[POINT DE VUE] Le syndicat des libraires s’épanche sur Mediapart
Les causes de la grande désaffection des Français pour les librairies sont multiples, mais ce dont on est certain, c’est que cette désaffection ne se dément pas. La situation des libraires de France est extrêmement difficile et impose une réflexion collective. C’est probablement dans cet esprit qu’à l’occasion des Rencontres nationales de la librairie (RNL), organisées à Rennes (Ille-et-Vilaine) les 7 et 8 juin par le Syndicat de la librairie française (SLF), la présidente dudit syndicat, Alexandra Charroin-Spangenberg, accordait, le 31 mai, une longue interview à Mediapart.
Le SLF unit les patrons de librairies indépendantes et, à ce titre, Mme Charroin-Spangenberg possède un certain nombre d’éléments précis pour dresser un constat sans appel. Les chaînes de librairies Furet du Nord, Decitre et Gibert ont demandé leur placement en redressement judiciaire. La syndicaliste, qui tient elle-même une librairie à Saint-Étienne, évoque plusieurs raisons à cette morosité, qui ne concerne pas que les groupes de librairies. D’abord, bien évidemment, les gens ne lisent plus. Ceux qui s’en désolent, ceux qui soupirent que c’était mieux avant, ne lisent probablement pas plus de livres que les autres. C’est ainsi. Ensuite, il y a d’autres arguments plus contestables : le contexte international (qui n’a rien à voir avec l’envie de lire) ou l’inflation (qui ne décourage pourtant pas les gens d’acheter de l’alcool ou des nuggets, comme quoi la vie est une question de priorités). Et puis, il y a l’augmentation des loyers en ville, objectivement incontestable, et qui voit les librairies, peu rentables, remplacées par des kebabs ou des épiceries bio, selon les quartiers.
Désintérêt général
Bien sûr, la conversation roule sur l’oligarchie littéraire, mais pas celle que vous pensez. Il est loin, le temps où Bernard Frank, inventeur de concepts littéraires (dont le mouvement des « Hussards »), pouvait fustiger la mainmise de « Galligrasseuil » (contraction de Gallimard-Grasset-Seuil) sur les prix littéraires. L’hégémonie a changé de camp, et, au lieu d’une gauche culturelle toute-puissante, c’est désormais un mélange de capitalisme (Křetínský) et de conservatisme sociétal (Bolloré) qui tient presque tout le secteur de l’édition. Alors, avec cette propension à la tachycardie qui caractérise la gauche morale, Alexandra Charroin-Spangenberg semble redouter une nouvelle forme de violence politique : « Dans les années 1960-70, dit-elle, il y a eu d’autres attaques contre des librairies marquées à gauche ou à l’extrême droite, par des groupes politiques adverses. Là où c’est nouveau, c’est que les attaques, aujourd’hui, ne visent plus seulement des librairies qui affichent ouvertement un engagement. Elles touchent aussi des librairies généralistes qui n’ont aucune orientation politique. »
Ne prend-elle pas le problème à l’envers ? Les libraires, elle l’a dit, sont des passionnés, il est donc probable que beaucoup de ceux qui restent ont un engagement idéaliste, voire utopiste, donc politique. Du moins a-t-elle la bonté de reconnaître que les attaques de librairie ne sont pas l’apanage de la droite et que le combat des idées s’est souvent poursuivi, dans les deux camps, en essayant de réduire au silence ceux qui véhiculaient la pensée de l’adversaire.
Les libraires traversent des temps difficiles, il ne faut pas le nier. Population inculte, polarisation des idées jusqu’à la violence (les deux étant intimement liés), mais aussi fin du monopole de la gauche et désintérêt général de la société pour la culture, dans un monde où ChatGPT fait les dissertations des enfants. Un jour, il n’y aura plus de librairies et nos descendants se demanderont comment nous avons pu nous enthousiasmer pour des éditions rares, prendre plaisir à couper nous-mêmes les pages des vieux exemplaires brochés ou être émus par la transmission familiale d’un livre en tant qu’objet. Ainsi va le monde. Et ce ne sont peut-être pas ces épanchements qui règleront le problème, plus général, d’un monde qui s’en va.
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30 commentaires
La vie est plutôt délicate pour les petites librairies… En effet, la vente de livres dont l’auteur n’est pas du bon coté… (devinez lequel !) voire, si le contenu n’est pas apprécié par qui vous savez… Alors les ventes de l’ensemble de la boutique baissent…
En tant qu’ancien libraire, je ne verserai pas une larme sur une profession dont le conformisme est la qualité première, sinon unique. La disparition des librairies physiques n’entraînera pas la mort du livre : Joseph Gibert va accentuer sa présence sur la toile (le groupe est très présent sur rakuten (et peut-être amazon et autres places de marché que je fréquente moins). Mais quand le flamboyant Bernard Pivot est remplacé par le mielleux Augustin Trapenard, quand on fait entrer dans le jury d’un prix littéraire Virginie Despentes, on sent que la littérature est moribonde. Il reste les b.d. et mangas, les livres de cuisine et de développement personnel qui ont longtemps caché la misère de la production éditoriale française. L’édition universitaire, wokisée, ne pond plus d’ouvrages que l’étranger aurait envie de traduire. Alors, lire et relire les bons vieux classiques, et pour ça on n’a plus besoin des librairies de neuf : la toile permet de se faire livrer les parutions nouvelles chez soi au même prix, snif.
Et puis il y a déjà tellement de livres en circulation … bibliothèques publiques, boîtes à livres, reventes de presque neuf à presque rien (Leboncoin, momox, rakuten, vinted, etc, etc …).
Pour la culture ou la distraction ce n’est pas du tout nécessaire de passer chez un libraire.
Pour le livre neuf qu’on tient vraiment à payer plein pot sans attendre, et oui, amazon est plus pratique, plus rapide, plus aimable et moins sentencieux. Et ne se plaint jamais.
Enfin, pour les critiques, commentaires, recommandations et conseils, il y a tout ce qu’il faut sur le net (par ex babelio).
C’est bien dommage pour les libraires. Mais ni plus ni moins que pour les ouvriers d’une usine qui ferme.
La plupart des parutions aujourd’hui proposent un nombrilisme obsessionnel pleurnichard ou une tisane woke tiédasse. Pas étonnant que le public ne soit pas friand de ce papier gâché. Au fond, ne faut-il pas se réjouir que la littérature redevienne un art secret, un plaisir que seul les happy few savent goûter , autour de quelques volumes rares et exquis ?
A vichy la librairie “A la page » expose en vitrine les livres invendables des politicards de la gauche caviar Ganelon mais ne mettent pas en avant eux de Zemmour, de Villiers ou Bardella. il leur faut commander ceux qui se vendent bien mais de droite. Moralité je vais à la Fnac qui les expose et les vend. Et après ils s’étonnent???
Les français ne lisent plus ? Ou les sources de lectures sont tellement nombreuses que le livre est épargné. Qui plus est, notre nervosité sociale et la forme des présentations nous poussent à « l’expéditif ». Pour lire un livre, il faut de la patience et de l’intérêt dans la prose offerte.
Cela se perçoit dans les relations avec les outils à disposition. Écrivez 3 pages à votre interlocuteur à partir de votre micro-ordinateur de bureau, un jeu d’enfant. Attendez une réciprocité à partir d’un smartphone, l’outil qui vous suit, impossible. Votre interlocuteur se limitera peut-être à 4 ou 5 lignes , et encore. Cette impatience devenue habituelle se retrouve dans la lecture.
« Les gens ne lisent plus »: Qui le dit ? Dire que les livres se vendent moins ne veut pas dire que les gens ne lisent plus. Qu’en 10 ans de « quoi qu’il en coute » le livre soit devenu « un non essentiel » est une évidence mais le « en même temps » n’a pas encore réussi à détruire totalement les bibliothèques municipales où ceux qui aiment lire peuvent trouver quasiment toutes les nouveautés à fort tirages. La France a encore quelques fondations qui tiennent ? la question c’est pour combien de temps ?
Depuis trente ans, client assidu du « furet », j’ai pu mesurer la chute de la qualité des livres universitaires sur l’Histoire et les sociétés, baromêtre d’un appauvrissement culturel et universitaires.
Les libraires n’ont qu’à vendre les bouquins de Bardella ou de Zemmour, au moins ils feront du chiffre. Ensuite, on ne peut pas favoriser la venue et l’installation d’une population non francophone, souvent inculte, fustiger ou nier l’existence de la culture française et vendre des livres. A un moment il faut être cohérent avec ses choix. Pour le reste, il existe de la vente en ligne, on trouve également de nombreux livres d’occasion en excellent état sur des plates-formes dédiées, ainsi que des centaines de classiques en téléchargement gratuit et légal.
J’avoue tout de même avoir eu un pincement au cœur en voyant la librairie Gibert en redressement judiciaire, librairie où j’ai passé des heures à farfouiller au milieu des bouquins quand j’étais étudiant. C’est vraiment la fin d’une époque et il faut avouer que l’avenir n’est pas reluisant.
Etonnant que cette dame n’ait pas évoqué la concurrence du commerce en ligne, type Amazone, qui vous permet d’obtenir n’importe quel livre sous 3 jours sans devoir supporter l’attitude désobligeante du libraire quand vous lui demandez un livre qui ne lui plaît pas. Je reconnais néanmoins que c’est bien dommage de voir les libraires disparaître. La plupart des livres que je lis maintenant sont empruntés à une médiathèque publique, ce qui évite en plus de devoir stocker chez soi les livres qu’on a lus et que l’on ne relira plus.
C’est vrai que je connais plus de libraires désagréables que de sympathiques.
En tous cas, ce n’est pas grâce à eux que j’ai eu envie de lire.