Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - 25 janvier 2018

Louis XVI, exécuté. Nicolas II, assassiné. Puyi, amnistié !

21 janvier 2018 : voilà deux cent vingt-cinq ans que le citoyen Louis Capet, ci-devant roi Louis XVI, a été exécuté par décapitation. Un jour noir pour tous les royalistes français qui parlent d’« assassinat » et considèrent le défunt monarque comme un “martyr”. Une messe pour le repos de son âme est, d’ailleurs, célébrée dans de nombreuses églises traditionalistes.

Même sans être royaliste, même en étant libéral et républicain, j’ai toujours pensé que cette exécution était sinon criminelle (il s’agissait d’une sentence parfaitement légale résultant d’un procès) du moins stupide, aussi stupide que l’assassinat du tsar Nicolas II et de sa famille, dont on commémorera le centenaire en juillet.

Il y a beaucoup de points communs entre ces deux rois faibles et sourds aux cris du peuple. Mais leur fin tragique est sans doute ce qui frappe le plus. Le tsar déchu, contrairement à Louis XVI, n’a cependant pas eu la chance de se défendre lors d’un procès ou même d’adresser une dernière allocution à son peuple. L’horreur s’ajoute au crime puisque l’épouse, les enfants et les domestiques du tsar ont, eux aussi, été tués sans raison.

À ce propos, nous rappellerons à nos amis royalistes qu’une exécution procède d’une décision juridique, tandis qu’un assassinat est un crime, un acte en dehors de toute légalité. Ainsi, si choquante soit la mort de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il s’agit d’exécutions, tandis que la mort des Romanov est un assassinat.

Pourquoi l’exécution de Louis XVI et le meurtre de Nicolas II sont-ils des actes stupides ? Tout simplement parce que ceux qui les ont perpétrés ont fait de ces rois sans envergure des martyrs. De plus, ils ont donné à leurs opposants une occasion en or de les traiter d’assassins et de construire toute une mythologie complotiste aussi bien sur la Révolution française que sur la révolution russe. Si, à court terme, le royalisme français et les Russes blancs ont été affaiblis par la mort de leurs rois respectifs et rapidement vaincus, sur le long terme, ces exécutions ont constitué des catalyseurs de la contre-révolution en France et de la dissidence en URSS. Les religieux et les “dextrogyres” des deux pays s’empressant d’instrumentaliser ces morts à des fins politiques.

Comme l’a dit un de mes professeurs d’université : “C’est les Chinois qui ont été les moins c…” En effet, Puyi, le dernier empereur de Chine, malgré sa collaboration avec le Japon de Hiro-Hito et les crimes dont il avait pu se rendre complice, n’a écopé que de dix années de détention durant lesquelles il a été “rééduqué” par le régime maoïste. Amnistié en 1959, l’ancien empereur fut même plusieurs fois reçu par Mao Tsé-Tung et Chou En-lai, qui lui trouvèrent un appartement à Pékin et un poste de bibliothécaire ainsi qu’une femme avec laquelle il a pu couler des jours heureux jusqu’à la fin. Et devinez quoi : il n’y a aucune prétention royaliste en Chine.

Je persiste à croire que si, au lieu d’être exécuté, Louis XVI avait été emprisonné ou simplement exilé, la République aurait non seulement gagné la bataille politique et militaire à court terme, mais aussi la bataille idéologique et culturelle à long terme : l’extrême droite maurrasso-pétainiste et leur mythologie antirépublicaine n’auraient jamais vu le jour. Eh oui, ce sont effectivement les révolutionnaires chinois qui ont été les plus intelligents en ne donnant pas à leurs ennemis l’occasion d’ériger le chétif Puyi en symbole. Le pragmatisme plutôt que le dogmatisme.

À lire aussi

Et si #MeToo avait aussi du bon ?

Cet élan de nos sœurs ne doit guère nous effrayer, Messieurs. Que ceux qui se sentent morv…