Mineurs non accompagnés : les non-dits du département des Yvelines

Dirigé par Pierre Bédier (LR), le département vante les MNA sans évoquer leur coût et leur impact pour les contribuables
Pierre Bédier en séance du Conseil départemental des Yvelines consacrés aux MNA. Capture d'écran Youtube Pierre Bédier
Pierre Bédier en séance du Conseil départemental des Yvelines consacrés aux MNA. Capture d'écran Youtube Pierre Bédier

À la page 19 de son magazine institutionnel du printemps 2026, le département des Yvelines consacre un dossier aux mineurs non accompagnés (MNA). Le lecteur y découvre les parcours de Derick, Issouf ou Mamadou, présentés comme autant d'exemples d'intégration réussie. Le département met en avant leur apprentissage du français, leur insertion professionnelle et leur contribution future à l'économie française. « Ils sont nos futurs plombiers, boulangers, maçons », explique ainsi Jérôme Deville, chef du service MNA.

Magazine des Yvelines n°58

Le dossier rappelle également que l'accueil des mineurs non accompagnés constitue une obligation légale pour les départements et souligne une augmentation de 50 % du nombre de jeunes pris en charge depuis fin 2022. En revanche, aucun chiffre précis n'est communiqué sur le nombre de MNA présents dans les Yvelines ni sur le coût de cette politique publique pour les contribuables.

Une facture qui peut atteindre 50 millions d'euros par an

Pourtant, ces données existent et le phénomène a connu une croissance spectaculaire au niveau national. Selon une étude publiée en avril 2026 par l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID), le nombre de mineurs non accompagnés pris en charge par les départements est passé d'environ 4.000, au début des années 2000, à plus de 40.000, aujourd'hui. Une augmentation supérieure à 900 % en vingt ans qui a profondément transformé les missions de l'aide sociale à l'enfance et alourdi les budgets des collectivités. À l'échelle nationale, le coût de leur prise en charge atteignait déjà près de 2 milliards d'euros pour les départements dès 2018.

Selon les informations publiées par Actu.fr à l'occasion de la présentation des futurs villages d'accueil, les Yvelines prendraient actuellement en charge entre 800 et 1.000 mineurs non accompagnés. Or, selon l'étude de l'OID, le coût annuel moyen d'un MNA s'élève à environ 50.000 euros. La prise en charge de ces jeunes représenterait donc entre 40 et 50 millions d'euros par an pour les finances départementales. Un montant qui n'apparaît nulle part dans le dossier publié par le département.

Un dispositif sous tension

L'étude de l'OID met également en lumière plusieurs réalités peu évoquées dans la communication institutionnelle. Les personnes se déclarant mineures isolées sont aujourd'hui des hommes dans 93,2 % des cas. Plus frappant, encore : seuls 23 % des individus se présentant comme mineurs sont finalement reconnus comme tels à l'issue des procédures d'évaluation.

L'organisme estime également que 15 à 20 % des places occupées par les MNA au sein de l'aide sociale à l'enfance le sont au détriment de mineurs français relevant, eux aussi, de la protection de l'enfance.

Conseiller départemental des Yvelines, Olivier de La Faire estime que la communication du département occulte une partie de la réalité. « Ceux qui sont présentés dans le magazine sont très bien présentés, mais ce n'est pas le cas de la majeure partie de ceux que nous avons sur le territoire », explique-t-il à Boulevard Voltaire. Selon lui, « on est en train de pallier un manquement de l'État » en prenant en charge des jeunes qui relèvent avant tout d'une politique migratoire nationale.

Par ailleurs, une fois leur situation régularisée, certains de ces jeunes peuvent bénéficier des dispositifs de regroupement familial prévus par le droit d'asile, permettant dans certains cas l'arrivée de membres de leur famille en France.

Cinq villages d'accueil pour 34 millions d'euros

Face à l'augmentation du nombre de MNA et à l'interdiction de leur hébergement à l'hôtel depuis la loi Taquet de 2022, les Yvelines ont choisi d'investir dans de nouvelles structures dédiées.

Le magazine évoque ainsi la création de cinq villages d'accueil destinés aux mineurs non accompagnés. Mais là encore, aucun montant n'est indiqué. L'investissement global s'élèverait pourtant à 34 millions d'euros. Le premier village ouvrira au printemps à Mantes-la-Jolie et les autres doivent suivre dans les prochaines années.

Ces investissements viennent s'ajouter aux dépenses de fonctionnement déjà supportées chaque année par le département.

Une politique qui interroge jusqu'à droite

Cette communication très favorable aux MNA intervient dans un contexte politique particulier. Depuis plusieurs années, Pierre Bédier, président LR du département, fait l'objet de critiques récurrentes concernant sa gestion des questions migratoires et communautaires. Plusieurs enquêtes de presse, notamment de Marianne et du Canard enchaîné, ont alimenté les débats sur ses relations avec certains acteurs associatifs ou religieux controversés.

Pour Olivier de La Faire, le magazine départemental participe d'une forme d'angélisme. « On essaie de mettre la poussière sous le tapis en ne parlant pas du budget et en ne montrant que le côté positif », regrette l'élu. Avant de conclure : « On essaie de montrer que c'est une chose normale. »

Or, derrière les quelques récits de réussite individuelle mis en avant par le département se cache une réalité budgétaire, sociale et migratoire dont les Yvelinois n'auront trouvé aucune trace dans les pages du magazine déposé dans leurs boîtes à lettres.

Picture of Yann Montero
Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

56 commentaires

  1. Je lis les commentaires sous ce sujet.
    Je savais que ces MNA constituaient un coût phénoménal..mais je découvre le ratio coût d’un MNA et d’une retraite..c’est juste hallucinant et parfaitement scandaleux !
    Et l’heureux Ravi au lit à parfaitement raison..nul besoin d’une gauche avec une telle droite !

  2. On considère qu’un étudiant en médecine coûte environ 100.000 euros à l’état pour l’ensemble de son cursus, en sachant qu’un étudiant exerce des fonctions à l’hôpital pendant ses études.
    Un migrant coûte 50.000 euros par an … apparemment, les plombiers et les boulangers sont mieux traités (ou mieux formés ?) que nos carabins !

  3. Tiens , c’est drôle, là on donne des prénoms, et si on le faisait avec les émeutiers récents?ceux que Nunes contrôle et qu’Apathie n’a pas remarqués…
    Ça montre que cette droite, dite modérée, est en fait un ersatz de la macronie et que si cette engeance est élue il ne se passera rien , enfin si, la disparition complète de la France et des Français.

  4. Mineurs, dites vous ! On ne le sait même pas puisqu’on n’a pas le droit de le contrôler grâce à des radios ou autres examens. Par contre on a le droit de payer pour eux, doublement. D’abord en les accueillant, ensuite pour l’insécurité qu’ils instaurent. Le gouvernement devrait nous demander chaque année notre consentement à payer les impôts.

  5. L’édition du magazine a lui-même un coût. Tout cela se fait au détriment de nos enfants. Pendant ce temps, santé, école, sécurité, hôpital, transport sont négligés. Être obligé de participer à ces dépenses sans en être instruit, il y a de quoi à avoir la rage.

    • OK avec vous, lélue5_, mais les français ont voté 2 fois pour le macron, quant à ceux qui ne votent pas ou plus sont les grands responsables aussi de cette gabegie, et qu’il nous faut stigmatiser tous les jours.

    • Ce président du département des Yvelines, n’est qu’un LR centriste pro Macron, comme la plupart des vices présidents du conseil départemental. La plupart sont des professionnels de la politique. Ils savent ce qu’il faut dire ou taire, c’est de cette façon qu’ils ont fait carrière, surtout ne pas informer les électeurs.

  6. La place des mna est dans leurs pays d’origine.
    Curieusement leurs ambassades respectives sises dans le 16ème ne les hébergent pas .
    Dites vous les 2 enfants trouvés au Portugal, ont été très rapidement rapatrié en France.

      • En fait, c’est l’unicef qui jugeant les conditions d’accueil au maroc , non satisfaisante.
        A porté plainte au tribunal administratif.
        Pour les maintenir ici.
        Parcontre le gouvernement espagnol, a obtenu un accord de rapatriement vers l’Espagne. A cause des territoires espagnols de Ceruta et Meilla .

  7. « le coût annuel moyen d’un MNA s’élève à environ 50.000 euros »
    En France, environ 34% des retraités touchent moins de 1 000 euros par mois -12 000 euros par an, soit 24% de ce que coûte un MNA-. Ce sont majoritairement des femmes et souvent isolées, et la plupart ont des parcours professionnels marqués par la vulnérabilité.

  8. C’est plus de 50000€ par an que coûte un MNA ,je connais très bien une personne travaillant dans une structure accueillant ces jeunes et il y a cinq ans déjà le coût mensuel frisait les 5000€/ mois, fois douze ça fait près de 60 mille euros par an, sachant que les majeurs eux coûtent 2500€/ mois. Maintenant il y aura toujours une partie de crétins qui voudra jouer au bienfaiteur avec notre fric, mais c’est bien, continuons comme cela.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Le « responsable mais pas coupable », on nous le chante depuis 1991 !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois