À l’heure, où, dans les bistrots virtuels, l’on s’esclaffe sur le nouveau site du gouvernement français, promu par Sibeth Ndiaye s’il vous plaît, qui va vous fournir les bons articles à consulter, il faut lire la courte interview de Jean-Marc Robine publiée par Le Monde, samedi. Ce directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) spécialisé dans les questions de vieillissement revient, de façon policée mais révélatrice, sur les cafouillages dans la comptabilité des décès et sur les réticences des autorités à livrer tous les vrais chiffres.

Premièrement, il pense qu’au niveau international, le virus parti de Chine et entré par les grands aéroports internationaux a dû contaminer massivement ailleurs qu’en et aux USA : « Les grands aéroports internationaux ne se situent pas qu’à Paris, Madrid ou New York. Qu’en est-il de São Paulo, de Mexico ? Quelque chose ne colle pas : il y a une sous-déclaration massive. Les Philippines, le Japon jouent le jeu, mais d’autres pays manquent à l’appel. Du coup, il reste de grands points d’interrogation. » Et si vous voulez avoir une idée du nombre de morts non enregistrés « Covid », vous pouvez lire, toujours dans Le Monde, un article intitulé : « À l’échelle mondiale, le Covid-19 tue davantage que ce que disent les bilans », qui montre la sous-estimation, y compris dans les pays européens.

Deuxièmement, Jean-Marc Robine revient sur l’« omisssion » du nombre de décès dans les que nous dénoncions ici , pour la France, dès le 23 mars : « La France, par exemple, ne publiait au début que le nombre des décès dans les hôpitaux, sans le dire. C’est seulement depuis le 7 avril que nous recevons aussi le décompte dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Il a fallu beaucoup insister pour les obtenir… Les demandes des chercheurs ne pèsent rien. Les autorités nationales font le dos rond. Seule la pression médiatique parvient à les faire changer d’attitude. » Message reçu : nous ne relâcherons pas la pression.

Troisièmement – et c’est le plus nouveau dans l’analyse démographique de la mortalité, même si le bon sens nous le faisait pressentir : contrairement à la présentation de M. Salomon, la majorité des décès proviennent des EHPAD ! « En France, le 29 avril par exemple, le bilan cumulé de l’épidémie s’élevait à 15.053 décès à l’hôpital et 9.034 dans les EHPAD, soit 24.087 personnes. Mais cette présentation revient à négliger le nombre important de résidents malades des EHPAD qui sont envoyés pour être soignés dans un service hospitalier et y finissent leur vie. On en dénombrait 3.121, toujours au 29 avril. Ce qui signifie qu’en réalité, 12.155 résidents d’EHPAD sont morts de cette épidémie, c’est-à-dire plus de la moitié de la totalité des décès ! Et ce phénomène s’observe depuis le 17 avril. Les résidents des EHPAD sont les plus touchés. »

Morales de la fable que vous intitulerez, à votre guise, « Le professeur Salomon, les masques, les tests et les EHPAD » ou « Les étranges chiffres du professeur Salomon » ?

Primo : ils ont confiné aveuglément tout un pays, sans distinction de région, d’âge, d’activité, tué toute une économie, flanqué la trouille à toute une population parce qu’en réalité, un virus décimait (et le terme est heureusement très inexact) essentiellement les personnes âgées – voire très âgées – dépendantes placées en EHPAD. Dire cela n’est pas nier ou minimiser le drame.

Deuzio : ils l’ont fait en cachant l’ampleur et la spécificité de ce drame-là, qu’ils n’ont pas su gérer au départ (masques, tests, suivi des EHPAD).

Désolé de continuer les conversations de bistrot, mais comme le dit Jean-Marc Robine, « seule la pression médiatique parvient à les faire changer d’attitude »

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