Ce que nous pressentions a bien eu lieu : les Français, plus logiques que leurs gouvernants, ont boudé les urnes. Entre leur santé, leur vie et celles de leurs proches, et leur devoir électoral, ils ont choisi et adopté, eux, un comportement cohérent. Résultat : un effondrement historique du taux de participation pour les municipales. La responsabilité d’Emmanuel Macron dans ce nouveau fiasco démocratique est entière.

Comment les deux têtes de l’exécutif ont-elles pu envoyer, en même temps, dans les mêmes allocutions, jeudi soir puis samedi soir, des messages aussi contradictoires : inciter fortement à ne plus sortir, ne plus fréquenter les lieux publics et, en même temps, maintenir le premier tour des élections municipales, avec tous les déplacements et les contacts que cela impliquait ? L’opposition a raison de demander, désormais, un report du second tour au nom et de l’impératif sanitaire et de la vitalité démocratique. Avec un taux d’abstention de plus de 55 % jamais enregistré pour des municipales, c’est plus d’un électeur sur deux qui n’a pas voté, à des élections pourtant traditionnellement mobilisatrices. Après les députés de 2017 élus dans ces conditions, Emmanuel Macron a pris le risque, en maintenant ce premier tour, d’éloigner un peu plus les Français de la vie démocratique tout en prétendant le contraire : « Il est important d’aller voter dans ces moments-là… » Facile ou irresponsable ? Calcul ou erreur d’appréciation grossière ? Sans compter le risque sanitaire, puisque plusieurs médecins, comme le professeur Deray, dénonçaient eux aussi la tenue de ce premier tour en affirmant qu’il avait forcément entraîné des contaminations…

Certes, les résultats du premier tour ne sont pas sans signification et on ne saurait trouver illégitimes les gagnants. Mais les très nombreux maires réélus au premier tour le sont avec un très faible taux d’électeurs inscrits et doivent souvent leur score à la démobilisation due au coronavirus, car ils bénéficient d’un électorat fidèle, mobilisé, et de réseaux solidement établis. La crise et la dramatisation qu’elle imposait ont poussé les électeurs qui se sont déplacés à choisir un vote légitimiste, quelle que soit d’ailleurs la couleur du maire sortant, à de rares exceptions près.

On peut aussi se demander quel camp, avec la peur de l’épidémie, a été le plus lésé. Les électorats âgé, fragile et populaire n’ont-ils pas été les plus concernés par l’abstention ? C’est donc la droite et le RN qui ont certainement le plus pâti de ces élections manquées.

Non, contrairement à la déclaration lunaire d’Édouard Philippe, dimanche soir, on ne peut pas dire que « ce scrutin s’est parfaitement déroulé » et il est évident que le jeu démocratique n’a pas fonctionné normalement.

MM. Macron et Philippe n’ont plus qu’une décision à prendre : reporter – enfin ! – le second tour. Dans cette crise comme dans les précédentes, leur manque d’anticipation et de bon sens est saisissant : ils subissent les événements. Mais ils ne sortiront pas indemnes de ces graves erreurs d’appréciation dans ces décisions contradictoires et toujours tardives, pour le coronavirus comme les élections. Quand la crise sera passée, quand les Français feront le bilan et leur présenteront l’addition, la sanction sera encore plus sévère pour eux.

16 mars 2020

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