Editoriaux - Politique - 25 juillet 2018

Benalla était en poste auprès de Macron, mais avec quel bagage professionnel ?

Les différents syndicats de police ont été entendus par la commission des lois du Sénat dans le cadre de l’affaire Benalla. Tous, d’une seule voix, ont dénoncé « la terreur » – terme utilisé par plusieurs intervenants -, que faisait régner le représentant de l’Elysée au sein des rangs des services de police. Même les fonctionnaires et militaires composant le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) n’échappaient pas aux humiliations de cet ex agent de sécurité, qui était, grâce à ses hautes protections, en terrain conquis, et avait vraisemblablement droit de vie ou de mort (administrative bien entendu) sur les agents chargés de la protection de Macron.

Mais, pour être totalement objectif, rappelons quelques faits incontestables. Benalla, âgé de 26 ans, n’avait comme bagage professionnel qu’un certificat d’agent de sécurité (celui dont dispose un vigile de supermarché). Il n’avait comme expérience qu’un passé au sein de sociétés de sécurité, lequel lui avait permis d’accompagner certaines personnalités politiques comme Martine Aubry ou François Hollande. Nul doute qu’un tel passé suffisait à le conduire auprès du chef de l’Etat d’une des toutes premières puissances mondiales ! En revanche, les fonctionnaires de police sur lesquels il faisait régner la terreur, étaient, eux, de véritables professionnels. Pour être gardien de la paix, il faut aujourd’hui le baccalauréat, et après avoir passé un concours très sélectif, il faut suivre une formation de plusieurs mois. Pour accéder au GSPR, les meilleurs d’entre eux ont dû suivre des stages opérationnels du niveau du Raid ou du GIGN. Pour les officiers de police, c’est un Bac plus 3 qui est requis. Un concours encore plus difficile, et une formation initiale de près de deux ans. Et également des stages d’un niveau équivalent à celui des gardiens de la paix. Enfin, pour les commissaires de police, peu nombreux il est vrai au GSPR, c’est un concours des plus sélectif du niveau Bac plus 5 qui est exigé, deux ans de formation, et toujours les mêmes qualifications techniques. Que valait le cursus Benalla au regard de ces critières ? Rien.

Pourtant, le décalage existant entre les compétences requises pour intégrer le GSPR au sein de la police nationale, et celles de Benalla, n’a pas empêché ce dernier de bénéficier d’un salaire de haut fonctionnaire de police. D’un logement de fonction qui n’est accessible qu’à un nombre des plus limités de commissaires de police. Et de moyens matériels – véhicule, primes etc. -, dignes d’un membre du corps préfectoral. Voilà comment fonctionne notre république aujourd’hui. Elle est faite de passe-droits, de “copinages”, d’avantages payés à prix d’or par le contribuable. Cette affaire est donc bien une affaire d’Etat dans le sens où elle révèle des modes de fonctionnement parfaitement anormaux, quand ils ne sont pas tout simplement illégaux.

Mais Benalla n’est évidemment pas le responsable direct de ces dérives. Il n’a fait que profiter d’un système hors de contrôle. Il devra rendre compte de ses actes devant la justice. D’ailleurs, son système de défense est loin d’être stupide. Il prétend, en effet, avoir agi en vertu des dispositions de l’article 73 du code de procédure pénale, qui précise qu’il appartient à tout citoyen d’intervenir en cas de commission d’un crime ou d’un délit. Mais comment recevoir cet argument alors que Benalla est intervenu quand de nombreux policiers étaient déjà sur place, dont des officiers de police judiciaire ? Par ailleurs, comment imaginer l’application de l’article 73 du CPP, dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre, dont la conduite appartient aux seules autorités publiques en charge de ces missions. Mais sous l’ère Macron, tout n’est-il pas devenu, pour certains, possible ?

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