« On bafoue l’interdiction de modifier le patrimoine génétique de l’humanité ». Juriste à la fondation Jérôme-Lejeune, Lucie Pacherie détaille les aspects moins connus de cette loi bioéthique souvent trop rapidement résumée aux sigles PMA-GPA. En réalité, cette loi rendra l’embryon humain cobaye de manipulations aussi douteuses que dangereuses. Les scientifiques devenus apprentis sorciers pourront ainsi créer des embryons chimériques (homme-animal) et transgéniques.

 

 

Vous êtes juriste à la fondation Jérôme-Lejeune. En quoi cette fondation est-elle concernée par le projet de loi bioéthique ?

 

La fondation Jérôme-Lejeune est une fondation scientifique et médicale qui poursuit trois missions statutaires : chercher un traitement pour la trisomie 21, soigner les personnes trisomiques 21 ou atteintes d’une maladie génétique de l’intelligence. Pour cela, la fondation finance l’institut médical Jérôme-Lejeune, qui est le premier centre de soins en Europe. Et, enfin, la fondation Jérôme-Lejeune a une mission statutaire de défense des personnes trisomiques 21, mais aussi de toute personne, de la conception naturelle à la mort naturelle. Ces trois missions statutaires sont inspirées de l’œuvre de Jérôme Lejeune, qui soignait les personnes trisomiques 21 en tant que médecin et chercheur. Il prenait également part au débat public et s’est fait l’avocat de ses petits patients et de toute vie à naître.

Dès 1994, le professeur Lejeune s’intéressait aux questions bioéthiques qui concernent l’embryon humain qui est membre de notre espèce humaine et doit être protégé par la société tout entière. Or, les lois bioéthiques parlent de la procréation médicalement assistée avec la création d’embryons humains en laboratoire, leur tri et le fait de pouvoir les jeter si on ne les implante pas ou s’ils ne sont pas qualitatifs.

La PMA pour toutes est un sujet sociétal et elle a une conséquence bioéthique : en ouvrant la procréation médicalement assistée à toute personne, on va pouvoir auto-conserver nos gamètes pour pouvoir procréer artificiellement quand on le voudra. Donc, on entre dans l’ère de la technicisation et de la procréation, comme un moyen de progrès.

Or, ce qui est en jeu, c’est la conscience que l’on a de ce qu’est l’embryon humain.

Il ne faut pas oublier que le projet de loi bioéthique comporte énormément d’enjeux pour la recherche sur l’embryon humain, la création d’embryons humains chimériques, transgéniques (embryons génétiquement modifiés) ou encore sur le fœtus avec l’interruption médicale de grossesse tardive.

 

Ces manipulations sur l’embryon vont-elles être légalisées ?

 

L’article 17 du projet de loi en parle. Une des transgressions phares de ce projet de loi est de rendre l’embryon humain cobaye, comme c’est le cas depuis longtemps. Ce n’est pas nouveau d’utiliser l’embryon humain en laboratoire. En revanche, ce qui est nouveau, c’est de rendre l’embryon totalement disponible pour les chercheurs pour de nouvelles expérimentations douteuses et dangereuses pour l’humanité et pour notre espèce.

Avec la création d’embryons transgéniques, on dispose d’embryons pour pouvoir tester ces ciseaux moléculaires, retirer un gène ou en ajouter un. Cela a une grave conséquence, car sur la plus jeune forme de l’être humain, on modifie son être même. Quand on modifie l’embryon, on modifie aussi ses cellules germinales et, donc, on modifie ses cellules et sa potentielle descendance. On bafoue ainsi les principes les plus forts et les plus protecteurs : l’interdiction de modifier le patrimoine génétique de l’humanité.

 

Beaucoup pensent que l’embryon n’est pas une être humain mais un amas de cellules qui peut donner, à la fin, un être humain.

 

Oui, depuis que l’on fait de la PMA en France, depuis quarante ans, on a perdu la conscience de ce qu’est l’embryon humain, un être humain à part entière unique, qui a son patrimoine génétique unique. Aujourd’hui, l’embryon est considéré comme un tas de cellules.

De plus, on tombe dans une dérive complètement scientiste où il faut intégrer dans le droit ce que la science peut faire.

Or, depuis quinze ans, on fait de la recherche sur l’embryon humain en France et il n’y a pas de résultats pour soigner à base de ces cellules souches. Dans l’Hémicycle, le gouvernement et les rapporteurs du texte nous disent, à chaque lecture, qu’on est sur le point de faire des découvertes pour guérir des enfants atteints de maladies génétiques, les cancers pédiatriques, grâce aux cellules souches. C’est un argument fallacieux car, dans le monde, il n’y a pas de thérapie appliquée à partir de cellules souches humaines, et il n’y a qu’un seul essai clinique en France qui porte sur les maladies de l’œil. Rien ne concerne les maladies génétiques des enfants. Il s’agit d’arguments compassionnels pour sensibiliser et faire franchir des lignes rouges : embryons transgéniques, chimériques ou création d’embryons pour la recherche.

14 juin 2021

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