Église Saint-Gault : le maire réaffirme son entêtement à la détruire

Dès lors que des solutions existent, rien ne peut justifier un tel acharnement à démolir l'église du village.
© Urgences Patrimoine
© Urgences Patrimoine

On pensait qu’à Quelaines-Saint-Gault, la question de l’église était sur de bons rails, ceux de sa conservation. Après des mois d’alerte et de bataille, l’association Urgence Patrimoine avait conforté sa position. Plusieurs repreneurs sérieux, dont Reynald Sécher, s'étaient manifestés. Le tribunal administratif de Nantes avait reconnu que la démolition de l’église contrarierait « la préservation du patrimoine architectural identitaire de la commune ». C’était sans compter la volonté du maire – pour ne pas dire son entêtement – qui tient à tout prix à la détruire.

Rappelons les données du problème. Le village mayennais de Quelaines-Saint-Gault a cette église qui lui pèse. Elle est en mauvais état, dit le maire, Laurent Lefèvre – ce que contredit un rapport de l'architecte des Bâtiments de France. D'ailleurs, lorsque les cloches y ont sonné une dernière fois, en février dernier, le clocher ne s’est pas effondré, ce qui tend à prouver que l'église est solide. Le village n’a pas les moyens de la rénover ni de l’entretenir, dit encore le maire. Sauf que la commune a budgété à 120.000 euros sa destruction, somme avec laquelle il serait aisé de réparer l’édifice.

 

Une esthétique de rond-point

Dans l’esprit du maire, il ne la détruit pas. Son projet ressemble à une mauvaise farce. Il en garde un bout de mur, une statue, un vitrail, le tout agrémenté d’un jardinet qui ressemble à un parking, délimité par un muret. Cela, pour respecter « la valeur patrimoniale et symbolique de ce lieu », dit le compte rendu du conseil municipal du 10 juillet, que BV a pu consulter. Là, monsieur le maire se fait éloquent et enfonce les plus belles envolées de Maurice Barrès. « C’est dans cet esprit qu’a été élaboré un projet d’aménagement d’un lieu de mémoire, destiné à rappeler l’histoire de cette église, à honorer les générations qui y ont vécu les grands moments de leur vie et à transmettre cette mémoire aux générations futures. » Cynisme ? Ou sincérité d’une esthétique de rond-point ?

Parallèlement, le conseil municipal « REAFFIRME la volonté de conserver la propriété de ce patrimoine. Il n’est pas envisagé de céder cet édifice, quelle que soit la proposition formulée. » C’est sa chose. Il préfère la casser que de la transmettre à quelqu’un qui l’entretiendrait. Alexandra Sobczak-Romanski, présidente d’Urgences Patrimoine, avait justement « l’espoir d’une décision dictée par la sagesse, explique-t-elle à BV, vu l’abondance et le sérieux des propositions de reprises. Celle de Reynald Sécher, mais aussi celle d’entrepreneurs locaux qui souhaitent restaurer l’église et la rendre au culte. » Ces solutions, le maire les repousse d’un geste dédaigneux de propriétaire.

Le sort de ces églises qui n'ont rien de remarquable

La franchise du discours municipal n’est qu’apparente. « Les éléments de langage sont trompeurs, nous dit Alexandra Sobczak-Romanski. Aux gens comme aux institutions, ils peuvent laisser croire à un projet patrimonial vertueux, alors que la réalité est celle d’un projet calamiteux. » Reste à espérer que les services du ministère de la Culture, et Cathérine Pégard tout spécialement, lisent soigneusement le dossier que leur a remis Urgences Patrimoine. Son prédécesseur rue de Valois, Rachida Dati, n’avait pas bougé le petit doigt.

Ce que veut Alexandra Sobczak-Romanski, c’est une inscription d’office. Pour le moment, « une église qui n’est pas protégée est à la merci d’un élu qui se lève un matin en décidant sa destruction. Ce n’est pas acceptable, et c’est un très mauvais exemple pour les autres maires », explique-t-elle. Et de détailler : « D’où mon idée d’un troisième degré de protection qui n’induirait pas de subventions mais qui protégerait les édifices, spécialement les églises rurales. » La fragilité de leur situation est qu’elles ne sont pas un patrimoine « remarquable », au sens que le ministère de la Culture attache à ce mot. Par leur identité même, villageoise, paysanne, elles sont modestes. Méritent-elles pour autant d’être démolies ou de finir comme muret souvenir ? En ce cas, « patrimoine » ne serait plus qu’un vain mot.

Édifice en sursis

La lutte pour la préservation du patrimoine n’est pas un long fleuve tranquille. Les coups bas se jouent début juillet, lorsque les ministères passent en mode vacances et où les messages ne trouvent aucun écho. « Malgré la décision du maire, les repreneurs éventuels ne jettent pas l’éponge – ni Urgences Patrimoine ! », nous dit avec force la présidente de l’association, à qui il en faut davantage pour abandonner le combat. L’église Saint-Gault est en sursis. Le recours au fond devant le tribunal administratif bloque la destruction. Pour Alexandra Sobczak-Romanski, vacances ou pas vacances, « Catherine Pégard doit trancher, et vite » : une inscription d’office protégerait la petite église mayennaise.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Il y a toujours moyen d’utiliser autrement un tel lieu. En faire par exemple un dispensaire médicale voire même un commerce multifunction, un lieu de formation d’apprentis du bâtiment etc… et pourquoi pas de réinsertion de jeunes délinquants.

    • Et tous ces joueurs de foooot éliminés de la coupe du monde, pourquoi ne viendraient-ils pas aider à reconstruire gratuitement cette église? Deux religions pour un seul Dieu…Un bel exemple de solidarité et du « Vivre ensemble »….

  2. 120 000 Euros pour détruire ! Combien pour consolider ? Sans doute beaucoup moins, voire même gratuitement. Ou bien les Quelainais sont riches à jeter l’argent par les vitraux ou bien ils sont otages d’une idéologie qui ne sait pas tenir sa « bougie droite » ni respecter leur héritage culturel et spirituel.

  3. dans cette église ont été célébrés de nombreux batêmes, mariages, les enterrement – cette église fait partie de la vie de cette commune – honte pour ce maire têtu – honte à ce maire qui ne respecte pas ses ancêtres – ses origines – sa culture – une église n’est pas juste un tas de pierres – c’est un symbole – c’est une image de nos communes – je suis agnostique – mais je prends plaisir de visiter des églises – témoins – qui méritent d’être préservés et respectés – et cela compte même pour des églises moches M Jose Bovo – car ces petits églises moche (selon vous) nous montrent que tous les villages n’étais pas riche dans l’histoire pour construire des cathédrales – mais tous les églises embellissent nos villages

    • Il n’y a que les MURS des églises anciennes qui appartiennent à la municipalité, le reste appartient à la mémoire collective. En fait, on peut comparer à un commerce : les murs et le fonds de commerce, c’est à dire la clientèle. Les églises, c’est-à-dire les bâtiments sont la propriété de la commune mais leur utilisation revient, en principe, au clergé… sauf si l’église a été désacralisée… Je ne sais pas quelle est la situation de l’église de Quelaines-St-Gault… ??? Sur le plan juridique, il devrait être interdit à quiconque de détruire quelque bâtiment que ce soit qui appartiendrait à la mémoire collective.

  4. Que disent les Quelainais de l’initiative du maire qu’ils ont élu ? S’il ne sont pas d’accord, il ne doit pas être bien difficile de rassembler une majorité des 2152 habitants pour lui dire ce qu’ils en pensent… Mais, sachant qu’il a été elu dès le première tour avec 100% des voix, ils sont d’accord pour voir détruit leur patrimoine…

  5. Une église est devenue dans la France de 2026, un « lieu de mémoire »…On connaissait l’ « îlot de fraicheur » mais le lieu ou l’ilot de mémoire, c’est encore mieux. Ah si les mosquées étaient cela aussi, juste pour voir les réactions !

    • 100% des Queelainais !… et au premier tour.
      Mais ils sont très futés ces gens là : alors que plusieurs repreneurs sérieux, dont Reynald Sécher, s’étaient manifestés pour remettre cette église en état sans que ça leur coûte un centime, ils préfèrent que la mairie dépense 120 000 euros de leurs impôts pour la démolir… Des références, les Quelainais.

    • bravo à vous – dernier croyant de démocratie en France – vous avez déjà oublié la mascarade des élections municipales 2026 – dans 80% de communes on a présenté 1 seule liste aux élection – le gouvernement a insisté pour que les citoyens aille voter – mais personne a expliqué la réforme de parité et son influence sur le résultat des élections – dans 80% de communes privée de pouvoir de panacher les listes (barrer un nom ou un autre sous prétexte de parité) on devrait rougir en évoquant la démocratie on devrait hurler devant le siège du gouvernement et l’Assemblée Nationale – gaspillage électoral – pourquoi dépenser des millions pour des élections à deux vitesses – 80% de communes – vote pire qu’en l’URSS – vote réduit en confirmation sans aucun choix démocratique – frais des votes – inutiles et non démocratiques
      – 20% de communes – des villes Paris Lyon etc. ou on a « voté » + –
      mais Quelaines-Saint-Gault n’avait qu’une liste aux élections L’EXPERIENCE D’HIER, L’ELAN DE DEMAIN
      et bien monsieur le Maire élu aux suffrages à la soviétique – votre expérience d’hier vous motive pour abattre une église – quel courage

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