L’épidémie de coronavirus a permis de dévoiler au grand jour les maux dont souffre l’hospitalisation publique en France. Le gouvernement semble plus enclin à protéger son système hospitalier moribond que ses citoyens, si l’on en croit le directeur général de l’ARS d’Île-de-France qui annonce, le 5 octobre, que nous devons accepter les contraintes sociales imposées pour limiter la progression de l’épidémie afin de protéger le système de soins.

Certes, il faut protéger notre système de soins car nous en avons besoin, mais nous pourrions sans doute bénéficier d’un nombre de lits suffisant pour faire face à une recrudescence de malades si, au cours de ces dernières années, nous n’avions pas réduit de manière drastique le nombre de lits hospitaliers afin de diminuer la dette colossale des publics. Entre 2000 et 2015, le nombre de lits a diminué de 15 % alors que la population augmentait de 10 %. Certes, une grande partie de cette réduction a touché les services de long séjour mais, hélas aussi, les service de soins aigus, et ce n’est pas un hasard si nous n’avons que 6.000 lits de réanimation en France alors que l’Allemagne en compte 24.000. Et contrairement à ce qu’avait promis le Président, cette diminution n’a fait que continuer depuis 2018.

Ces fermetures de lits se sont, bien sûr, accompagnées de compression de personnel, ce qui inquiète (un peu tardivement) les autorités qui lancent un appel aux bonnes volontés pour venir épauler les soignants en nombre insuffisant pour faire face à un regain d’activité. Et il est naïf de croire, comme l’a pourtant affirmé, mardi, lors d’un déplacement à l’hôpital de la fondation Rothschild, qu’une régulation plus performante et une meilleure organisation du travail suffiront à faire face à cette crise sans nuire à la qualité des soins. Cela pourrait être risible si ce n’était dramatique, car le personnel soignant épuisé par des conditions de travail très astreignantes et par des salaires peu attractifs ne sera sans doute pas capable de faire un effort supplémentaire pour faire face à un surcroît de travail dû à une reprise de l’épidémie de Covid-19 ou à une épidémie de grippe particulièrement sévère.
La motivation des soignants ne suffit plus à compenser les absences pour congé ou maladie, et les départs par démission ou mise en disponibilité se multiplient. Les infirmiers ne supportent plus des conditions de travail dégradées qui, par répercussion, ne leur permettent pas d’effectuer les soins dans de bonnes conditions techniques et avec l’approche humanitaire que nécessite la prise en charge des malades.

Le Ségur de la santé n’aura rien réglé et la France reste un des pays d’Europe à payer le moins bien son personnel hospitalier. La crise existe aussi chez les médecins où de nombreux postes ne sont pas pourvus (merci au numerus clausus) et beaucoup d’entre eux préfèrent travailler comme intérimaire avec un salaire satisfaisant que comme « praticien attaché » avec un salaire de misère.

Des services entiers ferment. Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris estime que 10 % de nos lits de soins critiques sont fermés faute de personnel, et Olivier Véran regrette que des postes ouverts et financés ne soient pas pourvus, mais ils ne font que regretter les effets des dispositions qu’eux, ou leurs prédécesseurs, ont mis en place depuis des années pour essayer de rendre rentable un secteur qui, tout comme l’armée ou l’Éducation nationale, se doit d’abord d’être au service de la population avant de penser à sa rentabilité.

Ce sous-effectif et ce manque de lits ne peuvent qu’inquiéter les autorités à l’approche de l’hiver et de ses pathologies qui vont, bien évidemment, remplir les hôpitaux, quelles que soient les mesures barrières et coercitives qu’elles seront tentées de prendre pour faire face aux conséquences des erreurs d’une politique sanitaire qu’elles n’ont apparemment pas l’intention de vouloir modifier. Dommage !

8 octobre 2020

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