Les tatouages traditionnels des Croates à l’Eurovision hérissent la Turquie

Les chanteuses arborent des "sicanje", tatouages de la résistance catholique à la domination ottomane dans les Balkans.
Capture d'écran 
Eurovision Song Contest.
Capture d'écran Eurovision Song Contest.

Samedi 16 mai aura lieu, à Vienne, la grande finale de l’Eurovision. Si le concours musical est devenu, à l’instar de la majorité des manifestations culturelles européennes, une grand-messe du politiquement correct, un groupe, cette année, semble sortir du lot : les chanteuses croates de Lelek. Arborant fièrement de faux « sicanje », elles font déjà polémique en Turquie où ces tatouages historiques de la résistance catholique à l’Empire ottoman hérissent.

Elles auraient pu, pourtant, ravir tous les suffrages de la bien-pensance : un groupe de chanteuses revendiquant fièrement leur force féminine dans une chanson baptisée du nom d’une des plus grandes héroïnes de la mythologie grecque « Andromeda », cela a tout pour plaire ! Pourtant, Lelek, dont le « style musical est pop et folk [où] traditions et modernité [se] mêlent, avec une insistance particulière sur les harmonies de leurs cinq voix », explique le site de l’Eurovision, ne fait pas l’unanimité : d’aucuns leur reprochent leur identité. En effet, 20 Minutes révélait que la Turquie prenait mal les faux tatouages arborés par les chanteuses : la « référence à la tradition des "sicanje" […] crispe, en Turquie ».

La susceptibilité turque...

Il faut avouer que les Turcs sont un peu susceptibles… L’année dernière, déjà, c’est la chanteuse grecque Klavdía Papadopoúlou, avec sa chanson Asteromata, qui avait eu le malheur de leur déplaire, « certains les accusant de faire référence au massacre des Grecs de souche vivant le long de la côte de la mer Noire par les Turcs ottomans pendant la Première Guerre mondiale », des massacres que la Grèce qualifie de génocide. Un terme que réfute la Turquie, rapportait le média Turkish Minute. En 2026, la Turquie n’apprécie pas beaucoup les références du groupe croate à la présence ottomane dans les Balkans et à la résistance, notamment féminine, des catholiques.

Sur X, le compte turc de l’Eurovision expliquait ainsi que « le groupe a déclaré, à propos de la chanson : "La chanson raconte les femmes catholiques vivant en Bosnie-Herzégovine, en particulier celles qui vivaient dans cette région pendant l'Empire ottoman. Ces femmes étaient contraintes de se faire tatouer et de mettre des marques sur leur corps pour se protéger de l'esclavage, des mariages forcés, des enlèvements et des meurtres. Ce n'était en réalité pas seulement une question de tatouage ; c'était tout un rituel transmis par les grands-mères à leurs enfants et petits-enfants." » Autant dire que rien ne va : ni les paroles de la chanson qui répètent « Nos mères n’ont pas enfanté des esclaves », ni leurs tatouages, symboles de la résistance catholique à l’oppression ottomane.

Bien plus que des déguisements ou du folklore

En 2022, à Namur, une exposition avait mis en lumière ces tatouages traditionnels bosniaques et expliquait : « Cette tradition, considérée comme une des plus vieilles traditions slaves, revêt un forte caractère identitaire, culturel et religieux. En effet, ces motifs ont pour but symbolique de protéger les héritages catholiques des communautés face aux constantes colonisations de leurs territoires, notamment par l’Empire ottoman. » Et les chanteuses de Lelek ne prennent pas à la légère cet héritage qui va vraisemblablement au-delà du folklorique, pour elles, comme le prouve leur réaction à la plaisanterie douteuse, et retirée depuis, du diffuseur israélien Kan. En effet, 20 Minutes rapporte que « Kan, l’équivalent de France Télévisions en Israël, a cru bon de faire un trait d’humour à ce sujet en postant sur son compte Instagram une image de la performance croate et en ajoutant ce commentaire : "Quand tu exagères avec les tatouages au henné à Eilat [une ville israélienne]" », ce à quoi les chanteuses ont répondu, dans une story Instagram : « Nous sommes dérangées par le commentaire du diffuseur israélien Kan moquant notre culture et les sacrifices faits par des femmes catholiques opprimées. Il est particulièrement dérangeant de tourner en dérision des femmes chantant la douleur et les souffrances féminines tout en montrant un total manque d’empathie et de respect pour la souffrance des autres. » Tradition culturelle, symboles de résistance religieuse, profession de foi : manifestement, ces tatouages ne sont pas un déguisement, ils sont un héritage et une fierté, pour ces jeunes Croates.

Alors, si le site turc consacré à l’Eurovision expliquait, en mars dernier, « qu'il n'existait aucune preuve tangible qu'Andromeda ciblait directement l'Empire ottoman », cela n’avait pas empêché certains Turcs de garder leurs griefs. Le site rapporte la réaction de Marin Miletić, député croate du parti MOST, qui interpelle, sur son compte X : « Pourquoi la vérité vous dérange-t-elle ? Et qui pourrait-elle bien déranger ? Oui, le peuple croate a combattu les Ottomans pendant près de 400 ans, et ils n'ont pas pu nous vaincre. Nous avons survécu et préservé notre peuple, notre foi, notre culture et notre identité. Dieu merci ! » Que faut-il penser de cette polémique ? Que toute vérité n’est pas bonne à dire ? Ou bien que la repentance doit être réservée à la vieille Europe ?

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Le rêve turc est d’éliminer toute trace de chrétienté. Ils l’ont combattue jusqu’aux défaites de Lépante et de Vienne. Puis ils se sont vautrés dans l’ignominie du génocide arménien (lire à ce sujet le livre bouleversant de Ian Manouk « L’oiseau bleu d’Erzeroum »), le génocide des Grecs, non sans avoir entre-temps pratiqué les razzias sur les côtes nord de la Méditerranée pour tuer les chrétiens et vendre les survivants comme esclaves.
    Dans cette veine, le sultan Erdoghan n’a-t-il pas repris les paroles du poète religieux Ziya Gokalp : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats » ? L’agressivité belliqueuse contre les chrétiens de la Turquie n’est plus à démontrer tant elle est une réalité constante à travers les siècles.

  2. j’ai envie de dire que la Turquie se  » crispe » de tout ce qui fait référence à la résistance à la domination Ottomane tout comme ils se  » crispent » dans la négation d’un génocide Arménien qui s’il avait été combattu comme il aurait dû l’être par les nations auraient sans doute évité la shoah ensuite !

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