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Editoriaux - Tribune - 7 mars 2020

Que font donc syndicats et consommateurs contre la ruine planifiée d’EDF et de son nucléaire ?

Voilà onze ans, la mise en coupe réglée du consommateur et du contribuable français commença avec l’insolite TARTAM (tarif réglementé transitoire d’ajustement du marché) permettant aux professionnels éligibles repentis de revenir au tarif régulé (ou réglementé) seulement majoré de 10 à 23 %, après avoir subi jusqu’à 70 % d’augmentation, avec la concurrence libre et non faussée à laquelle ils eurent seuls accès, dès 2004. Cerise institutionnelle sur le gâteau, ils obtinrent de jouir d’un tel privilège sans changer de fournisseurs « alternatifs », ce qui obligea l’État à compenser les pertes de ces derniers, sur le dos des autres clients, prioritairement domestiques, et fit dire au Canard enchaîné que la notion « d’éligibilité » s’apparente au privilège donné au boursicoteur de demander à Bercy de lui rembourser l’argent qu’il a retiré de la Caisse d’épargne pour spéculer sur le CAC 40.

En juin 2010, ce fut ensuite la promulgation de la scélérate loi NOME (nouvelle organisation du marché de l’électricité) réputée imposée par la Commission européenne, qui, loin de conduire à une meilleure efficacité du marché et à l’émergence d’une profitable décentralisation de la production électrique, allait favoriser le prévisible effet d’aubaine consistant à muer une majorité de pseudo-opérateurs en traders de l’électricité, provoquer l’effondrement des investissements stratégiques constaté aujourd’hui et, sans surprise, faire exploser les prix de l’électricité. La loi dite Cochet, aux termes de laquelle les énergies éolienne et photovoltaïque demeurèrent massivement subventionnées et conservèrent un accès prioritaire au réseau, n’est pas pour rien dans le dévoiement de cette loi.

Le comble de la forfaiture fut atteint, la même année, avec le vote de la loi ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) obligeant EDF à vendre au prix coûtant de 42 euros/MWh, à ses concurrents, jusqu’à 100 TWh des quelque 420 TWh de sa production électronucléaire, un privilège léonin autorisant les nouveaux traders de l’électricité à se servir du dispositif à discrétion, seulement quand les prix de gros européens dépassent 42 euros/MWh. Comme il fallait le redouter, la fallacieuse concurrence façon NOME n’a pas fait longtemps illusion, même avec le soutien masqué de l’inflation fiscale finançant partout des renouvelables soi-disant compétitives : l’envolée du prix du carbone et des cours des combustibles fossiles ayant durablement propulsé ces prix de gros au-dessus des 42 euros/MWh, la quasi-totalité des « alternatifs » se précipitèrent en bloc sur la bouée ARENH, bien décidé à ne plus la lâcher ! Où l’on voit que l’électro renouvelable n’est pas près de dispenser le système électrique européen de la prédominance de l’électro fossile.

Le poids des trop nombreux naufragés risquant de faire sombrer le frêle esquif, un gouvernement français soucieux de justice sociale et de préservation de l’intérêt général accorda 50 TWh d’ARENH supplémentaires aux infortunés et amorça une augmentation régulière des tarifs réglementés de l’électricité pour permettre à la concurrence de concurrencer, dit autrement, pour permettre aux naufragés en mal de subsistance de survivre : +5,9 %, au 1er juin 2019, +1,26 % au 1er août 2019 et +4 % début 2020, ça promet…

Ainsi, au moment où l’on saborde Fessenheim et où le PPE (programme pluriannuel de l’énergie) signe l’arrêt de mort d’une douzaine de réacteurs, non seulement la production nucléaire d’EDF se révèle-t-elle l’intangible noyau dur de la capacité de production électrique nationale, mais il se confirme que, depuis 2010, la loi NOME n’a incité aucun concurrent d’EDF à construire le moindre outil de production et que les deux tiers du courant qu’ils commercialisent viennent de nos centrales nucléaires.

Nos compatriotes doivent, par ailleurs, savoir qu’un photovoltaïque, sur lequel ont été déversés quelque 13 milliards d’euros d’argent public, entre 2011 et 2018, et un éolien trustant annuellement de l’ordre de la moitié de ce montant ne couvrent, aujourd’hui, que de 7 à 9 % de la consommation nationale annuelle d’électricité, avec une puissance installée équivalente à celle de 16 tranches nucléaires !

Aujourd’hui, c’est la direction d’EDF elle-même qui en est à parachever la liquidation de l’entreprise, en écartant de l’éligibilité au tarif jaune réglementé les entreprises de plus de dix salariés faisant plus de deux millions d’euros de chiffre d’affaires, les poussant délibérément à acheter à la concurrence l’électricité nucléaire qui lui a été extorquée à vil prix et dont les marges commerciales lui ont été légalement subtilisées au profit de ses rivaux !

Comment une telle turpitude peut-elle se perpétrer au grand jour et avec autant de cynisme, au pays de Mai 36 et de Mai 68, à celui des gilets jaunes et d’un front syndical vent debout contre la réforme des retraites ?

Seule l’histoire de l’incompréhensible naufrage économique qui nous pend au nez pourra répondre à cette question…

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