[POINT DE VUE] Peut-on être franc-maçon et magistrat ?

Le collège de déontologie répond plutôt non…
Photo de Jim Robinsonsur Unsplash
Photo de Jim Robinsonsur Unsplash

BV a publié, hier, une brève concernant un avis rendu le 9 juin dernier par le collège de déontologie des magistrats de l’ordre judiciaire, pour donner suite à la question d’un magistrat honnête (il en existe). Ce fonctionnaire de l’État, approché par une loge maçonnique, se demandait s’il était possible, d’un point de vue éthique, d’être à la fois juge et franc-maçon, et s’il n’existait aucun conflit d’intérêts. Nous nous sommes procurés l’avis en question. Long de cinq pages, et limpide dans son écriture, il creuse pour la première fois la question des sociétés « discrètes », pour ne pas dire secrètes.

Datée du 21 mai 2026, la lettre du magistrat au collège de déontologie commence ainsi : « Le président d’une loge de la franc-maçonnerie m’a contacté par courrier, m’invitant à une rencontre avec l’un de ses représentants afin de m’apporter une information sur les activités de l’association concernée, en vue d’un rapprochement éventuel. » Voilà qui est remarquablement transparent. Légitimement soucieux de ne pas appartenir à une organisation « dont les statuts ou les pratiques exigeraient de ses membres une relation de dépendance réductrice voire, selon certains critiques, opposée à leur propre indépendance », l’excellent homme demande donc que la question soit tranchée. C’est l’occasion d’une clarification bienvenue.

Loyauté d'un côté, impartialité de l'autre

Le collège commence en effet par reconnaître que la demande est recevable, puis s’appuie sur les recueils de déontologie plus anciens pour en tirer des éléments de réponse très intéressants. Entre autres morceaux imparables : « Le devoir de solidarité pouvant lier les membres de certaines organisations ou le système de justice qui peut leur être propre peuvent générer un devoir de loyauté incompatible avec l’impartialité à laquelle le magistrat est tenu. » Et encore ceci : « La pratique du serment, qu’il soit d’allégeance ou de solidarité sélective ou de vœux d’obéissance, risque d’être incompatible avec les devoirs d’indépendance et d’impartialité du magistrat. »

La conclusion se veut modérée : tout citoyen peut adhérer à une association philosophique ou religieuse de son choix. Mais bon… On a tout de même compris l’essentiel. On pourra tout au plus demeurer perplexe sur la source des recherches effectuées par ledit collège de déontologie : Wikipédia. Cela dit, même l’encyclopédie en ligne, peu suspecte de chasse aux francs-maçons, fait mention d’au moins un scandale de conflits d’intérêts chez un magistrat français, franc-maçon par ailleurs, et ayant entraîné sa mise à la retraite d’office.

Et risque de collusion malsaine

En guise d’envoi, le collège de déontologie mentionne (à raison, sans doute) un risque accru de collusion malsaine dans le cas d’une affectation dans une petite juridiction, en même temps qu’il exhorte à la prudence la plus absolue pour éviter tout problème de loyauté.

De son idéal d’apparence, humaniste, cultivé et généreux, auquel se laissent encore prendre certains rêveurs en quête de spéléologie intellectuelle, la franc-maçonnerie a fait une façade bien commode pour dissimuler la noirceur ordinaire de l’âme humaine. Copinage, prébendes, fraudes, sous le masque (ou plutôt le tablier) de cérémonies initiatiques qui donnent aux gogos l’impression d’un élitisme gnostique, mais aussi action sur la société, rédaction « en loge » de projets de loi destinés à donner à l’individu une pleine « liberté » (avortement, contraception, euthanasie). « Vous serez comme des dieux », disait le serpent : en sculptant sa pierre intérieure, en rectifiant, mais surtout en aidant les potes, notre pauvre magistrat, de mauvaise décision en obligation contractuelle, risque de faire un choix vertigineusement immoral. Ce dont on s’étonne, avec le sourire aux lèvres toutefois, c’est que des magistrats dénoncent le possible parti pris d’autres magistrats en cas d’appartenance à une société secrète tentaculaire, consubstantielle à l’appareil pompeusement sous-préfectoral de la République. Pourvu que ça dure.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Merci pour cette chronique qui explique la franc-maçonnerie à l’occasion de la question primordiale de la liberté de conscience du juge tenu par la seule application de la loi.

  2. Tous les magistrats ou en grande partie font parti de la Loge Maçbeaucoup donique…..et ne sont pas intègre malheureusement…beaucoup de nos politicards font parti de la secte maçonique

  3. Un magistrat, pourquoi pas ?. Un bon magistrat c’est à dire jugeant impartialement tous les Français et toutes les causes c’est moins sûr.

  4. Ayant longtemps servi dans une institution sensible de la République, j’y ai découvert, au fil des années, un activisme forcené de la franc-maçonnerie, dont j’ignorai au départ sinon tout, du moins les véritables moyens, à défaut de connaître les fins dernières.
    J’ai d’abord observé, un peu incrédule, la promotion d’individus médiocres, préférés à d’autres, plus compétents et méritants. Du moins étaient-ils capables d’accomplir, à peu près, leurs tâches.
    Plus tard, les effectifs des frères ayant manifestement cru au mépris de l’ancienne cooptation prétendument élitiste, ce sont de parfaits incapables qui les ont souvent remplacés.
    Les frères de la côte (orientale en l’occurrence) ont finalement réussi un contrôle presque sans partage de l’institution en question, certainement pas pour le meilleur.
    Outre les promotions indues, ce furent également de nombreux exemples de tolérance coupable envers des individus qui auraient dû faire l’objet de sanctions disciplinaires, voire de poursuites au pénal, qui finirent de m’ouvrir les yeux.
    Et lorsqu’une obédience rivale vint me solliciter, je fus assez prudent pour refuser en prenant soin de ne vexer personne, mesurant déjà le pouvoir de nuisance des frères.
    Longtemps, la franc-maçonnerie a accompagné et soutenu la République, contre la royauté et l’église catholique, préparant la révolution française puis comptant dans ses rangs nombre de Français prestigieux, tel l’empereur.
    Mais de symbiote de la République, la franc-maçonnerie en est devenue le parasite, instaurant des hiérarchies parallèles puissantes dans tous les corps de l’État, tout particulièrement dans le domaine régalien.
    Je puis témoigner d’une chose, à partir de mon expérience personnelle : toymus ceux que j’ai identifié autour de moi, dans ma sphère professionnelle, étaient fort peu portés sur la philosophie spéculative ou la spiritualité et beaucoup plus sur le bon déroulement de leur petite carrière,à l’abri du gros temps.

    • J’ai eu à connaître dans un établissement public consulaire la force malsaine de cette confrérie mafieuse faussant toute les décisions rationnelles au profit de carrières ou d’intérêts privés, au préjudice de l’intérêt général; heureusement ces manigances et contradictions se retournaient parfois contre leurs auteurs: « Le plaisir des méchants,comme un torrent s’écoule » (Racine)

  5. A mon avis l’incompatibilité est absolue tout comme l’appartenance au syndicat de la magistrature (cf: le mur des c…)

  6. J’ai eu à connaître de l’intérieur les magouilles, la concupiscence, la bêtise, le copinage, la veulerie.
    Partant de l’idée que j’avais de l’âme humaine, j’y suis resté.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois