Mme Sarah El Haïry, secrétaire d’État auprès de M. Blanquer, avait organisé une réunion avec 130 jeunes de 15 à 20 ans qu, depuis deux jours, débattaient des religions sous l’égide de la Fédération des centres sociaux et socio-culturels de France, comme le rapporte Le Figaro. Ils travaillaient sur ce thème depuis plusieurs mois et avaient préparé des propositions à présenter au jeune ministre. La réunion avait lieu dans un contexte tendu, le 22 octobre, quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty.

Mais le dialogue a tourné court, car certaines propositions émises ont paru inadmissibles à Mme El Haïry : un jeune a suggéré qu’une loi interdise le blasphème, un autre a prétendu que les journalistes étaient trop pro-israéliens et que l’État devait intervenir pour rétablir l’équilibre, des jeunes femmes ont trouvé dépassée la loi de 2004 sur le voile à l’école et voulaient qu’on autorise le hidjab dans les collèges et lycées. Elles ont reçu l’appui d’une élue qui a qualifié la loi de 2004 d’islamophobe. Mme El Haïry s’est efforcée de défendre cette dernière et, pour clore la réunion, a entamé « la Marseillaise ». Au début, elle a été la seule à chanter notre hymne et personne ne s’est levé pour l’accompagner ; par la suite, des jeunes filles voilées lui ont reproché d’avoir chanté des paroles guerrières alors que les religions prônent la paix.

Effarée par l’attitude de ces jeunes, la secrétaire d’État a téléphoné au Premier ministre pour l’informer de ce fiasco. Elle a fait diligenter une enquête administrative sur l’encadrement de la réunion afin de comprendre pourquoi certains propos extrémistes n’ont pas été repérés et bloqués lors des travaux préliminaires. Un représentant de la préfecture aurait fait retirer un panneau « La France laïque, mais pas trop… » sous-entendant que notre pays ostracise les musulmans. Mme El Haïry reproche à certaines organisations de mettre à mal le pacte républicain tout en touchant des subventions de la CAF.

L’organisateur principal, M. Tarik Touahria, a défendu ses collègues. Il a trouvé légitimes les questions posées ou les suggestions émises, même s’il n’était pas d’accord avec elles. Selon lui, les jeunes ont été pris par surprise pour « la Marseillaise » ratée, mais que leur non-participation ne traduisait pas un refus de l’hymne national.

Que conclure de ce colloque raté ? N’existerait-il pas, désormais, deux peuples en France qui n’ont pas grand-chose en commun ? D’un côté, un peuple qui ne privilégie aucun culte et pense que la religion appartient à la sphère privée ; de l’autre, un peuple attaché à un politique (mais qui ne se confond pas avec l’ensemble des musulmans), pour qui la charia doit être la loi suprême et qui n’est pas disposé à la moindre concession.

14 novembre 2020

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