Alors que l’Assemblée nationale paraît être dans la tourmente et le gouvernement dans le potage, le Président jupitérien, du haut de son olympe, serait, lui, en grande forme. C’est tout du moins le bruit qui court dans les rédactions. Ainsi Le Point de ce vendredi 13 titre-t-il : « Comment la crise électrise Macron. »

Lui, pourtant si prompt à rabrouer ses ministres, n’en relèverait même plus les bévues, tel Gabriel Attal annonçant le retour du couvre-feu à Paris avant d’être, dès le lendemain, démenti par Matignon. Bref, aurait la joie primesautière. Les Français seront au moins heureux d’apprendre que le premier d’entre eux se porte comme un charme, tant les motifs de contentement se font rares, ces temps derniers.

Au-delà de cette jovialité, fût-elle de façade, il est à croire que de tout son entourage ayant appris la vie dans les grandes écoles, il serait finalement la seule tête à peu près politique du troupeau. Il est vrai que le général mis à part, car élu durant la tragique période de la guerre d’Algérie, aucun de ses prédécesseurs n’aura connu autant de crises. Le terrorisme a connu des proportions inédites en nos contrées, tandis que Macron doit, de plus, affronter une pandémie, elle aussi inédite, avec pour seule ligne d’horizon une possible crise économique, inédite une fois de plus. Tout comme est inédit le duel verbal l’opposant à Ankara.

D’autres que lui s’en seraient retrouvés le moral en berne : il semble que cela ne soit pas son cas, peut-être parce qu’il se sert de ces événements pour renforcer sa stature. C’est, en tout cas, ce que semblent nous signifier les derniers sondages en date. Ainsi, sa cote de popularité connaît une singulière hausse : 42 % (+4 points) pour BVA, 40 % (+11 points) pour Kantar et 49 % (+6 points) pour l’IFOP. À titre comparatif et à la même période, et Nicolas Sarkozy devaient respectivement se contenter de 31 % et 35 % de bonnes opinions.

Dans le même temps, d’autres bonnes nouvelles sont au rendez-vous. Jean Castex, Premier ministre en berne dans les mêmes sondages, ne lui fait guère d’ombre et, mieux, ne caresse pas d’ambitions présidentielles, au contraire de son prédécesseur. LREM va à vau-l’eau, mais tient encore juste ce qu’il faut. La droite est en miettes et peine à dénicher un candidat présentable afin de faire de la figuration intelligente en 2022. Les Verts, entre féminisation du Tour de France et chasse aux sapins de Noël, semblent assez peu en phase avec l’actualité brûlante qu’on sait. Anne Hidalgo, la plus plausible pour porter les couleurs de la gauche donnée pour être de gouvernement, peine à déclencher l’enthousiasme sondagier. Quant à l’annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, c’est le ruban sur le papier cadeau, étant désormais devenu épouvantail à électeurs.

En face, évidemment, il y a . Fastoche ! Un second tour, un second débat et l’affaire est inzepocket. Seulement voilà, est-ce si sûr ? Tout d’abord, il ne s’agira pas de la même Marine Le Pen qu’il y a trois ans. La preuve en est son actuel positionnement. Certains, même au sein du Rassemblement national, y voient un recentrage alors qu’il ne s’agit que d’une prise de hauteur. D’autres voudraient la voir plus pugnace vis-à-vis de l’actuel Président ? Elle préfère attendre son heure tout en oscillant entre gravité et apaisement. Le président Erdoğan insulte son homologue français ? Elle martèle aux journalistes du Point : « Chaque fois qu’on attaque le président de la République, on attaque mon pays. Vous ne me trouverez jamais en train de justifier des insultes proférées à l’égard d’Emmanuel Macron. »

Résultat ? Cette inquiétude élyséenne, rapportée par le même hebdomadaire : « Autour du chef de l’État, on n’exclut plus, désormais, que Marine Le Pen puisse l’emporter en 2022… »

À la place d’Emmanuel Macron, on serait sûrement de moins bonne humeur…

13 novembre 2020

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