Editoriaux - Environnement - 15 août 2019

La traversée de sainte Greta : « une expérience au service de ses désirs »

On fête, ce 15 août, le débarquement de Provence, fait historique marquant, néanmoins en partie éclipsé par un autre, contemporain celui-là : l’embarquement de Greta Thunberg dans le port de Plymouth pour aller évangéliser les Amériques.

Voilà une grosse journée, maintenant, que notre sainte climatique vogue sur les flots. Gris, les flots. La mer, ces jours-ci, n’est guère clémente. Le ciel en dépression charrie de gros nuages noirs prêts à crever sur le frêle esquif et sa brune occupante. On imagine le drame à bord : si l’envie de gerber lui retourne l’estomac, elle n’a, comme le soulignait notre ami Thomas Bertin, qu’un petit seau de plastique bleu à sa disposition.

Mon Dieu, comment cela se peut-il : juste un petit seau pour faire popo et pour vomir ? Quel dilemme…

Qu’importe, notre Greta est Mère Courage. Suédoise, comme l’héroïne de Brecht qui tirait sa carriole sur les champs de bataille, elle est prête à tout sacrifier : ses tresses et son confort. C’est vrai, je m’avance, et le skipper l’affirme : « L’objectif est d’arriver sains et saufs à New York », rien d’autre. Mais quand même, après quinze jours d’embruns dans les tifs, je n’ose imaginer l’état des tresses…

Pour le côté technique, en revanche, pas de souci : « Le Malizia II, dit “Le Rusé”, est équipé de panneaux solaires et de turbines sous-marines permettant de générer l’électricité qui alimente les instruments de navigation, le pilote automatique, les dessalinisateurs et un laboratoire pour tester le niveau de CO2 des eaux. Le seul consommateur d’énergie fossile à bord est un petit réchaud à gaz pour chauffer l’eau nécessaire à la nourriture vegan lyophilisée », nous dit-on. De quoi faire passer des nuits moralement et éthiquement paisibles à notre jeune navigatrice et ses accompagnateurs, son papa Svante et un cinéaste – il faut immortaliser la chose pour la postérité – pour qui l’intérieur a été sommairement aménagé. Toutefois, rien n’est jamais acquis et l’on peut craindre qu’avec tant de roulis et de tangage gerbatoires, la petite ne renoue avec sa dépression…

Qu’importe, à l’heure de l’embarquement, la sainte enfant était tout ce qu’il y a de plus déterminé. Déterminé à ne pas rencontrer Donald Trump, par exemple, ce dont – avis strictement personnel – le président des États-Unis se fout sans doute comme de sa première balle de golf. Fort aimable pour le pays qui va l’accueillir, Greta Thunberg a déclaré à l’AFP : aux États-Unis, « beaucoup de gens ne comprennent pas et n’acceptent pas la science » ; de ce fait, « je devrai simplement faire ce que j’ai toujours fait : les ignorer et juste dire ce que la science dit ». Elle ignorera donc le chef de cet État d’abrutis finis car, confie-t-elle à CBS News, « pourquoi perdrais-je du temps à parler avec lui alors qu’évidemment il ne va pas m’écouter ? », « je ne peux rien dire qu’il n’a pas déjà entendu ».

C’est vrai, quoi, pourquoi perdre son temps à être simplement poli quand on est adulé tel le nouveau messie cosmoplanétaire ?

Et puis, elle a du beau monde avec elle, notre Greta, dans son joli bateau dont le skipper est une tête à couronne : Pierre Casiraghi, fils de Caroline de Monaco, petit-fils de Jour de France et prince du gotha. Un beau parti. Un bel homme d’affaires, actionnaire de la société Monacair, « première compagnie aérienne monégasque », dit la publicité, spécialisée dans le transport des VIP sur le Rocher et alentours. Une société formidable, comme l’expliquait Amaury Brelet dans Valeurs actuelles, et dont le slogan est « Monacair, une expérience au service de vos désirs ».

Une philosophie bien comprise par la petite Greta, qui l’a confié en montant la passerelle : « Je suis une des rares personnes au monde qui puisse faire ça, alors je devais saisir l’occasion. » Ben oui, on n’est jamais sûr de pouvoir assouvir ses désirs, alors quand l’occasion se présente, hein…

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