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Editoriaux - Livres - 13 février 2020

Livre : Les Traîtres, par Ivan Rioufol

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On connaissait Ivan le Terrible, voici Ivan l’Implacable. Amis de la circonlocution, de la langue de bois et de la périphrase compassée pour salon de baby-boomers distingués comptant leurs plis au bridge, passez votre chemin. Après De l’urgence d’être réactionnaire et La Guerre civile qui vient, voici la troisième pièce du puzzle, et non la moindre : .

Pour qui a déjà croisé le journaliste du Figaro, courtois, souriant, posé, cette sainte colère d’homme tranquille a encore plus de force.

Dans le grand chantier de déconstruction qui se joue actuellement en France, il y a les ennemis, les vrais, reconnus et revendiqués. Les islamistes avancent à mesure que nous reculons. Ils jouent sans surprise leur partition. On pourrait presque dire que c’est de bonne guerre. Il y a, à l’autre bout du processus, les ignorants, Français moyens candides vaquant à leurs occupations : quoique vaguement inquiets, ils se laissent bercer par les dénégations rassurantes des grands médias, leur passivité est délétère mais, pour paraphraser l’Évangile, à ceux-là, on peut encore pardonner car ils ne savent pas ce qu’ils font. Pas même, souvent, ce qu’ils sont.

Puis il y a les autres.

Ceux qui « donnent des leçons, parlent le globish, disent ce qu’il faut penser. Ils décrètent le bien et le mal, le beau et le laid, le fréquentable et le proscrit. Ces beaux esprits s’admirent, se cooptent. Mais ils sont les salauds. » C’est à eux qu’ consacre son dernier opus, et ses flèches amères. Les Traîtres, c’est le titre de ce livre, « Ils ont abandonné la France », le sous-titre et la synthèses lapidaire.

Ceux qui savent. « Bien sûr qu’ils savent » à quel point « la France est abîmée, vulnérable, à la merci de l’ennemi ».

« L’idéologie de la diversité » est au cœur de leur « aveuglement ». « Pour eux les seuls ennemis intérieurs sont le peuple enraciné et ses avocats. Les renégats sont prêts à user de la censure pour étouffer les plaintes. Ces messieurs à bonne figure ont trompé le pays qui les a élus. »

Leur suffisance impérieuse serait encore excusable si, dans un registre ou un autre, ils avaient fait leurs preuves : mais « cela fait des décennies que ceux qui savent se trompent en cœur et insultent ceux qui les contestent. Faut-il rappeler ici l’état de l’école, de la police, de la justice, de l’armée, de l’hôpital ? Faut-il rappeler l’état de la culture, du bon goût et de la civilité ? »

Dans un pays dont la devise, sous l’ère macronienne, est devenue « Liberté, Égalité, Diversité », « comment espérer perpétuer le modèle social français, né dans une France d’après-guerre homogène, alors que le pays meurtri est devenu fragmenté et communautarisé ? » Et cette phrase, à l’heure de l’improbable réforme des retraites, résonne avec un timbre particulier…

Mais l’essai d’Ivan Rioufol n’est pas dénué d’espérance : « Le mur de Berlin s’est effondré d’un coup, sous le poids des bobards sur les bienfaits du communisme. Le mur des Bernés, qui protège encore les élites des réalités, va connaître le même sort. » Il faut dire que les Gaulois sont dans la plaine, ou au moins y ont fait une incursion remarquée, ce qui est un début, avec un gilet jaune ignifugé en guise de bouclier arverne. Ce n’est pas un hasard si certains arborent, dans les cortèges, de longues nattes blondes évocatrices. Leurs slogans ne sont pas tous très fins, leur gronde se mue parfois en une hargne maladroite, mais ils sont là. Ivan Rioufol en a la conviction, « l’heure des comptes a sonné pour les maltraitants de la France millénaire ». Car, prophétise-t-il, « rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ».

« Mais notre règne arrivera quand votre règne finira, nous tisserons le linceul du vieux monde, car on entend déjà la révolte qui gronde », chantaient les canuts. Le suaire de ce nouveau vieux monde ne sera pas en soie mais en VPC couleur citron. Conspués et dénigrés par ceux qui s’en méfient, ces gueux-là n’ont pas de chantre ? Ivan Rioufol veut bien être leur Aristide Bruant. Contre les traîtres. Qu’il pourfend dans cet essai d’une main de maître.

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