Une polémique a enflé, lors de cette rentrée, sur la tenue des élèves dans l’enceinte de l’établissement. On avait un peu l’impression qu’il n’y avait aucune alternative entre crop top et voile… N’y aurait-il pas un juste milieu ?

J’ai toujours été horripilé par le fait que, dans la rhétorique contre le voile islamique, la seule alternative féminine occidentale, ou chrétienne, ou laïque, soit régulièrement présentée comme « la mini-jupe », comme s’il n’y avait rien entre eux. Je n’ai jamais vu ma mère, ni mes sœurs, ni ma femme, ni mes filles dans aucune de ces deux tenues ! Les costumes « français » traditionnels ont toujours été décents. Et s’ils ne le sont plus, c’est sans doute à cause de cet individualisme forcené promu par la modernité, donc l’idéologie républicaine qui nous veut de plus en plus seuls et fragiles, les fameux « flocons de neige », face à un État tout-puissant s’insinuant de plus en plus dans nos choix personnels. La République nous arrache chaque jour un peu plus à nos traditions, et voilà M. Blanquer qui nous les rappelle en les qualifiant de « républicaines ». Cela n’a pas de sens.

Le ministre de l’Éducation nationale a, en effet, plaidé pour une tenue « républicaine ». Il en a d’ailleurs été allègrement moqué sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce que cela pourrait bien signifier ?

Effectivement, on peut se demander ce que signifie une tenue « républicaine ». Je le vois bien, face aux tenues manifestant une volonté de séparatisme religieux, mais pour le reste, non. « République », comme « laïcité », fait partie du vocabulaire dogmatique et quasi magique de nos dirigeants. Tout le monde en parle comme d’une évidence, mais personne ne saurait la définir avec précision. On nous rebat les oreilles avec le prétendu « pacte républicain ». Vous avez signé quelque chose de ce genre, vous ? Et ça comportait une clause vestimentaire ? Peut-être (je réfléchis) que « république » renvoie à vertu, le « dada » de nos révolutionnaires, avec les conséquences que l’on sait (« la vertu sans la terreur est impuissante », a dit Robespierre). Ce souci de « vertu » serait toutefois bien incompatible avec la promotion de la contraception dès les classes de collège. Et avec l’affirmation du droit de faire ce que l’on veut de son corps, dont témoigne la « journée du 14 septembre » soutenue par un autre ministre, Marlène Schiappa, appelant les élèves à venir en cours dans les tenues les plus provocantes. Mais attention, que les garçons éventuellement émoustillés se gardent de tout geste, de toute parole déplacés ! L’exhibition, dans notre République, c’est un droit sacré, qui doit être respecté religieusement ! Comme le blasphème ! Non, vraiment, je ne vois pas ce que la République a à voir avec la décence.

De son côté, lors du lancement du think tank La Boétie, a fustigé le fait que « dans l’Hémicycle, au Sénat, on ait une statue du prétendu Saint Louis, que nous appelons Louis IX, lui qui a inventé le port d’un signe distinctif pour les juifs et brûlé des Torah ». Comme si la République était prise en tenaille, voire en otage entre ses valeurs que personne ne définit et sa vision révolutionnaire, voire pire. Que faut-il y voir ?

On a récemment entendu Mélenchon expliquer, devant une statue de Jeanne d’Arc, qu’elle était « folle »… C’est son truc à lui, de dézinguer les saints catholiques, il n’a jamais digéré son passé d’enfant de chœur. Robespierre le terroriste ou Jules Ferry le colonialiste sont sans doute, à ses yeux, bien plus fréquentables. Pour en rester à nos « gloires » françaises, et sans aller chercher du côté de Staline, Mao ou Pol Pot, qui font toujours partie du référentiel d’une gauche à jamais non repentante. Car il y a quelque chose de religieux, dans son ADN politique (et donc celui de la République) : dans sa prétention à mettre en œuvre ici et maintenant les « vertus chrétiennes devenues folles » (Chesterton), elle croit incarner définitivement le bien, le vrai, le juste. Et, pour cela, s’autorise tous les moyens pour éliminer les pécheurs non repentants (aristocrates ou koulaks) et les hérétiques (girondins ou trotskistes). On reproche, à juste titre, à Pinochet d’avoir fait mourir 3.000 personnes, mais tout le monde se fiche des 3.000.000 de Pol Pot. La gauche est une hérésie chrétienne : elle ne discute pas, elle condamne et brûle tous ceux qui contestent ses dogmes délirants, principalement ceux qui restent fidèles à l’Église catholique, sa principale, sa seule ennemie.

Afin d’éviter tout débat de ce genre, est-ce que le port de l’uniforme à l’école serait une solution ?

Bien sûr que l’uniforme, ou au moins la blouse, serait la bonne solution. Il faudrait avoir le courage politique de l’imposer. Ce n’est pas M. Blanquer qui le fera : il est le champion de la communication vis-à-vis de l’extérieur, la coqueluche des salons versaillais, mais vu de l’intérieur du système, on ne voit pas bien ce qui s’est concrètement amélioré.

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