Faut-il vivre l’islam pour comprendre ce qu’il a d’oppressant ? On pourrait le penser, en apprenant que la chanteuse Mennel, plus connue pour la polémique qu’elle a suscitée en 2018 que pour ses œuvres, a divorcé de son mari musulman et a jeté le voile aux orties. Revenue en France après un séjour aux États-Unis, la jeune femme s’est confiée dans des termes ambigus à la presse.

L’affaire Mennel, c’est celle de cette candidate à l’émission « The Voice », remarquée pour une interprétation d’« Hallelujah » de Leonard Cohen et pour le voile islamique qu’elle portait, sous forme de turban. Et surtout pour une série de tweets datant de 2016 qui relativisaient, a minima, les attentats de cette année-là. Invitée à aller exercer ses talents ailleurs, la chanteuse musulmane s’était exilée outre-Atlantique avec son compagnon, Ismaeel, devenu son mari. Certains s’en étaient émus, en comparant son voile à celui de la religieuse italienne gagnante d’une émission similaire.

Deux ans plus tard, l’ex-candidate est de retour, divorcée de son mari musulman et cheveux au vent. Cela signifie-t-il qu’elle a compris et abandonné ses convictions politico-religieuses ? Ce n’est pas si simple, et ses propos ne brillent pas par leur clarté.

Déjà, en mars dernier, sur un plateau de télévision, revenant sur cet épisode, elle s’était jugée victime d’une forme d’islamophobie. Aujourd’hui, elle ne dit pas qu’elle n’est plus musulmane. Étant née dans cette religion, cela lui serait difficile. Elle prétend avoir abandonné le voile parce que, dit-elle, « il y avait des gens qui me suivaient sur les réseaux sociaux pour une image : j’étais le reflet de leur propre guerre ». Soit. Mais aussi : « Des filles qui, comme moi, mettent le voile, l’enlèvent, il y en a des tonnes. » Alors, volonté de ne pas s’identifier à une frange islamiste qui en faisait un étendard ou simple caprice de mode ?

Mennel a, néanmoins, divorcé d’un mari musulman. Et déclare : « Je me suis rendu compte du fanatisme, de la sexualisation de la famille, aussi, car ça dépasse la religion. » Un propos sibyllin qui pourrait bien s’entendre comme une des causes de son divorce. L’enfermement de la femme dans un rôle subalterne et dégradant qu’elle ne supportait plus. Et le refus de son mari qu’elle mène une carrière musicale, qui rappelle les propos de l’imam de Brest promettant l’enfer à ceux qui écoutent de la musique…

Mais, au-delà des questions qu’apportent des réflexions imprécises, le cas Mennel nous ramène à celle de l’islam dans les sociétés occidentales, et plus particulièrement à la condition des femmes musulmanes dans une société qui, depuis le Moyen Âge, avec des hauts et des bas, tend vers l’égalité et promet leur dignité. Le voile porté sur le plateau de « The Voice » n’était évidemment pas un accessoire de mode, mais le signe d’une revendication identitaire.

En retirant son voile, même au nom d’un caprice de mode, Mennel accomplit un acte de liberté. Qu’elle en ait conscience ou non n’a pas d’importance. Elle se montre en femme libre d’effectuer un choix, c’est-à-dire le contraire de ce que sa religion lui impose. En se dévoilant, elle refuse d’être un objet réservé à son mari. Rien que pour cela, elle mérite d’être soutenue. Pour le talent musical, chacun fera son choix…

14 novembre 2020

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