Le Monde nous apprend, vendredi, que lors des journées rentrée LRM à Avignon, le week-end dernier, l’heure était à « l’euphorie » dans les rangs de la majorité : certes, en public, les mines sont graves, surtout depuis l’arrivée d’Éric Zemmour dans le jeu, ce qui nous a valu des mots historiques sur ce « nouveau virus » à combattre, mais « en coulisses », « un climat d’euphorie règne au sein de la majorité » et « avant même l’annonce de candidature de ce dernier, ces fidèles se projettent déjà dans « l’après », en partant du principe que l’actuel favori sera bien le vainqueur final ». Logique, pour des hommes pressés ayant des carrières à poursuivre.

Et, somme toute, ces petits ou grands macronistes auraient quelques raisons de penser le match plié d’avance puisque, comme le rappelle Le Monde, « alors que la gauche, la droite et même l’extrême droite apparaissent divisées à six mois du scrutin élyséen, de nombreux députés et ministres voient déjà réélu, en se basant sur les sondages, où le chef de l’État est crédité invariablement de 24 % à 26 % des intentions de vote au premier tour ». Ces mêmes sondages qui perdent le nord quand ils placent Éric Zemmour à 17 % mais qui disent vrai quand ils annoncent le triomphe d’Emmanuel Macron.

Pourtant, la Macronie devrait modérer cet enthousiasme.

D’abord, si on a beaucoup parlé, ces derniers temps, du théorème du 3e homme de toute présidentielle  – une bulle – au sujet d’Éric Zemmour, on a un peu oublié l’autre théorème de toute présidentielle : celui de l’invariable favori de tous les sondages, 14, 12, 10, 8 mois avant : Giscard en 1981, Barre en 1988, Balladur en 1995, Jospin en 2002, Juppé puis Fillon en 2017. Macron occupe exactement cette position. Et il est Président sortant, comme Giscard en 1981. Un atout et un handicap. Surtout s’il devait être amené à endosser, comme Giscard en 1981 face à la gauche, l’héritage des quarante dernières années, dans une élection que l’on pourrait qualifier de « grande alternance ». Et n’oublions pas qu’en réalisant un score de 28 % au premier tour (bien au-dessus de celui prêté à Emmanuel Macron), Giscard fut battu par un Mitterrand à 25 %.

Ce n’est pas la seule faiblesse d’Emmanuel Macron. Nous avons assez répété que sa principale force reposait sur la réédition de son duel avec Marine Le Pen. Or, le scénario n’est plus assuré. Comme l’écrit Nicolas Gauthier, Éric Zemmour fait turbuler les stratégies de et du RN. La Macronie se rassure en se réjouissant de cette nouvelle division. Sans vouloir voir que cela change tout, y compris pour le candidat Macron. En apparaissant dans un sondage comme qualifié pour le second tour, la campagne présidentielle et le débat – jusqu’au débat télévisé du second tour – changent totalement.

Et puis, il y a les raisons de fond, les échecs majeurs d’Emmanuel Macron en regard des promesses de 2017.

Sur l’immigration, Éric Zemmour, qui a réussi, comme il le disait, à « imposer son sujet dans la campagne », sera invariablement là pour le lui rappeler : « Il n’a pas bougé le petit doigt. » L’agitation récente de Gérald Darmanin ne fait que le souligner.

Mais il y a pire, pour Emmanuel Macron, le réformateur libéral, c’est son échec patent dans le domaine qui aurait dû être son point fort. Sur les sujets de l’assistanat, de la dépense publique, des retraites, de l’imposition du travail, le bilan est nul : aucune réforme de fond. Le Figaro ne peut que constater, ce samedi, que « Macron [est le] premier Président depuis Mitterrand en 1981 à ne pas réformer les retraites au cours de son mandat ». Pire : il a réussi le tour de force de mettre à nouveau des millions de Français dans la rue sans réformer ! Sur le coût du travail pour les indépendants, les auto-entrepreneurs qui avaient cru à ses promesses de 2016-2017 ont un goût amer : ils doivent toujours laisser à l’URSSAF le quart de ce qu’ils en encaissent. Alors, nous répondra-t-il, il y a eu le Covid et le « quoi qu’il en coûte ». La belle affaire ! Les réformes de fond, c’est dès qu’on arrive à l’Élysée qu’on les fait, quand on se veut réformateur.

Que restera-t-il à Emmanuel Macron ? Sa gestion du Covid ? L’Europe ? Il y aurait beaucoup à redire, aussi. Un signe ne trompe pas : il se réfugie sur les sujets symboliques : aujourd’hui, l’anniversaire de l’abolition de la peine de mort. Mais les Français se contenteront-ils de symboles et de communication ?

Echec sur le régalien, échec sur les questions économiques : il y a là un boulevard pour un candidat de droite solide sur ses deux jambes. Et ne me dites plus que c’est un fantasme.

9 octobre 2021

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