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La sortie d'un roman de Houellebecq est toujours un petit événement. Cette sortie-ci n'échappe pas à la règle. Une omerta sur le contenu du livre (omerta violée par des fuites de PDF sur les réseaux sociaux), un premier tirage abracadabrantesque à 300.000 exemplaires, un objet vraiment agréable à lire et à tenir (tranchefile, signet, illustrations...), fait rare dans un monde qui lit beaucoup sur tablette.

Et le contenu, alors ? Magistral. Houellebecq est un expert du changement de focale. Il passe de l'intime au thriller, de la politique aux relations familiales. Chacun de ses bonheurs d'écriture touche parfaitement juste. Chacune de ses allusions à la bêtise, à la laideur, à la vulgarité du monde met dans le mille. Les injonctions fascistes de l'État, les menus qui portent des noms à la con, la détresse urbaine (l'« ultra-moderne solitude » d'Alain Souchon, peut-être), les liens distendus que l'on renoue maladroitement avec les siens, le véganisme, la télé-poubelle... Houellebecq est le peintre de la vie moderne, mais à la différence de Baudelaire, il ne fait pas dans le poème en prose. C'est un hyperréaliste teinté de romantisme dépressif. C'est donc l'écrivain qu'il fallait à notre univers, malheureusement. Un peu Norman Rockwell, un peu Edward Hopper, il sait capter les êtres cabossés, les ambiances froides et désabusées, la ville qui déshumanise tout, la médiocrité qui tue les destins.

Dans anéantir (tout en minuscules), il y a du terrorisme, une élection présidentielle qui se prépare (celle de 2027, puisqu'on est en 2026), des hauts à la dérive, des femmes odieuses et d'autres saintes, des enfants conçus par GPA, des rêves minutieusement décrits, des réveillons ratés, des enjeux colossaux. Il y a également la chronique, affectueuse et ironique, de la France dont Houellebecq est le seul à parler, celle des gilets jaunes : les départementales, les hôpitaux de province, l'affection un peu téléphonée, les TGV qui passent, sous la pluie, par des coins improbables.

Bien sûr, il y a quelques mots sur Zemmour, qui polarise tout le monde et installe chacun dans ses certitudes, « comme Marchais », quelques mots assez drôles sur Hanouna. est décrit de loin, avec ses « poses christiques » et sa « start-up nation ». Bruno Le Maire, qui prête tout ou partie de ses traits à Bruno Juge, ministre de l'Économie et des Finances, a droit à un portrait, forcément romancé, mais aussi louangeur qu'apitoyé. Voici en tout cas un roman extraordinaire, très fin et très cruel, qu'il vaut mieux aborder quand vous serez en pleine forme. Pourquoi pas après le réveillon, d'ailleurs ?

31 décembre 2021

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