Les polémiques sur le présumé de telle ou telle population – européenne, généralement – devient de fait une histoire à double fond et à tiroirs multiples. En effet, même si les « races » ne sont que vue d’esprits tordus, il convient néanmoins de poursuivre les « racistes » devant on ne sait quel tribunal imaginaire, histoire de condamner une réalité dont on nie par ailleurs l’existence. Allez comprendre.

Ainsi, en Turquie, le feuilleton du jour concerne le footballeur Mesut Özil, d’origine turque, certes, mais également l’un des principaux joueurs de l’équipe allemande, laquelle n’a pas brillé lors de la dernière Coupe du monde, et qui vient bruyamment de quitter la sélection nationale. Motif de la discorde ? Il ne supporterait plus “le et le manque de respect à son égard”.

Histoire d’évacuer la question « raciale », il suffit de se reporter aux photos du zigomar en question, qui affiche une assez belle tête d’Européen et nous rappelle que, sur sa côte occidentale tout au moins, les Turcs sont des Blancs à peu près comme les autres ; sachant que, sur ses frontières septentrionales, ces mêmes Turcs se rapprocheraient plutôt des Asiates du Caucase. On a encore le droit de le dire ? Trop tard, c’est déjà écrit.

En fait, le problème serait plus d’ordre politique, Mesut Özil ayant posé, lors d’un dîner de gala à Londres, avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui lui aussi n’arbore pas tout à fait le type bédouin, et se trouvait alors en pleine campagne présidentielle. Était-ce forcément opportun ? Évidemment que non, l’Allemagne se trouvant alors bousculée par les vagues d’immigrés clandestins qu’on sait, pourtant conviés par Angela Merkel ; le tout sur forte poussée électorale des populistes de l’AfD et de fronde gouvernementale ébranlant jusqu’à la chancelière en personne. L’équipe allemande aurait emporté le précieux trophée, tel qu’en 2014, tous nos médias auraient continué de vanter la « diversité » de nos voisins d’outre-Rhin. Et Mesut Özil aurait continué d’être un Turc encore plus allemand que les Allemands. (*)

Du champ politique à celui du culturel et religieux, il n’y a ensuite qu’un pas. Mesut Özil est de culture orientale et de musulmane. Et le tropisme visant à lui faire préférer les valeurs de ses origines à celles de sa patrie d’adoption n’a finalement rien que de très naturel ; à moins, bien sûr, de croire dur comme fer aux vertus du fameux « multikulti » cher aux autorités morales locales ; quoique son chantage à la pleurnicherie antiraciste démontre assez bien que notre footballeur a parfaitement intégré certaines élégances humanistes.

Appelée à la rescousse par les journalistes d’ 1, une certaine Isabelle Bourgeois, “chercheuse et spécialiste de l’Allemagne”, nous assure malgré tout : “On ne peut pas dire que les Allemands soient devenus racistes.” Nous voilà rassurés.

Il n’empêche que ce diagnostic laisse d’autres questions en suspens. L’une consiste à comprendre, pour reprendre un vieux proverbe arabe, que ce n’est pas parce qu’un âne voit le jour dans une écurie qu’il en devient un cheval de course pour autant. Bref, un Turc né en Allemagne sera fatalement toujours un peu plus turc qu’allemand. L’autre nous interroge aussi sur ce que nous sommes et sommes devenus. Ainsi peut-on forcément en vouloir à ce Mesut Özil de tenir en plus haute estime les saines valeurs des Empires ottomans d’antan plutôt que la Love Parade berlinoise et toutes les dingueries sociétales y afférentes ?

Moi-même, qui ne suis d’ailleurs ni turc ni footballeur, j’en viens parfois à me demander.

(*) Un peu comme Yannick Noah, qui était français quand il gagnait et camourenais lorsqu’il perdait.

25 juillet 2018

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