« Biopolitique d’abord ! » C’est par un de ces raccourcis saisissants aux évocations subliminales que parvient en 250 pages à condenser la chronique coronavirale de la plus importante assignation à résidence décidée par nos « gouvernants » qui, de ce fait, ont irrémédiablement perdu le privilège d’être désignées sous le nom d’« élites », appellation commode autant que paresseuse et, ô combien !, imméritée.

Car, celles-ci, à défaut de nous avoir administré le vaccin contre le Covid-19, ont, en revanche, fait la preuve de leur insondable incurie, de leur impénétrable impéritie, de leur indiscutable immobilisme. Il faut bien reconnaître, à leur décharge, qu’ils avaient en face d’eux, une majorité de moutons silencieux, les mêmes qui, cinq mois plus tard, obéissent, sans rechigner, au port du masque prophylactique généralisé. « Après tout, remarque notre essayiste, un pays qui s’affaisse lentement mais sûrement peut tolérer une élite aussi nulle », tout en concédant, néanmoins, que ces mêmes élites « ont séquestré la représentation nationale ». La preuve par les Gilets jaunes selon Bousquet qui n’est pas sot puisqu’il ne désespère pas politiquement…

Tout de même, ce coronavirus qui effraie tout le monde et ne tue presque personne – hormis les vieux et ceux à la santé chancelante – aura paradoxalement révélé la double contrainte de la mondialisation. Elle aura convaincu que cette dernière était néfaste économiquement, écologiquement, socialement et politiquement, tout en célébrant le triomphe sans partage de l’individualisme aboulique, apathique que le bâillon sanitaire obligatoire aura, par surcroît, rendu aphasique.

Il est vrai que l’on a de quoi rester coi devant tant de pantomimes d’incompétences, de rodomontades d’insuffisances, de gesticulations stériles et autres vacuités verbeuses. Entre Diafoirus à la Molière et Pharmafoirus à la Salomon (le technocratique directeur général de la santé qui, sur un ton faussement rassurant de croque-mort, nous délivrait sentencieusement son bulletin vespéral d’hospitalisés et de contaminés), nos dirigeants ont brillé dans un art de la décision impolitique qui empruntait aussi bien au doigt mouillé qu’à la sorcellerie divinatoire.

Concomitamment, Festivus Coronafestivus, hilare et hébété applaudissait à sa fenêtre tous les soirs, juste avant la grand-messe propagandiste du JT de vingt heures. « Une société sans rite collectifs, les recrée spontanément, sauvagement, clownesquement, toujours sous un mode parodique et infantile » observe encore François Bousquet. D’un côté, les héros (personnels soignants et galériens du quotidiens, tels que boulangers, éboueurs, etc.), de l’autre, les zéros (zéro activité, zéro trafic, zéro consommation – ou presque) et au milieu jouant aux petits soldats avec les playmobils que nous étions devenus entre ses mains.

Avec un sens tout voltairien de l’ironie et une flamboyante maestria que lui permet une culture aussi profonde qu’étendue, François Bousquet, rédacteur en chef de la revue Eléments et directeur de La Nouvelle Librairie (dans le VIe arrondissement parisien), nous livre une chronique mordante des soixante jours qui ébranlèrent la France et une partie de l’Europe. Convoquant les mânes de Swift, Jarry et Kafka et Allais, l’auteur, oscille entre analyse sociologique, considérations philosophiques et saillies drolatiques, disséquant avec l’habileté d’un micro-chirurgien qui ressemblerait au professeur Raoult, le plus grand virus que nous ayons eu à connaître : notre société post-moderne.

Du maréchal Pétain ressuscité à Michel Foucault revisité, Bousquet, dans un grand écart étonnant, opère des rapprochements qui révèlent le caractère sinistrement farcesque de la mondialisation.

Ou quand un virus microscopique entreprend un grand nettoyage par le (Co)vide…

 

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