 2019.

Il s’agissait de réformer la Constitution locale, une première depuis la dernière consultation populaire de 1976. Résultat ? 86 % des Cubains ont voté oui. Ils étaient 98 %, il y a 43 ans. Les scores, s’ils demeurent dans une tonalité à la fois tropicale et bananière, sont néanmoins là. Certes, les rares voix appelant au « non » n’auraient pas eu accès aux grands médias locaux. On veut bien le croire ; même si cela n’a pu être effectivement pire qu’un certain 21 avril 2002… en France.

In fine, de quoi s’agit-il ? Simplement de cette tendance lourde, initiée par la Chine, poursuivie au Vietnam et maintenant exportée à La Havane, voulant que puissent cohabiter deux systèmes économiques, étatisme en haut et initiative privée en bas ; le tout sous la houlette d’un pouvoir centralisé, quoique désormais partagé entre président de la République, Miguel Díaz-Canel, et Raúl Castro, premier secrétaire du Parti communiste cubain.

Rien de bien nouveau ; depuis Colbert, au moins. Quant à la référence au « communisme », Jean Mendelson, ancien ambassadeur français à La Havane, interrogé par Le Huffington Post, précise : « Ce terme témoigne surtout d’un rattachement affectif et historique, sans grand impact concret. »

En effet, ce « communisme » est avant tout une réaction identitaire face à un voisin des plus intrusifs, remontant à cette guerre « d’indépendance » de 1868 ayant arraché l’île en question à la couronne espagnole.

Dans le même temps, Marco Rubio, Cubain d’origine et sénateur de Floride – dissident courageux ou traître à son peuple, c’est au choix –, tweete au président cubain, Miguel Díaz-Canel, coupable de soutenir le Venezuela contre les menées humanitaro-militaires américaines, ces mots lourds de menace : « Bientôt ton tour ! » Plus fort que Trump, il y a Scarface…

On comprend mieux pourquoi le peuple cubain, « communiste » ou non, « castriste » ou pas, perpétue cette mentalité insulaire selon laquelle les Yankees pourraient être les meilleurs des amis s’ils consentaient à demeurer chez eux. Cela, l’homme ou la femme, même tenus de loin pour être de droite, devraient le comprendre. Fût-ce a minima.

PS : au début des années 1990, Jean-Marie Le Pen devait se rendre, le plus officiellement du monde, serrer la pogne du Líder Máximo. Le projet avorta. Pas à cause du Quai d’Orsay, mais tout simplement par des pressions internes au Front national. Allez comprendre…

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