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Synthèse bienvenue que celle proposée par le philosophe avec son dernier essai Contre le , sous-titré “La société n’est pas un marché”. L’ouvrage, découpé en douze chapitres, entreprend de faire le tour de la question libérale, soit en l’étudiant directement (« Qu’est-ce que le libéralisme ? », « Communautariens vs. Libéraux », « Critique de Hayek »), soit en l’appréhendant par ses corrélats ou ses démembrements (« La figure du bourgeois », « Le troisième âge du capitalisme », « Critique de la valeur », « Tous précaire ! Le travail à l’heure des “hommes en trop” », « L’argent ou l’équivalent universel »), soit encore pour la confronter à d’autres concepts (« Libéralisme et identité », « Libéralisme et  », Démocratie représentative et démocratie participative », « Conserver quoi ? Les équivoques du conservatisme »).

Comme la grande majorité des livres de l’auteur, celui-ci ne fait guère exception à ces trois « lois » qui sont autant de caractéristiques propres au fondateur de la Nouvelle . Le style, tout d’abord, qui révèle l’homme dans ce qu’il a de plus sobre, concis et limpide, le tout relevé d’une pointe d’élégance qui souligne la singularité des pensées altières. L’encyclopédisme, ensuite, qui confère à ses opus la dimension originale d’une véritable somme sur le sujet abordé tout en réussissant à être à peu près exhaustif sans perdre le lecteur dans d’inutiles vétilles. La thèse, enfin, où la subtilité le dispute à une relative herméneutique, la pensée de l’auteur, au demeurant parfaitement déchiffrable, ne se laissant approcher, néanmoins, qu’au prix de nuances et de pondérations qui en renforcent l’architecture argumentative.

Il suffit de lire sa substantielle introduction pour s’en convaincre. L’essayiste en tient pour un antilibéralisme qui n’emprunte ni au conservatisme d’une certaine droite ni même au « révolutionnarisme » pacifié 2.0 d’une certaine prétendument insoumise. “Comme le théologien John Milbank, nous pensons en effet que le libéralisme est d’abord une “erreur anthropologique””, manière nette et claire d’inviter le lecteur à se défaire des frusques élimées de ses préjugés idéologiques et d’aller à l’essentiel, c’est-à-dire, littéralement, à l’essence même du libéralisme.

Au fil des pages, Alain de Benoist démontre parfaitement en quoi le libéralisme et le capitalisme sont les deux faces mondialisées d’une même médaille que l’on appelle la modernité, cette congruence systémique participant elle-même, selon nous, de cet esprit apatride et nomadiste (« liquide », aurait dit Zygmunt Bauman) qui débouche sur le .

Fait total, selon Marcel Mauss, le libéralisme se définit comme une entreprise impolitique de réification de l’homme (ravalé à l’état leibnizien de « monade ») et d’arraisonnement du monde par le marché pris en ses trois composantes indissociables que sont le capitalisme (et sa logique autoalimentée d’accumulation perpétuelle), le productivisme (qui dévalorise le travail par la quête effrénée de la réduction de son coût) et le consumérisme (carburant des deux autres), parachevant ce que Michel Clouscard dénommait le “capitalisme de la séduction”).

L’auteur montre encore que le libéralisme va de pair avec l’assomption de l’État de droit débouchant sur “des tas de droits”, selon la plaisante formule du regretté constitutionnaliste Guy Carcassonne. Alain de Benoist souscrit ainsi à l’opinion de Marcel Gauchet selon laquelle, “à être invoqués sans cesse, les droits de l’homme finissent par paralyser la démocratie”.

C’est dire que la lecture de cet ouvrage appelé à devenir un « classique » est capitale à l’heure des moments populistes illibéraux, en Hongrie, en et ailleurs…

7 février 2019

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