Ce qui est beau, dans l’idéologie communiste, c’est cette utopie à vouloir rêver d’un monde nouveau à faire ensemble, quitte à adopter l’attitude de ces trois singes de la sagesse : couvrir ses yeux, sa bouche et ses oreilles. Derrière ce symbole asiatique, n’est-ce pas le meilleur moyen de s’affranchir de la réalité ?

Alors que l’actualité rappelle, quotidiennement, combien une société multiculturelle rime trop souvent avec des sujets conflictuels, certains persévèrent dans cette voie du vivre ensemble. Pour cela, ils encouragent des colocations sociales mixtes, composées pour moitié par des Français et pour l’autre par des réfugiés. Ian Brossat, l’adjoint au logement et à l’hébergement d’urgence à la mairie de Paris, se félicite ainsi de « permettre une vraie intégration des bénéficiaires. L’idée, c’est de fabriquer des Français. »

Si cette volonté d’ est louable, indispensable et permet quelques belles histoires, il demeure légitime de se demander combien ressortent réellement de ces colocations solidaires avec un sentiment d’appartenance à la France, prêts à renoncer à leurs us et coutumes, sans revendications communautaristes ? Mathieu Bock-Côté rappelle que « l’intégration ou l’assimilation est vraiment une réussite lorsque les migrants s’approprient jusqu’à l’histoire du pays d’accueil et la mémoire de ce peuple ». Or, les récents épisodes de déboulonnages de statues (pour ne citer qu’eux) prouvent notre échec à intégrer les précédentes générations d’immigrés. Il poursuit : « Le multiculturalisme inverse le devoir d’intégration. C’est la société d’accueil qui doit se transformer pour s’adapter à la diversité qui s’exprime dans l’espace public par une multiplicité de revendications. »

De plus, confrontée à une crise sanitaire et économique sans précédent, engendrant une aggravation du chômage et de la précarité, la France peut-elle encore raisonnablement passer pour cet eldorado et continuer d’attirer des flux de personnes déracinées qu’on ne parvient plus à intégrer ? Les réfugiés ainsi logés en priorité pour une somme symbolique (75 euros par mois pour un studio de 24 mètres carrés près du Louvre) auraient bien tort de se priver de cette belle générosité.

Alors qu’importe si, dans Le Parisien, les voisins déplorent « le bruit parfois jusqu’à trois heures du matin, d’autant que l’immeuble est très mal insonorisé », qu’à cela ne tienne, Jean-Luc Romero, adjoint à l’intégration, reconnaît qu’il « y a des choses à revoir » ! Il est sans doute trop occupé à œuvrer pour le droit des personnes à mourir dans la dignité. Qu’importe si nos étudiants français, sans doute trop privilégiés, devront se contenter d’une chambre souvent exiguë pour plusieurs centaines d’euros par mois et faire des petits boulots afin de payer le loyer. Qu’importe si 143.000 personnes sont sans domicile fixe et la plupart, faute d’avoir le statut protégé de réfugié, ne pourra pas bénéficier de cette colocation à prix modéré.

L’on se souvient de cette séquence amusante avec François Hollande lorsqu’un journaliste pertinent lui avait posé la question d’accueillir un réfugié chez lui. Le chef d’État avait alors botté en touche, rétorquant qu’il n’avait pas de « résidence secondaire disponible », autrement dit pas vraiment prêt à cohabiter avec un migrant. En revanche, si l’État veut bien supporter ce coût-là… Telle est donc l’hypocrisie de cette idéologie du vivre ensemble, qui préfère le lointain au prochain et qui déplore les effets dont elle chérit les causes. Et c’est ainsi que, pour lutter contre les « séparatismes », nous enseignerons l’arabe à l’école. Voilà de quoi nous rassurer quant aux volontés de nos autorités à vouloir « fabriquer des Français »

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