Moraline de gauche : l’impudence de Matthieu Pigasse

Dans le binôme Le Pen à l'Elysée-Bardella à Matignon, le milliardaire veut voir « l’aveu d’une dyarchie où nul ne saurait qui décide ».
Capture écran France Inter
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Le milliardaire Matthieu Pigasse poursuit sa lutte contre la droite nationale. Dernière attaque en date : le binôme Marine Le Pen-Jordan Bardella. La répartition est désormais claire : la députée du Pas-de-Calais est candidate pour la quatrième fois à la présidence de la République et le président du RN sera son Premier ministre. Une hérésie, pour l’homme d’affaires de gauche pour qui « le Rassemblement n’a pas de tête » mais « deux ego ». « L’arrogance de Jordan Bardella est sans limite. Avant même d’avoir remporté la moindre élection nationale, il distribue les postes et se donne « trois responsabilités. » Dans un post sur X, ce 19 juillet, Matthieu Pigasse charge violemment celui qui, hier encore, était susceptible de briguer l’Élysée. L’origine de son courroux : un entretien donné au Figaro le 13 juillet dans lequel Jordan Bardella s’exprime pour la première fois depuis l'annonce de la candidature inespérée de Marine Le Pen. « Trois éminentes responsabilités m’incombent désormais : bâtir le programme et la feuille de route pour redresser la France, former un gouvernement et conduire le RN à la conquête d’une majorité solide, sans quoi rien ne sera possible. » Définissant les contours de sa mission, annonçant sa volonté de « constituer un gouvernement d’union nationale qui ne sera pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN », le président du RN confirme profiter de l’été pour s’atteler à la rédaction d’un nouveau livre.

« Une rivalité de pouvoir »

De quoi donner de l’urticaire à Matthieu Pigasse, qui ne supporte pas l’idée qu’une majorité de Français puisse faire confiance aux deux dirigeants du RN en leur confiant les clefs du pouvoir. « Le Pen à l’Élysée, Bardella à Matignon : l’aveu d’une dyarchie où nul ne saurait qui décide. Derrière cette unité de façade transparaît une rivalité de pouvoir », dénonce-t-il. Le propriétaire de Radio Nova et des Inrocks, qui assume mettre ses médias au service de son « combat contre l’extrême droite », a de quoi s’inquiéter, alors que les derniers sondages donnent non seulement Marine Le Pen très en tête au premier tour du scrutin présidentiel, avec un score avoisinant les 35 %, mais annoncent surtout la candidate patriote vainqueur du second tour dans tous les cas de figure.

« Deux ambitions qui s’affrontent au sommet de l’État, ce serait la promesse de conflits permanents et de l’impuissance », explique Matthieu Pigasse, qui cherche à monter en épingle une division à la tête du parti à la flamme. Il faut dire que l’homme qui est passé par l’ENA dix ans avant Emmanuel Macron en connaît un rayon, en termes d’ambition politique, lui qui affirme être « prêt » à être candidat à la présidentielle en cas de primaire à gauche.

L'hypocrisie d'un banquier de gauche

L’homme promeut une « gauche radicale de gouvernement » mais ne semble pas vivre du côté des damnés de la Terre. Une enquête de Mediapart publiée ce 20 juillet souligne les connivences du milliardaire avec le monde du grand capitalisme sans que les scrupules ne l’étouffent. Des contradictions que Marc Baudriller ne manquait pas de souligner dans Boulevard Voltaire, il y a quelques semaines. Peut-on être « banquier de gauche ? », s’interroge le média dirigé par Edwy Plenel dans un article au vitriol où Matthieu Pigasse, dans l’univers de Walt Disney, ressemblerait plus à Picsou qu’à Robin des Bois. Proche de Dominique Strauss-Kahn puis de Laurent Fabius à Bercy entre 1998 et 2002, le haut fonctionnaire participe à la politique néolibérale de la « gauche plurielle » qui conduira à la défaite de Lionel Jospin en 2022, estime Mediapart. Repéré par Alain Minc, « un personnage important et emblématique du capitalisme de connivence à la française », Pigasse rejoint la banque Lazard. En 2010, il s’empare du Monde avec Xavier Niel et Pierre Bergé grâce à un montage financier impliquant la Banque Palatine et François Pérol, « un banquier très marqué à droite et un ami proche de Sarkozy ». L’homme n’hésitera pas, non plus, à entrer en affaires avec Bernard Tapie. L’argent n’a pas d’odeur, dit-on... Sans compter les commissions que le banquier touche « sur le dos des pays endettés », accuse Mediapart, la banque Lazard qu’il dirige étant très impliquée en Grèce ou au Venezuela.

La gauche morale est pleine de bons sentiments. Mais entre les paroles et les actes, l’hypocrisie est souvent reine. Et le RN ne l'oublie pas.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

61 commentaires

  1. Que protége donc pigasse en agissant de la sorte?,ferait-il lui aussi partie des privilégiés de l’Elysée qui profitent des petits secrets du lieu ? les petites souris doivent se régaler en voyant tout ce qui peut se passer dans ce haut lieu de la république !

    • Il jette des piécettes à la gauche pour ne pas qu’elle regarde les fortune qu’il amasse comme n’importe quel capitaliste international. Il tape sur le ventre de Mélenchon en l’assurant de son soutien puis prend un avion privé pour aller se goberger en smoking et noeud pap’ dans les salons de la Maison Blanche et signer avec l’accord de Trump des contrats mirobolants sur le dos des Vénézuéliens… (Voir les articles du Point et du Monde au sujet de la restructuration de la dette du Venezuela…).

  2. Si le RN remporte les présidentielles, ce ne sera pas seul, ce sera avec le soutien de la vraie Droite souverainiste qui aime la France et veut rétablir sa dignité. Que les Pigasse et autres macronistes affichent leur choix destructeur de notre pays au profit de leurs seuls intérêts: rien d’étonnant.

  3. La candidature en binôme est effectivement un moyen de rester dans l’ambiguïté pour la politique, sociale avec Marine, liberale avec Jordan, et le RN ne sortirait qu’à ses dépens de cette ambiguïté. Elle permet de ratisser large. Elle va faire des émules. Des couples vont se former. Hollande est prêt à s’accoupler avec n’importe qui. On verra peut être un couple Hollande Mélenchon ou Jean Luc préférera monter à l’abordage avec sa Marine et Tondelier sera en tête de gondole ?

  4. A cœur ouvert, le sieur Pigasse raisonne comme un boutiquier. Mais il sait parfaitement , en son âme et conscience, qu’un chef d’entreprise ne fait pas à lui seul la pluie et le beau temps dans ses établissements. Les décisions sont toujours le fruit de la réflexion d’une équipe. En réalité, il tente de faire du Mélenchon sans en avoir l’expérience et le doigté.

    Peut-être également gêné de devoir par la suite composer avec un personnage qui s’est bâti seul, sans les secours et béquilles de grandes écoles et bonne relations. Par ailleurs, une outrecuidance intolérable qui assoit la personnalité. Pigasse sent que son esprit manœuvrier aura du fil à retordre en présence de Bardella, bloc possible de résistance à ses désidératas.

    Enfin, une équipe homogène, sans aucune ombre apparente dans sa communication, peut sérieusement inquiéter la caste habituée aux chausse-trapes entre « amis ». Une perspective d’efficacité possible qui dérange par avance. En cela, il rejoint Macron, de même état d’esprit, qui ne se prive pas de préparer les planches savonnées. Mêmes craintes, mêmes combats.

  5. « Sans compter les commissions que le banquier touche « sur le dos des pays endettés », accuse Mediapart ». Si on suit cette idée, il devient tout à fait possible d’imaginer qu’un ex banquier devenu président ait délibérément choisi d’endetter le pays qu’il dirige au nom d’un quoi qu’il en coûte censé sauver son économie. Mais j’ai une tendance à voir le mal partout.

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