Editoriaux - Santé - Société - 13 février 2020

Mort sur ordonnance ?

S’agit-il de ne plus souffrir ou de mourir ? Attention aux dérives euthanasiques…

Nous y sommes : ce lundi 10 février, le ministère de la Santé a décidé de répondre favorablement aux instances de la Haute Autorité de santé (HAS) en permettant, par modification de son autorisation de mise sur le marché, la vente en pharmacie, d’ici quatre mois, du Midazolam, puissant anesthésique, jusqu’à présent réservé aux hôpitaux, pour la pratique de la sédation profonde continue maintenue jusqu’au décès (SPCMD). Une décision saluée par le syndicat MG France, car la plupart des médecins généralistes n’ont pas la possibilité de prendre en charge les patients en fin de vie à domicile, faute de pouvoir se procurer le Midazolam. L’enjeu sera de suspendre la conscience du patient avec le bon dosage sans provoquer le décès et le médecin recevra, à cet effet, un guide de bonne pratique, revu et corrigé en janvier 2020…

Dans le serment d’Hippocrate, le médecin promet : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » Mais où se trouve la limite entre la sédation profonde menée jusqu’au décès et l’euthanasie ? N’est-ce pas utopique de légitimer l’une en interdisant l’autre, tant la possibilité de glissement est aisée ?

Pour bien les distinguer, la HAS prévoit six critères : l’intention (soulager une souffrance/répondre à la demande de mort), le moyen (altérer la conscience/provoquer la mort), la procédure (médicament sédatif/dose létale), le résultat (sédation profonde/mort du patient), la temporalité (dans l’euthanasie, la mort est immédiate) et la législation (sédation autorisée/euthanasie illégale). Quid du patient qui ne peut pas exprimer sa volonté ?

Sauf si le patient s’y est opposé dans des directives anticipées, le médecin peut arrêter un traitement de maintien en vie au titre du refus de l’obstination déraisonnable, et mettre en œuvre une SPCMD.

Cette sédation profonde peut même être demandée par le patient « atteint d’une affection grave et incurable » et « susceptible d’entraîner une souffrance insupportable ». Même si la loi pose quelques limites : une procédure collégiale réunissant un médecin extérieur et les soignants pour vérifier que les critères de la loi sont bien respectés et consultation de la personne de confiance ou de la famille du malade qui n’a pas donné ses directives anticipées, c’est toujours au médecin seul que revient l’ultime décision.

S’agit-il de mourir ou de ne plus souffrir ? Attention à la volonté de faire l’amalgame entre l’euthanasie et la demande de soulager la souffrance. Eric Vermeer est infirmier éthicien en soins palliatifs. Il explique que « les patients réclament une meilleure qualité des soins. En Belgique, lorsqu’une personne en fin de vie est soulagée par des soins adaptés, la demande d’euthanasie est neutralisée dans la majorité des cas. »

Restons donc vigilants. Jean Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) dénonce « l’hypocrisie de la loi Claeys-Leonetti » et demande un nouveau texte législatif sur le droit au suicide assisté et l’euthanasie. Le groupe socialiste du Sénat le recevra prochainement et compte soumettre, cet été, une proposition de loi sur l’aide active à mourir, au nom de la « Liberté, Égalité, Fraternité ».

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