Economie - Editoriaux - Politique - 27 juillet 2019

L’interview lunaire de Corinne Vignon ne rassure pas les futurs retraités

Corinne Vignon porte le titre étrange d’ambassadrice de la réforme des retraites. Selon l’intitulé, la missionnée de Macron est la représentante d’un pays appelé « Réforme-des-Retraites ». Peut-être une principauté perdue au fin fond des Carpates, une enclave cernée de remparts régulièrement attaquée par une armée de soldats de plus de 64 ans.

De passage à l’Assemblée nationale, madame l’ambassadrice s’apprête à être interrogée par une journaliste de LCP. Sans plus attendre, la première question arrive, abrupte et sans aucun égard pour le décalage horaire de la diplomate épuisée par trois jours de voyage à bord d’un planeur de la compagnie « Réforme-des-Retraites Airlines » : « Il y a des inquiétudes sur cette histoire de points, comment garantir que tous les salariés auront le bon montant de retraite après la réforme ? »

La réponse est nette : « Alors, cette histoire de points, je tiens à rassurer nos téléspectateurs, c’est qu’il ne s’agit pas de capitalisation. » Le Parisien précise que Corinne Vignon a suivi une séance de médiatraining proposée par le groupe LREM. La formule « NOS téléspectateurs » indique que la formation concernait l’animation d’un télé-achat. Mais qu’à cela ne tienne, il est trop tard pour se plaindre de l’erreur d’aiguillage, le micro est tendu, il faut poursuivre : « Il s’agit bien de, euh… nous allons, comme le système actuel d’ailleurs, être un système qui permet une, euh… transition complète et, et… » L’interviewée perd ses moyens, cache son visage dans ses mains : panne sèche de mots. La jauge sur zéro. La langue parlée dans la principauté « Réforme-des-Retraites » est un mélange de volapük et de patois auvergnat. L’exercice est ardu.

Indifférente aux difficultés linguistiques de son interlocutrice, la journaliste reprend son interrogatoire : « Mais qu’est-ce qui fait que la valeur du point sera garantie et ne pourra pas changer dans cinq, dans dix, dans quinze ans ? »

Cette fois-ci, Corinne Vignon est remontée. Elle s’élance bille en tête et affirme avec assurance : « Le point sera fixé à 10 euros ! » Aaaah. Eh ben, tu vois, quand tu veux… Allez, vas-y, continue, on y croit : « Il aura une, euh… dans… dans toute sa fonction… euh, tout au long de la carrière, ce point sera revalorisé en fonction de, la, l’inflation, lorsque la pension sera liquidée [Corinne Vignon est passés sans transition à la partie artistique de l’interview] et elle sera revalo, il sera revalorisé en fonction des salaires tout au long de la période de votre carrière. » L’ambassadrice clôture en beauté son explication par un ample geste de la main de la gauche vers la droite qui, en langage des signes, signifie « J’suis ben contente d’avoir terminé ».

Mais le temps presse. Devant l’Assemblée, Franky Zapata l’attend sur son flyboard pour la raccompagner dans sa principauté. Elle le rejoint, monte à bord et s’envole sous les regards médusés des retraités qui passaient dans le quartier.

Les séances de médiatraining ont été insuffisantes. Dans les colonnes du Parisien, la sinistrée de l’interview estime qu’il lui faut désormais passer à des « séances plus fortes ». Injections de substances, électrodes sur la tête, séjour dans un caisson étanche en compagnie de Jean-Pierre Foucault, LREM a les moyens de transformer sa députée bafouillante en une bête de télé capable de répondre à des questions avant même qu’elles soient posées. « On ne m’a pas préparée à la question piège », se plaint l’ambassadrice. La présidente du groupe de travail sur la réforme des retraites considère que l’interroger sur ce sujet est un piège. Waouh ! Il s’agit, en réalité, d’une autre planète dont Corinne Vignon est la représentante.

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