Le dossier du professeur Raoult est lourd. Rappeler les attaques et bâtons dans les roues dont il fut la cible emmènerait le lecteur jusqu’à une heure avancée de la nuit. Quelques minutes après la dernière phrase de sa première apparition médiatique marquante, des spécialistes arrivaient essoufflés sur les plateaux de BFM TV. Son protocole ne marchait pas. Ils l’avaient essayé en route, ça ne donnait rien.

En toute logique, le complotiste moyen fut intrigué par tant de précipitation. L’ensemble des journalistes, eux aussi, savaient que l’hydroxychloroquine était un produit pire que la mort-aux-rats. Tous titulaires d’un doctorat de médecine obtenu par correspondance quelques minutes avant l’émission. Le docteur Patrick Cohen, ex-interne des services de neurologie de France Inter, menait la charge. Le professeur ne passerait pas.

Le complotiste invétéré constatait que les chiffres de mortalité présentés comme beaucoup moins élevés qu’ailleurs par le professeur n’étaient pas contestés. Le débat semblait se situer sur d’autres terrains : pas d’étude randomisée, la couleur de sa blouse, la longueur de sa barbiche, infraction à la déontologie et autres charabias hors sujet dans le contexte d’un virus galopant. Avait-il, oui ou merde, des résultats tangibles et encourageants sur les patients que son service admettait ? Le téléspectateur soupçonneux resta sur sa faim. Les débatteurs parlaient d’autre chose.

Contre toute attente, le guerrier Macron ne nommait pas une commission d’experts chargée de vérifier le sérieux des résultats publiés par l’IHU de Marseille. Sous réserves d’un groupe constitué de scientifiques de haut niveau et dépourvus de conflit d’intérêt, sa conclusion eût clos le débat. Il n’en fut rien.

Avec un retard à l’allumage inexpliqué, le Conseil de l’ordre des médecins se décide, enfin, à porter plainte contre l’infâme tueur de malades marseillais. Griefs multiples. Très grosse ardoise : « violation de la confraternité, information erronée du public, exposition à un risque injustifié, infraction au Code de déontologie », manquements à ceci et cela, et le drôlatique « utilisation de traitements non validés », explique Le Point. Dans l’attente d’un traitement estampillé par les instances valideuses, le malade est invité à remettre son décès au lendemain.

Là encore, l’amateur de complots – décidément détraqué – se demande comment il est possible que, dans cette foule de plaignants, ne figure aucun des patients soignés par les services du professeur Raoult. Ne doutons pas que le moindre mécontent eût croulé sous les invitations des chaînes d’info. Tapis rouge et champagne à volonté.

De curieux procès dont sont absentes les supposées victimes… Un protocole nuisible qui n’aurait généré, jusqu’à preuve du contraire, aucun incident ? Les complotistes finiront dans l’un des 50 « super-congélateurs » achetés par Olivier Véran pour stocker les vaccins Pfizer.

13 novembre 2020

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