Editoriaux - Environnement - 7 février 2019

Ces précieux turricules

Ô combien précieux, en effet, les turricules : ils contiennent 5 fois plus d’azote, 7 fois plus de phosphore et 11 fois plus de potassium que la terre alentour.
Ce sont de vraies usines à engrais naturel.
Les turricules, ce sont les déjections des vers de terre.
Les vers de terre peuvent produire 40 à 100 tonnes de cet engrais totalement naturel par an et par hectare !
Sans débourser un sou.

Non seulement les vers de terre détruisent tout un tas de vilains organismes microscopiques qui “bouffent” nos cultures, mais en plus ils creusent des galeries qui aèrent les sols et favorisent le cheminement des racines des plantes. Le ver de terre est donc un formidable auxiliaire des cultures : à la fois engrais naturel, pesticide naturel et jardinier naturel. Il existe 6.000 espèces de vers de terre dans le monde, dont 400 en Europe. C’est la plus importante biomasse animale de la planète et, en dépit de l’obésité ambiante, ils représentent plus de 5 fois le poids de toute l’humanité. Seulement voilà, le ver de terre est en voie de disparition, et ce n’est pas dû au réchauffement climatique, c’est dû à l’homme.

L’homme qui déverse plein de vilaines substances chimiques dans la terre, l’homme qui croit “faire bio” en désherbant à l’eau chaude, ce qui a pour effet de faire périr ces pauvres bêtes dans d’atroces souffrances quand elles ne sont pas, au surplus, étouffées par l’amidon de l’eau de cuisson des pâtes !

L’astrophysicien Hubert Reeves a tiré la sonnette d’alarme. Lui qui a pourtant l’habitude d’avoir la tête dans les étoiles, il sait aussi garder les pieds sur Terre !
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans les années 50, on comptait 2 tonnes de vers de terre à l’hectare ; ce chiffre est tombé à 200 kg aujourd’hui !
L’usage intensif des pesticides en agriculture et la « bétonisation » des sols seraient les principaux responsables de cette hécatombe…

Et il est vrai que, quand je voulais aller à la pêche, il me suffisait de « donner un bon coup de bêche » dans un coin du jardin pour récolter quelques beaux lombrics bien dodus.
Aujourd’hui, il n’y a plus rien et il faut que j’aille acheter des « vers canadiens d’élevage » à la jardinerie du coin…

Alors, à quand une grande mobilisation internationale pour sauver le ver de terre ?
C’est un enjeu « écologique » autrement plus sérieux que le déplacement en trottinette électrique dans les rues de Paris !

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