La sénatrice socialiste Laurence Rossignol dépose une proposition de loi pour supprimer la clause de conscience spécifique à l’.

Bien que favorable à l’avortement, Bernard Debré, lui-même médecin, s’insurge contre cette proposition qu’il juge “vexatoire” pour les médecins. Par ailleurs, il regrette l’absence d’un véritable débat sur le sujet, “devenu tabou”.

La sénatrice socialiste et ancienne ministre de François Hollande, Laurence Rossignol, va déposer une proposition de loi contre la clause de conscience spécifique à l’IVG pour les médecins. Vous qui êtes médecin, que pensez-vous de cette initiative ?

Je suis parfaitement contre. Je suis favorable à l’avortement. Lorsque j’étais jeune médecin aux urgences, j’ai vu des jeunes filles mourir au moment où elles se faisaient avorter dans des arrière-boutiques de faiseuses d’anges.
Pour autant, cela pose des problèmes éthiques et moraux que les médecins doivent pouvoir évaluer. Et je comprends qu’il y ait une clause de conscience. Elle est indispensable.
Et qu’on ne vienne pas me dire qu’on ne peut plus se faire avorter aujourd’hui en France. Ce n’est pas vrai.
Je trouve que c’est extrêmement vexatoire pour les médecins.

La proposition de Laurence Rossignol intervient quelques jours après que le président de l’ordre des gynécologues, le Dr de Rochambeau, est intervenu auprès des caméras de Yann Barthès.
Il défendait cette clause de conscience et un recours à l’avortement le plus limité possible.

J’ai fait une émission avec le Dr de Rochambeau. Il a mélangé deux choses. Il a mélangé son opinion personnelle et le fait qu’il soit président de l’ordre des gynécologues. Son opinion est tout à fait respectable, mais ce mélange a été très ambigu.
Je respecte son opinion mais, en réalité, lorsqu’on est président d’un ordre, on évite de prendre des positions telles qu’il a prises.
Cela dit, tous les gynécologues obstétriciens et médecins ont confirmé qu’ils réclamaient la clause de conscience. Elle est tout à fait indispensable. On ne peut pas être chirurgien, ou exercer un métier comme celui de gynécologue-obstétricien s’il n’y a pas de clause de conscience.
Mais cela ne m‘étonne pas tellement de madame Rossignol. C’est tout de même une ultra-ultra-ultra dans tous les domaines.

Une question un peu plus politique : on a l’impression qu’il n’est plus possible d’avoir un débat construit sur la question de l’avortement. L’avortement est-il devenu un sujet tabou ?

Beaucoup de sujets sont devenus tabous. On l’a vu notamment avec le mariage pour tous, la PMA et l’avortement. J’ai été très longtemps membre du comité national d’éthique et je suis encore politique, et je considère qu’il n’y a pas de vérité qui appartienne à un parti ou à un autre. Il est bon qu’on puisse en discuter. Il est aussi que l’Assemblée nationale décide et vote des lois. Ce sont les lois de la République. Entendons-nous bien, il ne faut pas se faire écraser par un camp ou un autre qui détiendrait la vérité absolue. C’est malheureusement ce qui est en train de se passer. Nous sommes sous les fourches caudines d’une politique, pardon de le dire, très à gauche. Et en dehors de cette politique, il n’y aurait pas de vérité. C’est vrai dans tous les domaines. Cela me touche profondément. C’est un peu la mort de la République.

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