Editoriaux - International - Politique - 28 mai 2019

Manuel Valls, maire de Barcelone ? Caramba, encore raté !

Faute de perspectives en France, après s’être roulé par terre pour intégrer La République en marche, Manuel Valls se voyait un destin catalan. Maire de Barcelone, sa ville natale, par exemple. Aux journalistes du quotidien La Vanguardia, il affirmait : « Je suis un leader. J’ai des défauts, mais j’ai gagné toutes les élections directes auxquelles je me suis présenté. » Quel homme ! Quel “hombre”, comme on dit là-bas.

Dans cet autoportrait en majesté, l’ancien Premier ministre oubliait peut-être sa cuisante défaite aux primaires du Parti socialiste, en 2017. Il est néanmoins vrai que le charisme stellaire de Benoît Hamon n’en faisait pas un adversaire aisé à battre. Fortuitement, les Barcelonais semblent n’avoir pas perçu sa dimension de « leader », ne lui ayant accordé que 13,20 % de leurs suffrages, le plaçant ainsi en quatrième position.

Pourtant, Manuel Valls était parti pour “casser la casa”, sa liste ayant vocation à être « “transversale” et à unir droite conservatrice (Parti populaire) et gauche socialiste (Parti socialiste ouvrier espagnol) en s’appuyant sur les centristes de Ciudadanos. Rien que ça. Le grande problemo, c’est que ces mêmes centristes étaient plus ou moins alliés avec l’extrême droite de Vox, afin de faire chuter les socialistes au pouvoir ; ce qui est toujours délicat quand on convoite les voix de gauche.

Pis, notre hidalgo, à l’occasion d’une manifestation en Andalousie contre l’indépendance catalane, a même défilé avec Vox, ce qui fait toujours un peu désordre quand on se veut ennemi résolu de l’hydre populiste. Bref, Manuel Valls s’est un peu pris les pieds dans la planche à tapas. Dans le même registre de la psychologie appliquée à la chose politique, notre matador partait bille en tête contre les velléités sécessionnistes de la Catalogne, au grand étonnement des populations locales, voyant mal pourquoi et comment un Français venait ainsi se mêler de leurs affaires internes.

Nonobstant, Manuel Valls était fort d’un moral en acier riveté : alors que tous les sondages le donnaient grand perdant de ce scrutin, il persistait dans un optimisme ne pouvant que forcer l’admiration. “Je sens qu’il se passe quelque chose, je sens un déclic”, affirmait-il en meeting. Ben oui. Il se passait effectivement « quelque chose », il y avait comme un « déclic » : les Barcelonais avaient décidé de confier les rênes de la ville à un candidat un brin plus sérieux.

La preuve en est, tel que noté par Le Figaro du 27 mai dernier, que la sauce à paella n’a jamais véritablement pris avec l’autochtone : « Manuel Valls a souffert de l’image d’un candidat arriviste, venu chercher en Espagne la reconnaissance perdue en France, et proche des élites économiques. » Pour tout arranger, les Espagnols peuvent être taquins, comme rappelé par Marianne : « Ses adversaires mettaient le focus sur les épisodes de son passé français qui l’affaiblissaient (baromètres d’opinion défavorables, affaire Leonarda, vidéo des “quelques Blancs, quelques whites, quelques blancos” d’Évry… »

Bref, le tout ajouté à son flirt d’un après-midi avec Vox, et l’infortuné Manu s’est retrouvé rhabillé pour l’été, façon candidat facho de l’espèce chafouine. Quelle blague.

Pourtant, que ses derniers afficionados se rassurent, Manuel Valls ne renonce pas : “Ma candidature était un défi difficile, et je le savais depuis le début. Mais maintenant, mon engagement pour Barcelone continue”. Peut-être brigue-t-il la présidence de la salle des fêtes locale ? Un autre défi à la hauteur de sa grandeur, sans nulle doute.

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