Me Goldnadel réagit à la décision des juges de renvoyer les assassins de devant les assises pour crime à caractère antisémite. Il revient aussi sur les mutations de l’antisémitisme en France et le phénomène #JewishPrivilege.

Les assassins de Mireille Knoll seront jugés pour antisémitisme. Cette question faisait débat. Pourquoi le caractère antisémite de ce crime a-t-il été retenu par la Justice ?

D’abord, ce crime n’a pas besoin d’antisémitisme pour être odieux. Que l’on s’acharne sur une pauvre dame à coups de couteau pour lui dérober le peu de valeur qu’elle avait fait pitié, d’autant plus qu’elle vivait dans un petit appartement. La question est, certes, importante, mais il ne faut pas non plus oublier que ce crime est totalement odieux.
La question juive continue de tarauder, notamment dans la dénégation de l’antisémitisme lorsqu’il est islamique. Il ne faut pas tourner autour du pot. La réalité est là.
Depuis vingt ans, il y a un désir médiatique, intellectuel, idéologique et politique de nier farouchement l’antisémitisme lorsqu’il vient de l’islamisme ou de l’extrême gauche. Il est surévalué lorsqu’il vient de l’extrême droite, alors que chacun sait que cet antisémitisme-là, qui était, il y a cinquante ans voire cent ans, extrêmement puissant et virulent est, aujourd’hui, en déclin.
Il est en déclin non pas parce que l’extrême droite la plus dure et la plus farouchement antisémite a baissé, mais parce que l’image des Juifs s’est transformée. Le Juif était autrefois considéré comme un métèque et, aujourd’hui, il est considéré comme un super Blanc. La mutation de l’antisémitisme a fait muter l’antisémite. Une fois que j’ai posé le cadre de la dénégation, je n’aurais pas assez de deux heures pour vous parler d’affaires où je représentais des Juifs qui avaient été battus dans la rue et où on m’expliquait que ce n’était pas de l’antisémitisme.

Selon vous, elle a été tuée parce qu’elle a été victime du cliché antisémite qui veut qu’un Juif ait forcément de l’argent chez lui…

Je dirais notamment, mais pas seulement. Dès le départ, les frères Knoll et moi-même n’exultions pas sur le fait que c’était de l’antisémitisme. La police nous a dit qu’elle pensait que c’était antisémite, mais c’est l’enquête elle-même qui m’en a persuadé de manière absolue.
On savait que Mihoub avait poussé le cri d’« Allah akbar » en donnant des coups de couteau à madame Knoll. C’était sans doute antisémite. L’enquête a révélé que le fameux Mihoub avait, lors d’une incarcération précédente, fait l’objet d’une sanction par l’administration pénitentiaire parce qu’il avait écrit sur les murs de sa cellule « Vive les frères Kouachi » dont on sait qu’ils ne communiaient pas dans un philosémitisme ardent.
On sait aussi que le même Mihoub a passé beaucoup de temps sur les sites islamistes antisémites.
Au départ, j’étais convaincu qu’il s’agissait d’un crime crapuleux mâtiné d’antisémitisme pour les raisons fantasmatiques financières que vous venez de me dire. Même une Juive pauvre doit cacher de l’argent quelque part. En réalité, ce n’était pas que de la crapulerie sur fond d’antisémitisme. C’était une crapulerie islamiste sur fond de détestation des Juifs, notamment dans le cadre de l’antisémitisme d’origine palestinienne. C’était plus imprégné que ce que je pensais au départ.

Cette affaire intervient alors que, sur Twitter, fleurit le hashtag « Jewishprivilege ». Des internautes parlent d’un privilège juif qui existerait. Y a-t-il un nouvel antisémitisme dans cette société qui réapparaîtrait d’une partie de l’extrême gauche et sur fond de conflit israélo-palestinien ?

Les deux se marient assez bien. D’une certaine manière, le Juif s’est blanchi. Aujourd’hui, le Juif est un super Blanc, un Blanc au carré. Par conséquent, le « Jewishprivilege » est à rapprocher du privilège blanc qui a fleuri il y a quelques jours. Il n’est pas étonnant que, sur fond de privilège blanc, il y ait un super-privilège juif. Nous avons des preuves indubitables à travers le massacre de Toulouse où un islamiste a été jusqu’à courir après une petite Juive, l’attraper par les cheveux et lui loger une balle dans la tête, la torture d’Ilan Halimi, madame Knoll, Sarah Halimi, sans compter le nombre d’exactions que je ne peux pas compter et dont je me suis occupé. On voit quel est ce super-privilège.
Lorsqu’on a un Gérard Miller qui veut une rue au nom d’Adama Traoré et qui ne songe pas à une rue Sarah Halimi ou Mireille Knoll, il ne faut pas s’étonner que ce hashtag-là soit le funeste produit du mariage entre l’islamisme et l’extrême gauche.

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