Une racaille crache sur Zemmour dans la rue. La scène est filmée. Elle fait le tour de . Marlène Schiappa, à qui on ne peut enlever sa spontanéité et sa cohérence, tweete : « Les injures publiques et les menaces d’agressions sexuelles sont injustifiables, qu’elles visent une femme ou un homme, ou nos amies… » , téléphone à Zemmour. Quelle est la part de sincérité et de récupération chez ce dernier ? Peu importe. Il l’a fait.

Mais « Zemmour est détestable tout autant que celui qui le brime ». Ce jugement définitif est du journaliste . Détestable et, ça tombe bien car Askolovitch déteste Éric Zemmour. C’est lui-même qui l’écrit. Vous me direz qu’on a encore le droit d’aimer et de détester qui l’on veut dans ce pays. Quoique. On a aussi le droit d’être indifférent. Quoique, aussi. Dans une longue tribune publiée ce 2 mai sur le site Slate et intitulée « L’homme qui crache sur Zemmour n’est qu’un autre Zemmour », Claude Askolovitch  renvoie donc dos à dos la racaille et le polémiste : « une même barbarie », « Je déteste à parts égales le cracheur et Zemmour ». Une façon de rabaisser la rhétorique de Zemmour à un crachat. Mais aussi, dans une parfaite symétrie, d’élever le crachat de la racaille au rang de la rhétorique de Zemmour. Car, jusqu’à preuve du contraire, que l’on soit d’accord ou pas avec Zemmour, ce dernier argumente, développe des idées, bref fait oeuvre de rhéteur, et l’on ne peut imaginer que Marlène Schiappa, qui accepta de débattre avec lui, soit vraiment du à se laisser cracher dessus !

Askolovitch se désole « tous les jours de voir la haine et le fascisme considérés comme des opinions qu’il faudrait discuter ». Passons sur ce postulat, quasi dogme, que Zemmour serait un fasciste et intéressons-nous à la haine. Qu’est-ce que la haine dont on a fait, du reste, un instrument judiciaire assez redoutable ? Est-elle de la détestation, et inversement ? Car au fond, haïr et détester, c’est un peu du pareil au même, non ? Et cette exposition publique de détestation pour Zemmour ne peut-elle être assimilée, d’une certaine façon, à la tenue de propos haineux, vous savez, ceux qui peuvent valoir excommunication des réseaux sociaux ? Allez savoir !

Imaginons, d’ailleurs, que la longue tribune d’Askolovitch tombe, justement, dans les mains d’un de ces barbares (Askolovitch parle de « barbarie »), cracheur de rue. Imaginons que ce barbare en fasse une lecture rapide, sélective et pourquoi pas – c’est plausible – très approximative. Sous l’épaisse sauce de circonvolutions utilisées en abondance par le journaliste, notre barbare, frère en inhumanité de Zemmour, ne risque-t-il pas de trouver tous les ingrédients propres à justifier ses agissements expectorant, même si Askolovitch prend la précaution de bien préciser qu’il « réfute l’idée que l’un justifierait l’autre » après avoir écrit qu’il « déteste à parts égales le cracheur et Zemmour » ?

Cela dit, on se consolera en se disant qu’il est peut-être licite de détester à parts égales le cracheur et Claude Askolovitch…

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