Editoriaux - Polémiques - Politique - Religion - 15 août 2019

Les partis pris politiques déroutants du pape François

Un pape politiquement désolant…

En ce 15 août, on aimerait dire tout le bien que l’on pense du pape François… Malheureusement, la plupart de ses interventions sont décevantes aussi bien sur le plan intellectuel que sur le plan idéologique. Il a récemment fourni un malencontreux exemple de cette dérive de la pensée tellement contraire à la précision méticuleuse de Benoît XVI. Le pape a fustigé le souverainisme et le populisme en les identifiant l’un à l’autre dans une approximation qu’il a aggravée par une reductio ad hitlerum, elle aussi symptomatique du journalisme de bas niveau et de l’idéologie de gauche.

Ainsi, donc, la souveraineté d’un État, certes acceptable, serait mauvaise parce qu’elle correspondrait à une « fermeture », à un « isolement ». Certains pourraient voir dans cette ambiguïté un signe du jésuitisme. Il est quand même assez étonnant qu’un chef d’État souverain, même s’il est physiquement minuscule, s’en prenne à une souveraineté millénaire, dans ce cas précis, et qui n’a pu être sauvegardée que difficilement. La souveraineté n’est pas l’autarcie. Elle repose, au contraire, sur la reconnaissance de l’indépendance d’un État et de la légitimité du pouvoir à l’intérieur de ses frontières par les autres États. La souveraineté n’est donc nullement un isolement, mais une participation au concert des nations.

L’invasion, militaire ou démographique, d’un État lui fait perdre la maîtrise de lui-même au profit du chaos ou d’une perte d’identité et d’indépendance. Les grandes invasions du Ve siècle ont revêtu un aspect plus démographique que militaire.

L’identification du populisme au souverainisme est doublement malhonnête. Soit le populisme est confondu avec le nationalisme, ce qui expliquerait le recul surprenant du pape devant le mot « nous », soit il vise à critiquer la notion de peuple souverain, et c’est une critique de la démocratie.

Or, si le nationalisme agressif est condamnable d’un point de vue chrétien, le défensif ne l’est nullement puisqu’il vise à protéger l’identité et la liberté des personnes qui forment un peuple et qui ont un droit légitime à la transmission de leur héritage culturel et spirituel. Les prédécesseurs de François, dans la ligne de saint Thomas d’Aquin, avaient été très clairs à ce sujet, parce que ce respect de l’identité fait partie de « l’écologie humaine », de cette primauté de la recherche de la dignité.

La menace évidente que l’extension de l’islam dans de nombreuses villes d’Europe fait peser sur le christianisme devrait alerter le chef de l’Église catholique. De même, l’idée que l’Europe technocratique doit être préférée par un chrétien à la démocratie au sein de laquelle les citoyens choisissent leur destin collectif est un contresens. Certes, on a pu croire qu’à son origine, la construction européenne était d’inspiration démocrate-chrétienne face à la menace totalitaire – communiste, en l’occurrence. Or, l’Union européenne a renié ses racines chrétiennes et pratique une politique où la priorité est donnée à l’économie, non pas celle qui serait profitable aux Européens, mais celle qui se soumet aux impératifs des lobbys mondiaux et continentaux, qui ont peu de rapport avec le christianisme.

Si le populisme exprime la volonté d’un peuple de rester fidèle à son héritage, de demeurer lui-même et de s’en donner les moyens, il n’y a rien là qui ne puisse servir de règle à tous les hommes.

Le « nous » chrétien, ce doit d’abord être l’affirmation d’une solidarité des chrétiens, en Europe et dans le monde, et ensuite une charité ouverte à l’humanité de manière cohérente en privilégiant l’aide aux États les plus pauvres dans le respect de leur… souveraineté. La satisfaction narcissique que le membre d’une ONG peut ressentir à avoir participé à une chaîne de passeurs dont les autres maillons ne sont pas aussi désintéressés que lui est une illusion. Il est triste que le Saint-Père entretienne cette illusion et prenne ainsi parti dans la politique italienne contre Matteo Salvini et une grande partie des Italiens.

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