Michel Thooris : “Une fois de plus, on paie les pots cassés de notre générosité, de notre sens de l’accueil !”

L’attaque au colis piégé de Lyon a fait 13 blessés. Un jeune homme “sans histoire”, de nationalité algérienne, âgé de 24 ans, a été arrêté, soupçonné d’en être l’auteur. Le point sur l’enquête en cours avec Michel Thooris au micro de Boulevard Voltaire.

L’attaque au colis piégé à Lyon avait fait treize blessés. Cette explosion était assez impressionnante avec un mode d’action assez inédit dans l’histoire du terrorisme contemporain.

Pour l’instant l’enquête est en cours. D’après les premiers éléments, ce serait un engin explosif improvisé particulier avec un système de mise à feu de détonation assez sophistiqué avec un téléphone mobile. L’électronique a joué dans la conception de cet engin. L’explosif utilisé serait du TATP. C’est un explosif de conception relativement simple et basique, mais extrêmement sensible et très instable qui peut se déclencher à n’importe quel moment.
Les analyses techniques se poursuivent. On attend d’en savoir un peu plus sur la fabrication de cet engin. D’après nos informations, cet engin n’a pas fonctionné comme il aurait dû.
Manifestement, il y a eu un défaut de conception. La chaîne pyrotechnique ne s’est pas faite correctement. En termes de puissance, l’explosion n’a pas été celle que le terroriste attendait.

Le suspect est présenté comme quelqu’un d’équilibré. Ce sont toujours les mêmes profils qui reviennent.

Ce sont toujours les mêmes profils. C’est un jeune de nationalité algérienne. Il est venu sur le territoire et a profité de la générosité de la France pour venir faire des études.  En remerciement, il commet un attentat et tente d’ôter la vie à des Français.
La mère d’une des victimes du terrorisme disait que la France était beaucoup trop naïve dans son approche du terrorisme et de ce type de profils.
Encore une fois, on paye les pots cassés de la générosité de notre sens de l’accueil qui n’est malheureusement pas toujours respecté par ce type de profils.
D’après les éléments de l’enquête, cet individu n’était pas particulièrement connu des services de police. Peu de choses pouvaient laisser prévoir la commission de cet attentat. L’enquête devra déterminer les exactitudes de ces informations, mais il semblerait que des éléments pour la fabrication de l’explosif TATP ont été achetés sur internet. Les premiers éléments d’acquisition individuelle de fabrication de cet explosif remontent à un an ou un an et demi.
Il faudra déterminer si cet individu  était déjà dans le viseur de nos services de renseignements après avoir réalisé ce type d’achat.

Comment lutter contre ce type de profils?
Quelles mesures faudrait-il mettre en œuvre pour l’empêcher d’agir ?

Il n’y a pas besoin d’avoir des dons de médium. Les Américains ont un système d’algorithme qui permet aux agents de surveillance d’avoir une alerte lorsqu’une personne fait des achats ou tape certains mots sur leur moteur de recherche. Par conséquent, ils peuvent ensuite enquêter et voir s’il y a lieu ou non d’avoir une surveillance rapprochée de tel ou tel profil.
Des moyens techniques peuvent être mis en œuvre, mais ces moyens techniques sont très attentatoires aux libertés individuelles. C’est toute la difficulté de savoir ce que veulent la société et les politiciens entre le respect des libertés individuelles et être efficace en matière de lutte contre le terrorisme.
Le TATP est un produit particulier. Tout le monde n’en achète pas. On peut supposer que si on se donnait les moyens de le faire, on pourrait éventuellement identifier ce type de profils en amont, avant la commission des faits.

À lire aussi

Michel Thooris : « Beaucoup de policiers sont proches du burn out »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleAu micro de Boulevard Voltaire, Michel Thooris…