Le mercredi 6 janvier dernier, les occidentaux se sont fait une grosse frayeur, certains allant jusqu’à comparer la jacquerie trumpiste du Capitole à une « nouvelle Nuit de cristal », Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur républicain de Californie, dixit. Il n’y a donc pas que de ce côté de l’Atlantique que la réduction ad hitlerum fait des ravages dans les cervelles. Dans le même registre ébouriffé, Steve King, député républicain sortant de l’Iowa, a lui aussi comparé la suppression du compte Twitter de Donald Trump et de ses 88 millions d’adeptes à une « nouvelle Nuit de cristal ».

À destination des historiens du dimanche jamais en retard d’une comparaison approximative, rappelons que la Nuit de cristal fut un pogrom antisémite, déclenché par les nazis dans la nuit du 8 au 9 novembre 1938. Et un pogrom, même nazi, n’a rien à voir avec un putsch, surtout quand les nazis sont au pouvoir. Il n’empêche, Donald Trump a été suspecté de velléités putschistes, ce même 6 janvier 2021, d’où la procédure tôt enclenchée par le parti démocrate pour destituer le président en exercice, au nom du 25e amendement de la Constitution. Décision à laquelle le vice-président vient, précisément, d’opposer une sèche fin de non-recevoir.

En la circonstance, Mike Pence ne manque pas d’une certaine autorité, ayant refusé de suivre Donald Trump dans ses ultimes tentatives visant à invalider les résultats de l’élection présidentielle ; ce qui lui fait dire aujourd’hui, non sans raison : « Je ne céderai pas maintenant aux efforts de la Chambre des représentants pour jouer à des jeux politiques à un moment aussi grave dans la vie de notre nation. » Certes, il est probable que le parti démocrate ait volé cette élection ; mais finalement pas plus que son homologue républicain lors de celle ayant vu l’arrivée aux affaires de George W. Bush, en 2000, aux dépens du démocrate Al Gore.

En revanche, la réaction d’électeurs trumpistes se sentant largement floués demeure, finalement, compréhensible. Mais de là à évoquer un coup d’État… En latine, du en Bolivie et du en , il y a eu de véritables putschs, par ailleurs fomentés par les et pour renverser les présidents d’alors, coupables de défiance vis-à-vis de la Maison-Blanche. Avec les récentes émeutes de Washington, nous en sommes loin.

En revanche, ce qui pourrait bien ressembler à un authentique coup de force, c’est la décision des GAFA de censurer un président démocratiquement élu : Donald Trump, par ailleurs censé être l’homme le plus puissant au monde ; comme quoi… Il est vrai que ce dernier était plus ou moins parti en guerre contre ce « complexe militaro-industriel », en son temps dénoncé par le président républicain Dwight D. Eisenhower, lors d’un discours demeuré fameux, le 17 janvier 1961. À ce pouvoir dans le pouvoir, Donald Trump a même refusé une équipée militaire incertaine contre l’, à croire que ce perpétuel énervé n’était peut-être pas le va-t-en-guerre irresponsable qu’on nous disait.

Mais les temps changent et les GAFA incarnent à leur tour une autre forme d’« État profond ». Lequel commence, malgré tout, à inquiéter jusqu’en , là où, tous partis quasiment confondus, on en vient à se demander s’il n’est finalement pas un brin inquiétant qu’une société privée en vienne à bâillonner le président d’une nation se présentant comme la plus grande au monde.

Dans la foulée de la suppression du compte Twitter présidentiel, il y a encore celle des 77.000 membres du site QAnon, ce qui n’est pas rien non plus. Certes, ces gens sont persuadés que le parti démocrate est dirigé par une secte pédo-sataniste, ce qui demeure pour le moins baroque, mais finalement pas plus que de tenir le président sortant pour un crypto-nazi.

En attendant, si possible tentative de coup d’État il y a eu, elle ne venait pas forcément de là où l’on croyait et il est à mettre au crédit de Mike Pence d’y avoir mis fin.

13 janvier 2021

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