Michel Houellebecq devrait être plus souvent consulté par les analystes politiques et par les candidats eux-mêmes. Ou ceux qui y pensent. Non seulement ses derniers romans sont tous politiques, et même d'anticipation politique, mais il donne quelques interviews entre deux parutions qui valent bien des analyses lues depuis une semaine et la réélection d'Emmanuel Macron. Côté anticipation bien vue, nul ne peut nier que le succès de la ligne islamo-gauchiste de Mélenchon nous met sur la voie de son Soumission. Et son dernier opus, sorti en janvier dernier et qui se plaçait à la fin du second quinquennat d'un jeune candidat disruptif ayant raflé la mise en 2017, avait de fait acté la réélection de Macron. Pour les curieux, il s'est aussi risqué à imaginer la campagne de 2027 : un second tour annoncé serré entre le nouveau candidat du Rassemblement national - ayant passé la main à un jeune loup médiatique - et le représentant de la majorité présidentielle, pas encore désigné à l'hiver 2026. Avis aux candidats !

Mais le romancier a aussi livré, cette semaine, son analyse de l'élection et de la campagne de dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel sous le titre « Nicht versöhnt » (« Pas réconciliés »), traduite dans Le Point.

Au sujet de Macron, il s'appuie justement sur une couverture de l'hebdo allemand avec le visage d'Emmanuel en gros plan qui selon lui résume le personnage : « La beauté de ce “Ich bin nicht arrogant” vient de ce que la photo dit exactement le contraire, mais aussi du fait qu'une contre-vérité absolue, prononcée avec suffisamment d'aplomb, peut produire, au-delà de la sidération première, quelque chose comme une révélation. »

Mais il tacle aussi certains leaders de droite : Marion Maréchal pour avoir déclaré que les gens « ne votaient plus en fonction de leurs intérêts, mais de leurs convictions », Éric Zemmour pour avoir réussi l'exploit de créer deux extrêmes droites peut-être irréconciliables.

Mais ce qui intéresse d'abord le romancier, c'est le parcours de ces individus-candidats. L'élection présidentielle étant avant tout celle d'un homme, de la rencontre entre un individu et les Français, comme on dit, le romancier a aussi son mot à dire. Il applique donc au casting de un concept intéressant, celui de « trahison de classe ». Pour lui, Éric Zemmour, juif d'origine modeste devenu le héraut de la droite bourgeoise, a trahi sa classe. Pas Marion Maréchal. Quant à Marine Le Pen, elle l'aurait trahie, mais en sens inverse : « Grandie dans l'opulence […] Marine Le Pen a rencontré la révélation à Hénin-Beaumont, chez les pauvres. Ce phénomène s'est produit à de nombreuses reprises dans l'Histoire : saint François d'Assise, saint Vincent de Paul, etc. Sans viser aussi haut, Marine Le Pen s'est aperçue qu'elle avait davantage de plaisir à bavarder avec une caissière de chez Lidl. » Portraiturer Marine Le Pen en la comparant aux saints du Grand Siècle, il n'y avait que Houellebecq pour l'oser. La drôlerie et l'ironie gentille feront certainement sourire l'intéressée et j'imagine bien une rencontre au sommet Le Pen-Houellebecq. Cela le changerait de sa fréquentation de Bruno Le Maire.

Sur le vote des Français, Houellebecq s'assume marxiste : pour lui, les riches votent Macron, les pauvres Le Pen et les intermédiaires Mélenchon. Assez juste. Et qui fait cogiter. De là à en déduire qu'il y a finalement beaucoup de riches en France, ou tout au moins de gens qui croient l'être. De là à en déduire, aussi, qu'il n'y aura peut-être qu'une (vraie) crise financière qui fera bouger les lignes. Notre romancier, qui a hanté Bercy ces derniers mois, n'y a pas songé, ce coup-ci. Ce n'est pourtant pas une prophétie en l'air, vu la dégradation économique en cours (dette, inflation, croissance zéro). Et le nouveau gouvernement qui sortira des législatives de juin, quel qu'il soit, sera contraint de prendre des mesures financières douloureuses, le débat sur la réforme des retraites n'étant là que pour assurer le spectacle.

Une dernière prophétie du mage Houellebecq pour la route ? « La rediabolisation du Rassemblement national sera de plus en plus difficile à mettre en œuvre, il y a peut-être (ou peut-être pas ?) des limites à la stupidité des populations. »

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1 mai 2022

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52 commentaires

  1. Mais comment fait Bayrou pour se regarder encore dans un miroir , heureusement que la honte ne tue pas car il serait déjà mort depuis des décennies. Cet homme n’inspire que le dégoût.

  2. Il faut relativiser ce genre de prophéties à la « Madame Soleil » notamment pour les présidentielles de 2027 dans un scénario qui relève du truisme. Quant à l’assertion de Marion Maréchal sur la nature du vote des électeurs plutôt sur la base des convictions que des intérêts, je la trouve très pertinente d’autant qu’elle me correspond. En effet, quel peut être « l’intérêt » de quelqu’un qui n’a quasiment rien envers une société qui ne lui apportera rien de plus qu’illusions et frustrations ?

  3. Le coup est parti : l’islamogauchisme s’empare de la gauchosphère. D’un côté, la macronie, et de l’autre, les collabos de l’islam. La peste et le choléra. La France est donc fichue. Il y avait une lueur d’espoir avec EZ à l’automne passé. Cela a fait long feu, les patriotes sont désunis, et vont le rester. No future….

  4. contrairement a Houellebecq je ne pense pas qu’il y ait tant de riches pour voter Macron mais davantage qui ont peur de s’appauvrir encore plus Macron n’est pas un président c’est un joueur de bonneteau a la différence que la mise est la vie des citoyens

  5. Monsieur Houellebecq à oublié dans sa prophétie assez juste, le poids immense de tout cet état dans l’état « LES MEDIAS » qui non seulement nous endoctrinent à longueur de temps, mais, permettent en plus à des nantis (comédiens sportifs) de venir nous faire la leçon.

  6. Tout à fait d’accord, il va falloir passer à la caisse. Là, la gauche est prête … à la guerre civile. Le pouvoir est prêt, mais pourra-t-il compter sur sa police qu’il ne soutient pas ? La droite est, comme d’habitude, divisée. On est bien partis pour 10% d’inflation … dans un premier temp s! Espérons que la guerre ne sera pas le meilleur dérivatif pour éluder les solutions.

  7. L’émotion hyperdominante chez l’homme : la peur.
    On a vu l’utilisation larga manu, ad nauseam, de la peur pour faire passer des mesures liberticides.
    C’est la peur de la survenue de possibles complications avec l’accession de Marine Le Pen au pouvoir qui a prévalu sur la haine vis-à-vis de Macron.

  8. Le système mondialiste ne tient que par le secret qui entoure ses manoeuvres et la division de ses adversaires. Les partis politiques servent à ça: une fois qu’ils sont créés, il suffit de s’en servir

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