Décidément, Macron n’en rate pas une ! Après ses propos sur l’île de Guyane, l’absence de culture française, les Comoriens en kwassa-kwassa et les gens qui ne sont rien, notre Président qui se voudrait bien roi se lance dans l’aventure coloniale. Moi, Monsieur, j’ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako… Et les Noirs, ça me connaît !

Sans doute inspiré par les mânes de Jules Ferry (“Le devoir des races supérieures de civiliser les races inférieures”), M. Macron s’est exprimé le 8 juillet, en marge du G20 à Hambourg, au sujet du continent africain. La manière dont il l’a fait n’a rien à envier aux républicains radicaux de 1885.

“Le défi de l’Afrique”, “il est civilisationnel”. “Quels sont les problèmes de l’Afrique ?” “Les États faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est […] l’un des défis essentiels de l’Afrique.” “Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.”

On ne savait pas le Président français féru de démographie, en plus de géopolitique. Quoi qu’on puisse difficilement lui donner tort sur la question des États faillis, due à un mélange de corruption, de guerre, d’exploitation des ressources par quelques puissances internationales et d’incapacité des élites africaines – pour de multiples raisons – à mettre en œuvre dans leurs pays les enseignements tirés de nos universités et grande écoles. Mais le reste du propos est insultant. Et proprement réducteur.

La transition démographique est le phénomène au cours duquel une population donnée voit son taux de mortalité baisser, ce qui induit un accroissement naturel de la population puis, dans une seconde phase, généralement liée à une amélioration des conditions économiques, la natalité baisser à son tour. En Europe, elle s’est déroulée à partir de 1750, avec de fortes variations d’un pays à l’autre. En Afrique, elle n’est pas accomplie. Il s’agit d’un mécanisme complexe, impossible à analyser en peu de mots, qui signifie cependant qu’un pays atteint un stade de développement inconnu auparavant.

Ce qu’il faut, cependant, retenir de l’Histoire, c’est que cette transition se fait lorsque les conditions de vie s’améliorent. Et, de nombreuses études l’ont démontré, la vitalité démographique d’un pays est un facteur de croissance. Chacun se souvient de Michel Debré incitant les Français à faire des enfants sur une grande échelle…

Macron raisonne en malthusien, du nom de ce pasteur écossais qui pensait que la condition du développement économique était la baisse de la population. C’est l’idéologie répandue à l’ONU et dans les institutions internationales. Elle procède d’un pur égoïsme, de la volonté des riches de se protéger des pauvres. Pauvres qui se laissent rarement faire, et qui finissent toujours – le nombre aidant – par envahir les riches. On le voit avec l’immigration de masse.

Mais la question n’est pas de déverser des milliards sur les pays sous-développés, elle est de leur permettre de former, de conserver leurs élites et de leur donner les moyens d’exercer leurs talents au service de leurs peuples, pour améliorer leur condition. La tâche est titanesque, redoutable de complexité, mais inéluctable. Ce n’est pas en donnant la pilule aux Africaines qu’on réglera les problèmes de l’Afrique et qu’on réduira le torrent de migrants vers les rivages européens.

Mais cela, sans doute, ne correspond pas à la vision des financiers qui mènent la politique du monde “civilisé”.

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