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Cinéma - Editoriaux - Polémiques - 7 mars 2020

Après Roman Polanski, Woody Allen : à qui le tour ?

Après , c’est au tour de d’être victime d’ostracisme. La filiale du groupe Hachette aux États-Unis renonce à publier les mémoires du cinéaste. Cette décision intervient au lendemain d’une manifestation d’employés de la maison d’édition dénonçant cet ouvrage sous prétexte que son auteur aurait, en 1992, abusé sexuellement de sa fille adoptive, Dylan Farrow – ce dont il s’est toujours défendu. On ne sait pas encore si le livre sortira en France comme prévu, le 29 avril 2020. Il ne nous appartient pas de refaire l’enquête, mais on ne peut que s’inquiéter des pressions exercées et de cette tendance à la censure.

À l’origine, les protestations de Ronan Farrow, frère de Dylan, journaliste au New Yorker, engagé dans le mouvement #MeToo, auteur de Catch and Kill: Lies, Spies, and a Conspiracy to Protect Predators, qui raconte les dessous de l’affaire Weinstein. Il aurait appris par la presse que le groupe Hachette, éditeur de son propre livre, s’apprêtait à publier les mémoires de Woody Allen. Il affirme qu’« Hachette n’a pas procédé à des vérifications quant au contenu de ce livre », « qu’il n’a pas contacté sa sœur Dylan pour avoir sa version », ce qui démontre, selon lui, « un manque fou de professionnalisme » ainsi qu’« un manque d’éthique et de compassion pour les victimes d’agressions sexuelles ». Il a annoncé qu’il ne travaillerait plus avec cette maison d’édition.

Un porte-parole du groupe a justifié son renoncement avec des arguments dignes des casuistes : « En tant qu’éditeur, nous veillons chaque jour dans notre travail à ce que des voix diverses et des points de vue contradictoires puissent être entendus. En tant que société, nous sommes également déterminés à offrir une ambiance de travail stimulante et chaleureuse à tous nos employés. » Il faut comprendre que la direction, après « de longues discussions avec le personnel et d’autres », a estimé que « maintenir la publication n’était pas faisable ». Si, maintenant, les éditeurs cèdent aux pressions, quelles qu’elles soient, où va-t-on ?

Stephen King, auteur de romans à succès, souvent adaptés au cinéma, a fait savoir que cette décision le mettait « très mal à l’aise » : « Ce n’est pas lui, je me fiche de M. Allen. Ce qui m’inquiète, c’est qui sera muselé au prochain coup. » On ne peut qu’approuver ce jugement. Car le véritable problème, dans cette affaire, c’est la liberté de création et d’expression. Il est aussi grave d’appeler à la censure que de céder aux pressions. De tels procédés s’apparentent aux pratiques des régimes totalitaires. Personne n’est obligé d’aller voir les films de Woody Allen ni de lire ses mémoires, mais il est honteux de vouloir les interdire.

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