[CINÉMA] L’Objet du délit, quand MeToo éreinte à son tour le milieu de l’opéra

Où s’arrête la satire et où commence la franche adhésion ? Plutôt déconcertant.
Copyright Anne-Françoise Brillot
Copyright Anne-Françoise Brillot

Une célèbre cantatrice d’opéra s’apprête à dénoncer, dans les médias, une liste de personnalités masculines de son milieu ayant eu des comportements déplacés à son encontre tout au long de sa carrière. Dans ce climat anxiogène de délation généralisée depuis « MeToo » et « BalanceTonPorc », une production des Noces de Figaro, l’opéra de Mozart tiré du Mariage de Figaro, pièce écrite par Beaumarchais, est en train de s’organiser.

Mis en scène par Mirabelle, une « artiste » branchouille issue de la mode, aussi cruche que fragile émotionnellement, l’opéra s’annonce, sous sa houlette, comme une grossière récupération idéologique visant à dénoncer « le patriarcat et la domination masculine » – on voit bien ici les ravages de l’université sur une jeunesse bourgeoise en voie de déculturation.

Un projet rendu possible par un riche mécène qui entend bien imposer sa fille parmi la troupe de chanteurs et par un producteur libidineux qui a des vues sur Mirabelle… Ne sachant trop ce qu’il est venu faire dans cette galère, Igor, le chef d’orchestre, craint pour sa part de figurer dans quelques jours sur la liste des « porcs » qui sera divulguée dans les médias.

Avec la première assistante à la mise en scène et avec son ex-compagne Hannah, qui incarne dans l’opéra la comtesse Almaviva, Igor est le témoin privilégié et dépassé d’un scandale qui est en train d’éclater sur son plateau : Piazzoni, l’artiste lyrique qui incarne le rôle du comte, est accusé d’avoir eu des gestes déplacés sur la jeune cantatrice qui joue celui de Suzanne ; la colère gronde au sein de la troupe. Sous la pression de Cora, l’interprète de Chérubin, chacun va devoir prendre position…

Ces dérives dont il ne faut pas parler…

Depuis 2019 et sa mise en scène de Tosca pour Opéra en plein air, un festival d’art lyrique, Agnès Jaoui envisageait de réaliser un film sur ce milieu. C’est désormais chose faite.

Long-métrage de fiction, L’Objet du délit s’inscrit dans l’après MeToo et évoque aussi bien certains abus masculins que les dérives d’un féminisme contemporain, revanchard et de mauvaise foi. Un tableau souvent brouillon mais qui amuse grâce au talent de Claire Chust, Eye Haïdara, Vincenzo Amato et Daniel Auteuil. Comme on peut s’en douter, la presse de gauche n’a pas forcément apprécié la critique du néoféminisme ; L’Obs parle de « désinvolture et d’aveuglement pour le moins embarrassants » quand d’autres, tout aussi pincés, pointent un manque de « nuance »…

Jaoui partage pourtant avec eux la même lecture globale des rapports hommes-femmes : « La demande d’égalité entre les hommes et les femmes, dit-elle dans le dossier de presse, date de la naissance de l’humanité, on remarque que chaque avancée n’est jamais définitivement acquise et que des réflexes archaïques demeurent… »

Idées confuses et problèmes de positionnement

Outre le fait qu’elle ne s’interroge nullement sur les raisons de cet archaïsme persistant, qu’il faudrait absolument combattre semble-t-il, Agnès Jaoui commet une erreur d’analyse fondamentale dans sa lecture du Mariage de Figaro. Elle a l’air de croire, en interview, que la pièce de Beaumarchais tient un discours féministe. Or, celle-ci n’est pas tant une critique de la domination masculine sur les femmes que de la domination de classe à la veille de la Révolution française, le droit de cuissage que cherche à rétablir le comte étant principalement symbole d’asservissement du serf par la noblesse. Droit de cuissage qui, cela dit en passant, ne fut jamais légiféré et dont l’application n’avait rien de systématique…

Incomprise par nombre de journalistes de son bord, Agnès Jaoui ne peut s’en prendre qu’à elle-même et à la confusion de ses idées. Car pris tel quel, son film paraît nettement plus virulent à l’égard du politiquement correct que ses déclarations publiques. Un exemple frappant : le choix de mise en scène de Mirabelle qui consiste à faire installer des phallus géants sur la scène pour sursignifier la domination masculine a tout d’une moquerie à l’écran mais, à en croire les propos d’Agnès Jaoui aux journalistes, semble trouver grâce à ses yeux : « Ces phallus, dit-elle, sont pour moi une métaphore de l’omnipotence et de l’omniprésence du patriarcat, et de la difficulté de le changer, de trouver de nouveaux modèles de virilité. » Le fossé entre les déclarations qu’elle tient et la tonalité de son film est béant. In fine, l’on ne sait jamais où s’arrête la satire et où commence la franche adhésion. C’est plutôt déconcertant.

 

2 étoiles sur 5

https://youtu.be/m_Cfq-GUh0k

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/06/2026 à 15:44.
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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Ce film qui semble déconcerter autant boulevard Voltaire que les féministes politiquement correct est probablement une excellente comédie, comme nous le dit A.A.A.
    La réalisatrice est une femme intelligente et connait bien l’humour et l’ironie.

  2. Bref je n’irai pas voir cet enième film éhonté de propagande féministe … Que ces femmes aillent vivre en Afrique noire ; elle verront les dégàts causés sur le mental collectif par le Matriarcat .Elles comprendront aussi pourquoi une écrasante majorité de ceux qui veulent la quitter sont des hommes .Et non dans les temps antiques les femmes avaient l’intelligence de ne pas rechercher l’égalité mais affirmaient leur influence par les arts et la maternité .. Seules les tribus barbares comportaient des possibilités d’égalité lors des combats …mais elles ne crachaient pas sur la mise en esclavage des femmes des vaincus !

  3. Nos contemporains raisonnent comme des gamins. Fondamentalement, il n’y aura jamais égalité homme/femme. C’est la femme qui fait l’enfant. C’est la femme qui crée l’humanité. L’homme n’est que l’outil d’appoint nécessaire. Nous retrouvons ces types de gamins dans le planning familial, par exemple « l’homme enceint ».

    « les ravages de l’université sur une jeunesse bourgeoise en voie de déculturation. ». Nous pouvons en témoigner. Si une certaine jeunesse s’inspire toujours des réalisations glorieuses de leurs ainés et leur emboitent le pas, par exemple par l’innovation et l’investissement, une autre jeunesse se laisse bercer d’illusions utopiques fantasmées, « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » . L’argent déborde de ses poches, on dépense sans compter les avoirs des parents, on joue à celui qui sera le plus « branché ». La gauche déculturée, déjantée est leur berceau et leur inspiration.

  4. En gros le film est nul donc, malgré qu’on soit plus ou moins obligatoirement allié avec sa réalisatrice…

  5. C’est encore plus simple que ça : le droit de cuissage est une pure invention du même niveau que la papesse Jeanne, ou cet autre idiotie selon laquelle l’Église aurait enseigné que les femmes n’avaient pas d’âme. C3s histoires dint stupides mais des gens y croient dur comme fer

    • Vous me l’enlevez de la bouche si j’ose dire..
      En effet en termes de mythologie urbaine, le tic toc du temps bien installé fait son effet sur les esprits crédules et sous culturés…

    • Et ce « cher » Descartes qui disait la même chose (et donc, déduisait il, les femmes n’ayant pas d’âme n’ont pas besoin de voir leur douleur traitée), il me semble qu’il est adulé par les français, non?
      Et je n’ai pas souvenance qu’il ait été un catholique pratiquant. je peux avoir oublié, pardon.

    • Ce qui existait, c’était le droit de formariage, sorte de taxe due par la famille d’une fille qui allait quitter le fief du seigneur pour se marier hors de celui-ci. Une compensation pour la « défection » d’un membre de la communauté.

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