Pompiers : après les grandes annonces de l’été, la douche froide de septembre

Après une réunion très attendue à Beauvau, les sapeurs-pompiers dénoncent une réforme loin de leurs attentes.
Les pompiers sur la ligne de feu en Gironde - Crédit photo SDIS 33
Les pompiers sur la ligne de feu en Gironde - Crédit photo SDIS 33

Ils espéraient des réponses. Ils sont sortis de la réunion avec une colère intacte, voire renforcée. Réunis place Beauvau, le 8 septembre, pour découvrir le projet de loi censé moderniser la sécurité civile, les représentants des sapeurs-pompiers professionnels n'ont pas caché leur profonde déception. Après vingt-trois mois de concertation, le texte présenté est jugé très loin des attentes du terrain.

Et le contraste est d'autant plus brutal que, quelques semaines plus tôt, les pompiers étaient au cœur d'une tout autre séquence. Pendant les grands incendies de l'été, le gouvernement avait multiplié les déplacements, les hommages et les annonces. Emmanuel Macron vantait les moyens de la sécurité civile. Sébastien Lecornu promettait de sortir « l'artillerie lourde ». La rentrée devait être celle des réponses concrètes. Pour les soldats du feu, elle ressemble surtout à une douche froide.

Vingt-trois mois de travail, 22 articles

Le projet présenté aux syndicats compte 22 articles. Un résultat qui a immédiatement fait grincer les portes des casernes. Les pompiers attendaient des réponses sur leurs effectifs, le financement des SDIS et la multiplication de leurs missions. Ils ont notamment découvert des dispositions concernant l'organisation administrative de certains services.

« On demande du monde pour armer les camions, on ne demande pas des officiers pour nous gouverner », résume, auprès de Boulevard Voltaire, Kenji Père, vice-président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés (SNSPP-PATS).

Pour le syndicaliste, le malaise est d'autant plus profond que les principaux intéressés ont le sentiment d'avoir été largement tenus à l'écart de la rédaction du texte. Après des mois de réunions et de consultations, ils découvrent une réforme qu'ils jugent déjà largement ficelée.

Les promesses de l'été parties en fumée

Pendant que les forêts brûlaient, la sécurité civile occupait le devant de la scène. Mais une fois les incendies maîtrisés, les professionnels attendaient que les déclarations se transforment en décisions.

Une attente manifestement déçue. Kenji Père s'étonne, notamment, que le chapitre consacré aux feux de forêt, alors même que les pompiers viennent de traverser une saison estivale particulièrement éprouvante, ne soit abordé que plus tard. « On sait ce qui a manqué, quels ont été les points forts, les points faibles », explique-t-il.

Le député RN Julien Rancoule, vice-président du groupe d'études de l'Assemblée nationale consacré aux sapeurs-pompiers, à la sécurité civile et à la gestion des crises, dresse le même constat, auprès de BV. « On est loin de toutes les annonces qui ont été faites cet été pendant les incendies où on allait révolutionner le monde des sapeurs-pompiers », observe-t-il.

Le service public qui répond toujours présent

Derrière la déception du 8 septembre se cache pourtant une crise plus profonde. Les incendies ne sont qu'une partie du problème. Les sapeurs-pompiers dénoncent depuis longtemps une extension continue de leurs missions.

Lorsqu'une ambulance manque, lorsque les urgences sont saturées ou que d'autres services ne peuvent intervenir, ce sont souvent les soldats du feu qui prennent le relais. « Nous sommes le service public qui répond tout le temps présent », souligne Kenji Père.

Le problème est que cette disponibilité permanente a un coût. Des véhicules restent parfois immobilisés pendant des heures devant les urgences tandis que d'autres interventions attendent. « Manque de moyens humains, manque de moyens financiers et de plus en plus de missions où vous remplacez les autres services publics. Ça ne peut pas fonctionner », tranche le responsable syndical.

Des « rustines » pour une maison qui prend l'eau

C'est précisément cette dimension structurelle que les pompiers espéraient voir abordée, à Beauvau. Pour Julien Rancoule, le gouvernement est passé à côté du sujet. « On pose des rustines alors que le modèle a besoin d'être revu dans son ensemble », estime le député de l'Aude. Après plus de deux ans de concertation, l'élu RN redoute un texte essentiellement destiné à montrer que le gouvernement se préoccupe du sujet sans s'attaquer à ses fondations. La sécurité civile serait même devenue, selon lui, « la cinquième roue du carrosse du ministère de l'Intérieur ». La formule est sévère. Mais elle résonne singulièrement, après un été durant lequel les pompiers étaient de toutes les urgences et de tous les discours.

La grève en cours traduit désormais cette désillusion. Cet été, le gouvernement promettait de sortir l'artillerie lourde. Le 8 septembre, les pompiers espéraient au moins obtenir les moyens d'armer leurs camions. Ils sont sortis de Beauvau avec le sentiment que, décidément, les grandes annonces politiques résistent rarement au passage du feu.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

31 commentaires

  1. C’est comme le prix de l’essence les pompiers ! Pour l’essence macron a fait un observatoire pour le prix des carburants, donc en gros rien. Pour les pompiers qui demandent des moyens, il propose plus d’officiers donc en gros rien. C’est ça la macronie, rien pour les français et tout pour les autres (9 milliards à l’Algérie et aux algériens, 300 millions pour la chine chaque année, 2 milliard pour les étudiants étrangers…).

  2. J’imaginai à coup sûr, une réception de délégations de sapeurs-pompiers, de bénévoles, de quidams qui ont lutté des mois contre les incendies afin de s’entendre dire la reconnaissance de la nation ( voire des reconnaissances ( là, la Légion d’honneur aurait eu, un sens ! ). Mais non… pas du tout. Pas même des réponses valables aux justes revendications de ces braves. Bon, dans le fond, c’est mieux ainsi. Le Président s’occupe de Jeux, et de Parcs. Quant à la reconnaissance de la nation, elle est directe, sans intermédiaires ; acquise depuis longtemps et pour longtemps !

  3. Où étaient les centaine d’hélicos des forces armées qui eux volent de nuit. Où étaient les milliers de fantassins qui savent crapahuter avec 35 kg sur le dos en forêt, il marchent eux aussi jours et nuit, ont des moyens de transmissions, peuvent être engagés sur la surveillance et l’extinction des reprises de feu. Des moyens il y en a, arrêtons la guerre des chapelles quand la nation brûle, quand des dizaines de milliers de personnes sont évacuées, quand dans le ridicule le plus total on demande de l’aide à la Croatie.

    • Le ridicule : c’est votre discours. Des hélicos militaires pour quoi faire, brasser du vent? Les pilotes de la sécurité civiles sont presque tous anciens militaires. Quand aux fantassins, leur boulot n’est pas d’éteindre des feux, ni vider les poubelles ou surveiller des bandits et nettoyer les marées noires.
      Il y a aussi dans ce Pays quantités de chômeurs qui pourraient être mobilisés pour s’en occuper, de vos feux. Mais non, aussitôt les syndicats rouges manifesteraient contre le « STO », comme les syndicats de pompiers qui sont tout aussi rouges. Ils ne défendent pas les pompiers : ils défendent leur maison mère.

  4. Mais, heureusement, Monsieur Attal n’est plus au Gouvernement pour annuler les commandes de matériels de sécurité, ni consentir à leur annulation. C’est au moins cela qui ne sera pas perdu…Il n’empêche, pompiers et autres services de sécurité ont totalement raison de se plaindre.

  5. Les administrations de terrain tels les pompiers, Police, Gendarmerie, sont comme l’armée Mexicaine. Il y a de plus en plus d’officiers qui commandent sans mettre les mains dans le cambouis, supervisant le travail et tirant les plans sur la comète, et de moins en moins de personnel exécutant. Une organisation qui va dans le mur.

  6. Faire des promesse et àprés ne pas la tenir c’est normal pour les hommes politiques de gauche,regarder ce que nous avez promis Macron en 2027 et rien de tout cela à été fait.

    • certainement
      mais ce sont bien les français qui l’ont élu !
      les français !!! ils votent pour celui qui va leur faire économiser 100 balles !!!! comme les enfants aiment celui qui va leur donner des bonbons…..

  7. Voilà un article qui nous amène à avoir quelques réflexions.
    La première concerne un état défaillant, certes, mais aussi sur le départ. Je crois qu’il ne faut plus rien attendre de ce quinquennat moribond, qui peine à rendre son dernier souffle. Les derniers mois d’agonie seront consacrés à caser les copains et les copines à des postes douillets, à nommer quelques personnalités au Conseil d’État ou au Conseil constitutionnel, histoire de laisser un terrain soigneusement miné au cas où Celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom accéderait à l’Élysée. Tout le reste, aux yeux de nos gouvernants actuels n’a plus guère d’importance.
    Ensuite, on constate que si les financements semblent intarissables pour continuer la guerre en Ukraine, la politique de la ville, les énergies renouvelables, ou les toilettes non genrées, il n’en va pas de même pour la modernisation du parc pénitentiaire (pourtant promise par Moi 1er), la justice, la sécurité, la santé, etc. Il s’agit bien là de choix idéologiques et non d’une fatalité. Dans quelques mois, les Français devront trancher pour savoir s’ils souhaitent la poursuite de cette politique, ou bien donner un autre avenir à notre pays. Le choix est loin d’être fait à mon avis, mais il est crucial.
    La « méthode Macron » a consisté systématiquement à dire ce que les uns et les autres voulaient entendre, quitte à se contredire totalement du jour au lendemain, c’est le fameux « en même temps ». Les Gilets Jaunes ont été roulés dans la farine, les agriculteurs ont été pigeonnés, quant aux pompiers ils se sont fait avoir en beauté par les beaux discours de nos ministres qui manient la promesse de Gascon avec une maîtrise qui force l’admiration (il faut au moins leur reconnaître ce talent).
    Notre brillant président a passé les dix années de son règne à balader les Français au gré de ses discours changeant suivant l’auditoire. Les Français pourront au moins lui être reconnaissants de cela et se dire qu’avec lui ils auront vu du pays ! Emmanuel Macron restera probablement dans notre histoire comme la plus belle imposture de la Vème République.

  8. Les flics ,les infirmières , les pompiers , héros d’un jour et vite mis de coté quand tout rentre dans l’ordre !! L’ingratitude humaine mais encore plus grande de la part des politiques !! Rien de nouveau !!

  9. Les pompiers ont-ils bien rempli leurs tableaux « excel »? Dans notre beau pays, il n’y a pas grand-chose d’autre d’important!

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