Comme il était facile de le prévoir, le rapport de Frédéric Thiriez a été très contesté par le directeur de l’École nationale de la magistrature Olivier Leurent d’une part, et, d’autre part, par l’Union syndicale des et le Syndicat de la magistrature.

Je me demande si, un jour, il existera un magistrat, une magistrature contente de son sort, prête à changer.

Ce n’est pas dire que toutes les remarques formulées par Olivier Leurent soient sans intérêt, bien au contraire, mais pourquoi toujours cette tonalité systématiquement critique face un travail conséquent dont le seul tort est de vouloir réformer la haute fonction publique à laquelle appartient naturellement l’institution judiciaire ?

Apparemment, c’est là où le bât blesse puisque Olivier Leurent affirme que le « magistrat n’est pas un haut fonctionnaire, sa mission est d’être le gardien de la liberté individuelle ».

Est-ce si sûr que cela ? Le magistrat n’est pas seulement un gardien mais un pacificateur, un restaurateur, une personnalité qui noue et dénoue, ordonne et réprime, console et protège. Gardien de la liberté individuelle, c’est beau, noble, mais cela masque le fait capital que l’institution doit être d’abord au service de la société.

La première devrait, un jour, s’interroger sur ce qu’elle peut offrir à la seconde, sur ce que cette dernière a le droit d’exiger de la Justice. On raisonne toujours à l’envers. C’est le citoyen qui a une créance et, chaque jour, les magistrats ont pour mission de payer leur dette démocratique et, en matière pénale comme dans les autres secteurs du droit, de répondre aux attentes de tous ceux qui viennent les solliciter.

Quand le Syndicat de la magistrature ose dénoncer la philosophie du rapport qui « dénote une banalisation du rôle de l’institution judiciaire », on se demande dans quel monde on est.

Malheureusement, ce n’est pas d’aujourd’hui que la « banalisation » a commencé mais dès lors que l’orgueil d’exercer cette belle profession a été remplacé par l’aigreur des gémissements constants et des revendications permanentes, que le magistrat s’est beaucoup plus soucié de lui que des autres. Les grands espaces d’une régulation humaine et sociale ont tourné trop souvent en une épicerie corporatiste. En une indifférence à l’égard de la rapidité et de l’efficacité. Pourtant service public, quelle impérieuse et magnifique obligation !

Comment ce syndicat fait-il semblant d’oublier que, responsable du mur des cons, il a fait pire qu’opérer une banalisation mais opéré une dégradation, une dévastation dans la tête de tous les républicains ?

Tout de même, dans cette morosité hostile, une voix à contre-courant, celle de la secrétaire générale d’Unité magistrats (FO), qui se félicite, pour une meilleure gestion des carrières, de la proposition d’un Institut des hautes études du service public qui serait créé sur le modèle de l’École de guerre.

Le magistrat n’est pas qu’un gardien. Il est bien plus.

Mais que l’institution cesse de se parler à elle-même : le citoyen ne l’entend pas.

Extrait de : Justice au Singulier
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