Editoriaux - Polémiques - Société - 28 septembre 2018

Les flics, meilleurs “lanceurs d’alerte” sur l’état de notre société !

Frédéric Ploquin, longtemps journaliste à L’Événement du jeudi puis grand reporter à Marianne, est une figure connue du public. Avec vingt-cinq livres publiés sur ses thèmes de prédilection, il fait autorité dans les questions de police, banditisme et renseignement. Souvent invité dans les débats aux côtés d’Alain Bauer ou de Xavier Raufer, sa parole est écoutée, généralement reconnue et entendue, notamment parce que son positionnement dans la presse n’est pas susceptible de le ranger à droite… Jusqu’à ce que…

Jusqu’à ce qu’un Yann Moix, le mauvais coucheur du samedi soir (il est chroniqueur chez Ruquier), ne lui reproche d’énoncer des vérités qui le dérangent. Lui, le “bon” intellectuel qui ne s’aventure pas à penser en dehors des clous.

Frédéric Ploquin vient, le 22 septembre, présenter son dernier opus, La peur a changé de camp : Les confessions incroyables des flics (Albin Michel). Il a enquêté deux ans à leurs côtés et rapporte, dans son livre, leur impossible quotidien dans ces cités où des pièges leur sont tendus à chaque coin d’immeuble. C’est à eux, ces flics de la BAC, que Yann Moix lance cette violente invective : « Vous venez dire ici que vous chiez dans votre froc », leur lance-t-il, « la peur au ventre, vous n’avez pas les couilles d’aller dans des endroits dangereux ! »

Il est vrai qu’entre les cocktails littéraires à Saint-Germain-des-Prés et les plateaux télé, il en connaît un rayon sur les endroits dangereux, lui !

Ploquin l’a mouché, expliquant sur France Info ce courant de déni qui travaille au ventre la gauche bien-pensante. Yann Moix, dit-il, fait partie de ces intellectuels « qui considèrent les commissariats comme des salles de torture », « pour lui, l’insécurité, c’est la police. C’est la police qui est fauteuse de troubles. » « La haine anti-flics est au cœur de mon enquête et il en est l’illustration presque parfaite”, dit-il.

En effet, pour Yann Moix, comme pour Éric Coquerel cité hier ici même, la haine des flics, c’est comme le racisme anti-blancs : une vue de l’esprit. Et surtout des esprits d’extrême droite.

Frédéric Ploquin voit juste quand il pointe le danger des propos d’un Yann Moix. « Les policiers se sentent abandonnés, dit-il, méprisés par une partie de l’élite, mais là, Yann Moix va beaucoup plus loin. Je trouve qu’il les met en danger, il attise la haine anti-flics, il la nourrit, il met en danger les policiers et, par là même, il nous affaiblit et nous met d’ailleurs nous-mêmes en danger. » Un danger qui apparaît à chaque page de son livre et qu’il relatait, jeudi, sur RMC, expliquant que, par ce qu’ils subissent, les flics sont aujourd’hui les meilleurs “lanceurs d’alerte” sur l’état de notre société !

Contrairement aux petits marquis donneurs de leçons de courage, « les policiers sont en première ligne. Ils voient, eux, les mèches qui peuvent s’allumer un peu partout », dit Ploquin. S’agissant des « tensions raciales » dont le rap ignominieux d’un Nick Conrad est l’illustration, « ils en prennent plein la figure également parce que :
1) vous avez les policiers d’origine maghrébine et noire qui se font remettre à leur place par des délinquants qui ne veulent pas être interrogés par des Noirs et des Arabes, ou par des délinquants qui ne veulent pas être interrogés par des femmes policiers ;
2) quand ils sont dans certains quartiers, effectivement, en permanence ils se font traiter de sales Blancs, de sales porcs, de sales Français. »

Pire que cela : il est des quartiers où les flics risquent leur peau, et, chose que Yann Moix ne veut pas comprendre, « il y a des moments, au fond de l’Essonne ou des Yvelines, à deux ou trois, ils renoncent car le rapport de force sur le terrain dans ces quartiers a changé. À deux ou trois, ils ne peuvent pas “reprendre” le terrain et l’occuper, car ils savent qu’ils risquent de se faire lyncher. »

Mais peut-être les Yann Moix et autres Coquerel veulent-ils leur servir d’éclaireurs ?

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