Disparition de Bénédicte de Francqueville, dernier enfant du maréchal Leclerc

Elle sut demeurer digne de l'héritage paternel, ne cherchant jamais à opposer les Français mais plutôt à les rassembler.
D.R.
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Certaines figures de notre Histoire sont parfois si emblématiques et si éloignées de notre temps que l'on finit par croire qu'elles appartiennent, avec leur famille, au seul domaine de la mémoire. Cependant, le décès de Bénédicte de Francqueville, née Leclerc de Hauteclocque, survenu ce 24 juin 2026 marque la disparition du dernier enfant encore vivant du maréchal Leclerc. Avec elle s'éteint ainsi un lien direct entre l'un des plus grands héros de la France libre et les Français d'aujourd'hui. Pourtant, jusqu'à ses derniers jours, elle sut demeurer digne de l'héritage paternel, ne cherchant jamais à opposer les Français mais plutôt à les rassembler.

L’enfance d’une fille de la France libre

Née le 5 juin 1936 à Versailles, Bénédicte de Hauteclocque grandit au sein d'une famille déjà nombreuse. Elle est la benjamine d'une fratrie composée d'Henri, né en 1926, d'Hubert en 1927, de Charles en 1929, de Jeanne en 1931 et enfin de Michel en 1933. Bien que très jeune lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, elle prend rapidement conscience de l'absence de son père. Refusant la défaite de 1940, plusieurs fois recherché par les Allemands avant de rejoindre Londres et les premiers membres de la France Libre, Philippe de Hauteclocque adopte le nom de Leclerc afin de mieux protéger sa famille demeurée en France.

Pour la petite Bénédicte, la guerre se résume alors largement à cette absence paternelle. Son père ne parvient à communiquer avec les siens qu'au moyen de messages codés diffusés par la BBC, tels que « Philippe embrasse Thérèse et sa demi-douzaine », ou par l'intermédiaire de deux rares lettres envoyées durant le conflit. Tandis qu'il mène les campagnes du Tchad, de Koufra, de Tunisie puis de France, Bénédicte grandit également avec l'image d'un homme devenant peu à peu un symbole national avant que la libération de Paris, le 25 août 1944, puis celle de Strasbourg, quelques mois plus tard, ne fassent définitivement entrer Leclerc dans l'Histoire de France.

La tragédie de la disparition

Lors de courts passages auprès des siens, Philippe retrouve le bonheur d'une vie familiale qu'il avait longtemps sacrifiée au devoir. À son « amour de petite Bénédicte », il fait manger sa soupe lorsqu'elle n'en veut pas et lui offre, selon les souvenirs émus de sa fille, « des bonbons au goût acidulé ». Derrière la figure du chef militaire se révèle alors un père attentif et affectueux. Malheureusement, la joie du retour à la paix et des retrouvailles familiales est de courte durée. En effet, le 28 novembre 1947, l'avion qui transporte le général Leclerc s'écrase près de Colomb-Béchar, en Algérie. Le héros de la France libre n'a alors que 45 ans, tandis que Bénédicte n'en a que 11. Elle rapportera plus tard cette dernière recommandation paternelle : « Avant de partir, il m'a prise par le cou en me disant : "Toi, tu t'occuperas bien de maman". » Durant toute son existence, elle demeurera ainsi l'une des gardiennes les plus fidèles de cette mémoire familiale. En mai 2024, alors âgée de 87 ans, elle confiait encore, à propos de son père : « Je pense à lui tous les jours. »

Une mémoire tournée vers le rassemblement

On sait que Suzette Bloch a jugé que le RN, représentant pourtant une part importante des Français, n’avait pas sa place lors de la panthéonisation de son père, tout en posant sans scrupule aux côtés de LFI, parti pourtant qualifié de « passionnément antisémite » – alors même que son grand‑père fut assassiné parce qu’il était juif. Contrairement à la fille de Marc Bloch et à d’autres descendants de grandes figures de notre Histoire, Bénédicte de Francqueville, elle, est toujours restée cohérente avec l’héritage de son père. Elle n’a cessé de rappeler le caractère profondément national du legs qu’il a laissé. « Mon père appartenait à toute la France », aimait-elle ainsi rappeler, auprès de nos confrères de Valeurs actuelles, en 2024. Derrière cette affirmation se trouvait une conviction profonde : l'héritage du maréchal Leclerc ne saurait être confisqué à quelques partis, courants ou générations que ce soit. Lors des commémorations de 2024, elle veillait encore à préserver le caractère rassembleur de ce nom, fidèle à l'esprit de celui qui, de Koufra à Strasbourg, avait combattu pour l'ensemble des Français.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Je suis totalement affligé de lire dans les commentaires de cette rubrique, certains intervenants qui opposent Leclerc un des premiers rallié à De Gaulle et ce dernier. C’est totalement stupide. Comment est-il possible d’être aussi inculte . Allez apprendre votre histoire plutôt que de déblatérer !

  2. Mon père avait beaucoup d’estime pour Leclerc; selon lui Strasbourg n’a pas été bombardé grâce à lui qui l’a délivrée. Même si cette affirmation n’est pas tout à fait juste, notre ville lui doit beaucoup.

  3. Leclerc était un homme aussi brillant que courageux et remarquable. C’est sûr. Si on cherche bien, on peut peut-être, quand même, lui trouver un petit défaut : gaulliste très (trop ?) radical, il a toujours fait en sorte de ne pas combattre avec l’armée d’AFN à laquelle il reprochait d’avoir accepté l’armistice. Armistice qui a pourtant permis de conserver l’Empire et, ce faisant, de donner aux Américains la possibilité de débarquer en Algérie et au Maroc en novembre 42 ; ce fut le tournant de la guerre, beaucoup plus que Koufra. Leclerc a toujours préféré combattre sous les ordres des Anglais et des Américains… Merci à tous de nous avoir évité une Europe allemande et nazie.

    •  » Merci à tous de nous avoir évité une Europe allemande et nazie. » Vous croyez vraiment à cette affimation gratuite ? Ouvrez les yeux, et vérifez qui tient les commandes de la Commission, sinon les Allemands, descendants assumés des nazis de 1945.

  4. A la mort du maréchal Leclerc j’habitais à Kenadza près de colomb béchar j’étais tout enfant et j’entendais autour de moi dire que cet « accident » était voulu.

    • Moi aussi, LRY30, j’y ai habité entre 1971 et 1974. Les mêmes bruits y circulaient toujours, sans fondement autre que l’époque : celle de la prospection pétrolifère au Sahara.

  5. La famille Leclerc de Hautecloque c’ était autre chose que celle de DE Gaulle , Le maréchal a toujours été apprécié et aimé par ses hommes ,
    La mort de Leclerc a toujours laissé un doute sur sa disparition au cours d’ un accident d’ avion ,avec un passager non identifié .et d’ un changement de pilote au dernier moment au écollage .

  6. Belle personne effectivement, qui a su ne pas opposer les Français les uns aux autres comme le font malheureusement LFI et RN.

    • N’importe quoi !!! L’idée d’opposer l’un à l’autre montre que vous n’avez absolument aucune connaissance Historique.
      Je vous conseille vivement d’aller voir des chaines Historiques sur Youtube, c’est pas ça qui manque, qui vous raconteront la Libération de Paris ou le moment ou de Gaulle va demander à Leclerc d’assurer la défense de Strasbourg que les Allemands menaçaient de reprendre fin 1944 !!
      Ca vous empêchera d’écrire des bêtises !

      • Camez-vous, vous allez finir par péter un plomb.

        Leclerc était un guerrier, un chef, un héro tranquille du type ‘Bayard’, adoré de ses hommes – de Gaulle un politicien. Je préfère les premiers aux seconds, désolée si cela vous défrise.

      • Atikva a raison De Gaulle était jaloux de Leclerc un vrai homme courageux avec ses hommes sur le sol des combats et non derriere un Micro.

      • RaviAuLit et Atikva… justement, arrêtez de vous battre, ainsi que Leclerc de Hauteclocque l’eût souhaité… et essayez de vous rassembler sous la bannière de la France, ainsi que De Gaulle l’eût voulu… mon oncle par alliance avait créé à cette époque le Mouvement de Résistance de la Voix du Nord et il a travaillé avec ces deux Grands Personnages qui appartiennent au passé de la France… merci à vous

    • remarque un peu idiote… ou passionnelle ?
      l’un est un grand soldat, l’autre un grand politique…
      et alors ?
      ce qu’on peut sans doute dire, c’est que l’un et l’autre sont plus liés que vous ne semblez le croire..

    • Le Maréchal Leclerc s était évadé de la prison pour aller rejoindre le Général de Gaulle. Je pense qu ils étaient sur la même longueur d onde à savoir travailler ensemble pour la France.

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