Editoriaux - Livres - Politique - Réflexions - 7 mars 2020

Livre : Le nouveau procès de l’Est, de Max-Erwann Gastineau

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Max-Erwann Gastineau a publié récemment aux éditions du Cerf un premier essai très brillant, intitulé Le nouveau procès de l’Est ; c’est une analyse de la pensée politique des « illibéraux » d’Europe centrale (de Hongrie et de Pologne essentiellement) laquelle s’oppose frontalement aux principes libéraux et « non-démocratiques » (Orbàn) qui prévalent à Bruxelles.

Pour les libéraux, le droit doit surplomber tout le reste, ce qui induit, dans les sociétés occidentales, la montée en puissance d’une « juristocratie » (Ran Hirschl) dont les décisions supplantent de plus en plus fréquemment les lois votées par les parlements (par exemple, il est devenu quasiment impossible de renvoyer les centaines de milliers d’illégaux qui rentrent dans l’Union européenne du fait de l’opposition des juges et de la jurisprudence qu’ils ont créée ; c’est un effet direct du libéralisme ambiant). Gastineau écrit à ce sujet : « Cette ‘‘prééminence du droit’’, des libertés (de circulation des personnes, des marchandises et des capitaux) sur la liberté (d’agir, de contraindre au nom d’un corps politique souverain) crée un environnement institutionnel ligotant le politique de tout un ensemble de procédures échappant au commun des citoyens. » Ainsi le 15 avril 2011, « la Cour de cassation a décidé que les juges devaient désormais appliquer la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme « de préférence aux lois nationales ».

Les « illibéraux » d’Europe centrale considèrent, à juste titre, que la démocratie, qui est leur modèle, contrairement à ce qu’a pu écrire le progressiste Yascha Mounk, est menacée par le juridisme libéral, tout comme l’est la nation elle-même, sans laquelle il ne saurait y avoir de démocratie ; cette dernière est mise à mal par l’individualisme et le juridisme inhérents au libéralisme (si n’importe qui peut s’installer dans n’importe quel État sans pouvoir en être délogé du fait de l’opposition des juges, alors il n’y a plus ni territoire national, ni réel pouvoir démocratique puisqu’une grande majorité au sein de chacun des peuples européens est opposée aux décisions prises par les juges dans ce domaine essentiel).

Le fait de privilégier les intérêts des individus (ce qui est une caractéristique essentielle du libéralisme) au détriment de ceux de la communauté nationale ne peut que nuire à cette dernière et l’affaiblir, a fortiori quand ces individus sont étrangers. Les « illibéraux » d’Europe centrale qui savent ce que signifie l’absence d’indépendance nationale, qui craignent d’être à nouveau privés de vie nationale par le monstre libéral de Bruxelles et qui ont bien compris que les nations sont fragiles et mortelles (« La force des petites nations est qu’elles se savent vulnérables. La faiblesse des grandes nations est qu’elles se croient éternelles » écrit très justement l’auteur), font de la pérennité de ces dernières un objectif prioritaire. A la manière du général de Gaulle qui avait dit à Jean Foyer « Souvenez-vous toujours de ceci, il y a d’abord la France, il y a ensuite l’État et enfin, dans la mesure où il est possible de préserver les intérêts majeurs des deux premiers, il y a le droit » (cette déclaration a été citée par Henri Teitgen et Léon Noël), ils placent la pérennité de la nation tout en haut puis vient l’État démocratique et enfin seulement, le droit.

Tout comme le Général, qui n’était pas de « culture libérale », comme le souligne Max-Erwann Gastineau, ils sont démocrates et patriotes, ce qui est cohérent. Ce que veulent construire les « illibéraux » d’Europe centrale, ce sont des républiques nationales-démocratiques et non pas des « juristocraties » inféodées à l’organisation libérale de Bruxelles. On peut dire aussi que leur républicanisme est conservateur et communautarien, puisqu’il a pour objectif, entre autres choses, d’assurer la pérennité des spécificités culturelles et religieuses nationales, et qu’il récuse le neutralisme axiologique propre à l’idéologie libérale, ce qui explique la haine que vouent les progressistes de Bruxelles aux « illibéraux » hongrois et polonais.

 

 

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