Le député français au Parlement européen Aymeric Chauprade est au cœur d’une polémique après avoir engagé comme stagiaire la jeune Elizaveta Peskova, fille du porte-parole de Vladimir Poutine.

Il réagit au micro de Boulevard Voltaire.

La presse internationale s’étonne de savoir que vous, en qualité de député européen, avez embauché la fille du porte-parole de Vladimir Poutine comme stagiaire. Comprenez-vous cet étonnement ?

Sur un plan purement factuel, il n’y a évidemment aucun sujet. C’est une étudiante en France, en droit et en relations internationales. Il est tout à fait d’usage, pour des députés au Parlement européen, d’avoir des stagiaires. J’en ai eu quatre avant, dont deux Sciences Po, Paris et Strasbourg, toujours sur les thématiques de relations internationales. Il n’y a pas de problèmes. Il est tout à fait possible de le faire. C’est un contrat qui est validé par le Parlement européen, c’est-à-dire l’employeur. Il a, en plus, reconfirmé ce contrat au bout de trois mois.
Il n’y a pas de sujet en termes de conflit d’intérêts ni en termes de sécurité puisqu’un stagiaire, au Parlement européen, n’a pas accès aux données confidentielles. Par ailleurs, j’appartiens à la délégation Union européenne-Russie. Les travaux de cette délégation se font en huis clos. Un stagiaire ou un assistant n’y a pas accès. Mademoiselle Peskova ne pouvait pas avoir accès à des débats non publics. Finalement, elle n’a accès qu’à des données publiques, donc rien de bien extraordinaire.
Pour répondre plus directement à votre question, en termes de perception, je comprends que cela puisse susciter l’interrogation de la part de certains, mais je sais que le coup est parti avec une volonté de polémique et de récupération politique, notamment de la part de milieux extrêmement russophobes.

Saviez-vous, en l’embauchant, que c’était la fille du porte-parole de Vladimir Poutine ?

Oui, bien sûr, j’avais toutes les données. J’assume et je prends mes responsabilités. Je savais qu’il y avait un petit risque d’utilisation et de polémique. Encore une fois, tout a été fait de manière transparente à l’embauche avec une publication du nom sur le site du Parlement dès le départ. Il n’y a eu aucune volonté de cacher quoi que ce soit. Les conditions de stage sont exactement les mêmes que celles de tous les stagiaires en termes de rémunération et de temps de travail. Tout a été fait dans les règles. Le Parlement lui-même, par la voie d’un de ses porte-parole, a dit hier qu’il n’y avait pas de sujet en termes de sécurité ni de conflit d’intérêts.

Cette nouvelle arrive dans un climat de suspicion où les Russes seraient derrière tous les complots. Ils financeraient les gilets jaunes, seraient derrière la campagne de Donald Trump et seraient dans le bureau d’un député européen. Y a-t-il un côté fantasme au complot derrière la montée en puissance de cette nouvelle ?

Il y a un climat de suspicion générale de la Russie et contre le gouvernement du président Poutine en particulier. Il n’y a rien de nouveau.
Je considère que la responsabilité d’un député qui travaille sérieusement est de ne pas céder à la tyrannie de l’émotion et de ne pas céder au jeu de ses adversaires. À partir du moment où on poursuit son chemin en observant les règles et le droit, il n’y a aucune raison de s’empêcher ce qui est permis et autorisé par la loi.
La jeune Elizaveta Peskova est tout à fait compétente et travaille bien. Elle ne demande qu’une chose, c’est la discrétion. Que certains députés très anti-russes de façon virulente, du côté des pays baltes et de la Pologne, aient eu envie d’utiliser cela, c’est presque de bonne guerre. Cela me surprend assez peu. Je pense que tout cela va retomber assez vite.

26 février 2019

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