Interruption du concert de Barbara Butch : la fin de la convergence des luttes ?
Samedi soir, la désormais bien connue DJ Barbara Butch devait se produire à Grenoble dans le cadre d’un festival de musique, le Cabaret Frappé, organisé par la municipalité. Sa prestation n’aura pas duré plus de vingt minutes puisque, sous les sifflets, les doigts d’honneur, les cris voire les jets de bouteilles, comme le rapporte La Dépêche. Elle aura été obligée de s’interrompre. Faut-il accuser le mouvement Civitas, dont certains membres ont été mis en garde à vue quand ils ont dénoncé la performance artistique de la même Barbara Butch dans l’église Saint-Laurent, à Paris, en juin dernier ? Faut-il y voir la violence d’intégristes catholiques encore choqués par sa prestations à la cérémonie des Jeux olympiques ? Non, explique La Dépêche, « depuis plusieurs semaines, la venue de l’artiste faisait polémique. L’antenne grenobloise de La France insoumise appelait au boycott du spectacle, reprochant à Barbara Butch d’avoir signé une tribune en soutien à la proposition de loi Yadan visant à "lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme". »
Une icône LGBTQ+ engagée
Pourtant, Barbara Butch a vraiment tout pour plaire à la gauche, puisque c’est une « figure des nuits parisiennes LGBTQ+ qui a notamment participé à la parodie controversée de la Cène lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en juillet 2024 », comme la décrit Télérama, mais aussi une militante LGBT et une figure de la lutte contre la grossophobie. Autrement dit, Barbara Butch pourrait être une parfaite incarnation de tout ce que la gauche prétend défendre comme minorités. Pourtant, explique France 24, celle qui est « devenue un symbole [à] son corps défendant[,] celui de la lutte pour l’inclusion, contre l’homophobie, la grossophobie [et qui] aime se présenter comme une militante de l’amour […] n’imaginait pas se retrouver au cœur d’un déferlement de haine, sans cesse renouvelé », puisqu’« après la campagne mondiale de cyber-harcèlement subie lors des Jeux olympiques en 2024, la directrice artistique de la Nuit blanche 2026 est de nouveau victime de haine en ligne, essentiellement antisémite cette fois ». Ce qu’on lui reproche, à présent, ce ne serait pas, comme l’écrit le média, d’« être une grosse femme juive lesbienne » mais d’avoir signé, en mars dernier, dans Le Point, la tribune de soutien à la loi Yadan qui visait « à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ».
Signature de la tribune pour la loi Yadan ...
Dans cette tribune, « associations engagées contre le racisme et l’antisémitisme, intellectuels, chercheurs, artistes » affirmaient leur soutien à la proposition de loi de Caroline Yadan « parce qu’une haine que l’on croyait reléguée aux abysses de l’Histoire resurgit aujourd’hui avec une force inquiétante ». Dénonçant une « haine [qui] se manifeste au grand jour[, qui] s’installe, persiste, se banalise parfois, et s’assume de plus en plus ouvertement », les signataires, dont Barbara Butch, mais aussi Bernard Cazeneuve, Gérard Darmon ou Boualem Sansal, par exemple, prenaient la défense de cette proposition de loi qu’ils considéraient comme nécessaire et qui « ne v[enait] pas clore un débat [mais] en fixer les limites [sans] restrein[dre] la liberté d’expression ». Retirée de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale en avril dernier, explique Le Monde, cette proposition de loi controversée voulait « dénoncer un antisémitisme camouflé derrière un antisionisme radical ». Elle a été, depuis, enterrée et plus ou moins remplacée par un projet de loi, présenté par Aurore Bergé, de « cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l’antisémitisme », le 9 juillet dernier, comme le rapporte encore Le Monde.
Et de la fin de la convergence des luttes de gauche ?
Mais pour Barbara Butch, c’est trop tard : en signant cette tribune de soutien, elle a manifestement signé, aussi, la fin de la convergence des luttes. En effet, le président du groupe LFI au conseil municipal de Grenoble se félicite, sans vergogne, d’avoir réussi à faire taire la DJ, samedi soir dernier. Sur X, Allan Brunon remercie Grenoble avec un drapeau palestinien, avant d’écrire : « Nous avons tout fait pour obtenir la déprogrammation de Barbara Butch, mais la mairie écologiste et le @Cabaretfrappe ont maintenu. Ce soir, les Grenoblois ont manifesté nombreux pacifiquement et Grenoble a décidé : jamais nous ne nous tairons face au génocide à Gaza et à ceux qui soutiennent des lois pour faire taire les militants palestiniens. » Même devant le tollé politique et médiatique, l’élu insoumis n’exprime aucun regret, au contraire, révèle Le Parisien, d’après l’AFP. Il dit être « […] extrêmement fier d’avoir participé à cette manifestation pacifique ».
À LFI, la ligne du parti ressemble à un fil de rasoir ...
Manifestation pacifique ? Il faut le dire un peu vite, pourtant, puisque les vidéos publiées par les médias locaux sur les réseaux sociaux ainsi que le message publié par le maire écologiste de Grenoble, Laurence Ruffin, disent le contraire. « Les événements survenus hier soir sont d'une extrême gravité », écrit le maire, sur Facebook : « Une artiste a été prise pour cible en plein spectacle par des jets de bouteilles et divers projectiles dirigés vers la scène. Des actes de sabotage des installations électriques ont également été commis, mettant en danger le public, les équipes techniques et les artistes », continue l’édile, selon qui « ces violences ont conduit à l'interruption du concert ». La ville « déposera une plainte ». Pour les grands chefs de La France insoumise, il s'agit maintenant d'avancer sur une ligne de crête pour ne pas fâcher leur électorat : « Sur France Info, le coordinateur national de La France insoumise Manuel Bompard a défendu la présence des militants pro-palestiniens à Grenoble, samedi soir », explique, en effet, Le Parisien, qui ajoute que le député des Bouches-du-Rhône et bras droit de Jean-Luc Mélenchon a tout de même affirmé que « s’il y a eu des insultes, elles sont absolument inacceptables ». Pour LFI, la ligne de crête garantissant la convergence des luttes ressemble de plus en plus à un fil de rasoir ...
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25 commentaires
Ça ne vous rappelle rien ? Robespierre, figure de la révolution, président de la convention en 1793, guillotiné par les siens en 1794… Barbara Buch (toutes proportions gardées bien sur), égérie de la gauche lors des Jeux Olympique en 2024, conspuée et interdite de se produire par la même gauche en 2026… Parce qu’elle est juive…
En même temps et après cette belle démonstration, LFI entendait aller déposer une gerbe devant le monument à la mémoire des actes antisemites à Grenoble. Ils osent tout…
Toujours le principe infaillible et perpétuel: les révolution dévorent leurs enfants.
C’est bien connu, la révolution dévore ses propres enfants. A qui le tour ?
Je ne plains pas cette femme qui voit ainsi quels côtés politique et idéologique elle a choisi.
Je n’apprécie pas cette dame mais l’antisemistisme est une horreur…et interrompre un concert une monstruosité.
Ca est , la dictature de la pensée s’installe .
Tous ceux qui ne correspondent pas au profil seront exclus, à moins d’une totale allégeance. Mais ils ne le savent pas encore.
Ce que je retiens de cette semaine c’est qu’après avoir refusé de lutter contre la pédophilie à l’assemblée nationale, LFI par son antenne grenobloise, affirme ouvertement son droit à l’antisémitisme. Il est clair désormais que dans la convergence des luttes il y a une hiérarchie, et que les LGBTQetc ne sont pas en haut de la pyramide.