« Levez-vous vite, orages désirés ! » Cet appel romantique que Chateaubriand prête à René connaît aujourd’hui une relecture machiavélique avec Macron. Plus les orages éclatent, plus le marchand de paratonnerres fait fortune, comme dans une chanson de Brassens. Autrement dit, on remplace les annonces positives sur un bilan satisfaisant par une communication effrénée sur les menaces et les problèmes pour montrer à quel point le gouvernement et le chef de l’État, Big Brother, veillent sur vous. Un policier de plus est victime de l’ensauvagement et le « premier flic de France » est sur place pour soutenir ses troupes. Une catastrophe frappe le Liban et le « Président » est le premier à Beyrouth, avec des secouristes et de l’aide matérielle.

Cette agitation privilégie éhontément la communication au détriment de l’action efficace. Le fond du tableau est constitué par l’épidémie. Quelle que soit la réalité du danger, c’est un merveilleux moyen de maintenir la peur, de multiplier les interdictions et les obligations, lesquelles vont surtout opérer sur les citoyens conformistes satisfaits de se plier à toutes les nouvelles règles auxquelles ils sont soumis et qui mêlent le désir égoïste de préserver sa santé au devoir de ne pas nuire aux autres. Une franche collaboration fleurit entre le berger et ses moutons.

Évidemment, les loups ne sont pas concernés par la discipline collective. La délinquance, la violence augmentent, mais là encore, faute d’une véritable répression épaulée par la Justice, on se contente de multiplier les déclarations.

L’accent rocailleux, très « terroir », du Premier ministre est destiné à donner l’illusion de l’authenticité. Jamais, cependant, la supercherie n’a été aussi grosse. Alors que l’épidémie avait été minimisée et que cette imprévoyance avait provoqué des pénuries au moment où le virus sévissait, l’État joue les pompiers déterminés quand le feu est pratiquement éteint. Alors que la violence quotidienne et le refus de l’autorité se répandent comme un autre virus, ce n’est pas une action cohérente et univoque de restauration de l’ordre qui prévaut, mais l’éventail des déclarations ciblées sur des publics différents et parfois opposés.

Le clou du spectacle dont la mise en scène est impeccable, c’est le Président sur son registre, à l’international, au secours du Liban, prenant son bain de foule parmi les Libanais en colère, exploit bien improbable en France. Pendant plus de trois ans, il a plutôt alimenté la guerre en Syrie en s’opposant à la reprise en main de l’ensemble du pays par son État souverain. Cette situation est, en partie, la cause de l’effondrement économique du Liban, notamment à cause du retrait saoudien à l’égard du Hezbollah et des moyens limités de l’Iran, appauvri par les sanctions américaines, qui soutient ce mouvement chiite. Et voici qu’à Beyrouth débarque le Sauveur, qui promet l’engagement d’un pays lui-même surchargé de dettes et qui, surtout, s’immisce clairement dans la politique intérieure libanaise en proposant un nouveau pacte interne.

Certes, il y a la colère de la foule… Mais peut-on y voir l’expression d’un peuple ? Le Liban est un pays structurellement communautaire, car à l’abri du mont Liban se sont réfugiées, fuyant les persécutions, les minorités maronite, melkite, arménienne, orthodoxe, druze, alaouite et chiite. La France est la mère du Liban, qu’elle a créé autour de cette communauté maronite avec laquelle elle avait entretenu des relations privilégiées depuis les croisades, en fait. Qu’elle doive jouer un rôle primordial dans les secours apportés aux Libanais après la terrible explosion qui a dévasté Beyrouth et tenir sa place dans la refondation de la politique libanaise est une évidence, mais on peut craindre que les propos intempestifs de M. Macron, destinés à le faire briller aux yeux des Français, soient inopérants auprès des dirigeants libanais et compris diversement par les communautés qui composent le pays. Pour l’instant, faisons en sorte que des aides soient apportées aux Libanais, par la France dans la mesure de ses moyens, et par les ONG françaises, notamment chrétiennes, qui depuis longtemps œuvrent au Liban.

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