Faut-il libérer  ? Posée ainsi, la question paraît aussi incongrue que provocatrice. Elle est pourtant d’actualité puisqu’après 24 ans d’enfermement, le Belge a sollicité une libération anticipée sur laquelle la Justice de son pays devra se pencher.

La révélation de ses crimes avait révolté la Belgique entière. Accusé de six enlèvements suivis de meurtres, l’homme a été condamné, en 2004, à la perpétuité. Ce psychopathe avait déjà été condamné à de nombreuses reprises pour des faits d’attouchements ou autres agressions sexuelles, et avait bénéficié d’une libération conditionnelle en 1991. Le pedigree de l’individu est impressionnant. Sans vergogne, il a sollicité en 2012, puis en 2019, une libération anticipée, demande renouvelée il y a quelques jours.

Âgé de 64 ans, Dutroux est-il toujours dangereux ? Son passé ne plaide pas en sa faveur, son état psychique non plus. Un homme de son âge est en mesure de récidiver. Mais la question va bien au-delà de celle du danger. La peine n’a pas seulement pour objet de protéger la société. Elle a une vocation punitive, expiatoire, et correspond au crime pour lequel elle a été prononcée. Marc Dutroux a été déclaré coupable de ces crimes, qui lui auraient valu autrefois la peine de mort. On peut considérer, et l’auteur de ces lignes le pense, qu’une réclusion à perpétuité est une peine juste.

Aussi fantaisiste que puisse paraître cette demande, elle ne doit pas surprendre ni être prise à la légère. Les innombrables exemples de criminels remis en liberté sans avoir purgé toute leur peine, ayant récidivé les années suivantes, incitent à la plus grande prudence. Oui, les juges belges pourraient faire droit à cette requête, quitte à porter devant la société tout entière le poids écrasant d’une responsabilité en cas de nouveau drame. Mais la Belgique n’est guère différente de la France. Y règnent aussi la culture de l’excuse, l’idéologie de la prison qui crée des criminels, cette espèce de naïveté béate qui préfère le bon sauvage réinséré au criminel mis hors d’état de nuire. L’incapacité dans laquelle nous sommes d’imposer efficacement une forme de castration à ces individus guidés exclusivement par leurs pulsions, le refus de nos sociétés de lutter contre la pornographie ambiante, l’hypersexualisation de certains comportements, l’inconscience de certains constituent un cocktail explosif d’où peuvent sortir d’autres Dutroux, d’autres Fourniret.

Libérer Dutroux, c’est insulter les victimes ; c’est gifler leurs familles ; c’est bafouer la justice ; c’est donner à l’Europe un signal désastreux. Libérer Dutroux, c’est inviter les autres juges à en faire de même ; c’est réduire à néant le travail acharné des enquêteurs ; c’est susciter des « vocations » de tueurs d’enfant. Libérer Dutroux serait une faute très grave.

Chez nous aussi, nombreux sont ceux qui aimeraient qu’on libère quelques grands criminels. Dans leurs rêves fumeux, ces idéologues ne comprennent pas pourquoi une majorité de Français regrette la peine de mort pour ces actes de barbarie. Le peuple est frustre, pas assez éduqué. Quand il parle mal, il faut parler pour lui, penser pour lui – et rarement à lui. Les salons parisiens s’en offusquent, les politiciens raisonnables s’en émeuvent. Jusqu’au jour où un nouveau crime ensanglante le pays. Quand comprendront-ils que le meilleur moyen de ne pas rétablir la peine capitale est d’ériger en principe une perpétuité réelle ?

Sans doute jamais. Jusqu’au jour où notre peuple exaspéré fera lui-même justice des « incivilités » commises sous ses yeux par des criminels dont nos sages gouvernants ne veulent pas prononcer le nom.

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